Paul Grauwin
Paul Grauwin
Tandis que l'armée française défilait pour la dernière fois à Haiphong, puis à Saigon, le médecin-commandant Grauwin, auteur de l'inoubliable « J'étais médecin a Dien-Bien-Phu », a eu l'amer devoir de céder - aux Vietminhs et aux Vietnamiens - les hôpitaux où il exerçait. Mais, fidèle à son idéal de médecin colonial, il a ignoré la haine et la xénophobie passagères, et s'est consacré uniquement à disputer à la mort des êtres victimes de la guerre, de la maladie, de l'ignorance, et de la superstition. « Seulement médecin », que cet homme prédestiné à servir de témoin aux tournants de l'Histoire publie aujourd'hui, va bouleverser bien des consciences. Tout en opérant, en guérissant, ceux qui souffraient dans leur chair, le médecin-commandant Grauwin a vu le sort réservé aux réfugiés du Tonkin, la fin de la poche d'Haiphong, l'ingérence américaine et l'éviction de la France au Sud-Vietnam. Les sentiments qu'il a éprouvés, lui ont valu cet avis d'un supérieur : « Si vous voulez jouer les Docteur Schweitzer, allez planter votre tente dans la rizière, mais ne vous servez pas des hôpitaux militaires ». Rendu maintenant à la vie civile, le Docteur Grauwin suit ce conseil, et retourne là-bas poursuivre son idéal. « Seulement médecin »... un médecin qui aime profondément son métier.
Le 7 mai 1954, après cinquante-six jours de combats acharnés contre les forces du Viêt-Minh, la garnison française du camp retranché de Diên Biên Phu cessait le feu. Des deux côtés, les pertes en hommes étaient terribles : 7000 tués et 15000 blessés chez l'adversaire, 80 % des effectifs de Paras et de Légionnaires mis hors de combat. Placé au centre de cette hécatombe, le médecin-commandant Paul Grauwin, chirurgien du camp, a écrit de ce drame, qui constitue la dernière page de l'histoire de l'Indochine française, l'un des récits les plus hallucinants et les plus bouleversants que la guerre ait jamais inspirés. Durant cinquante-six jours et cinquante-six nuits, s'enfonçant à la fin dans la boue jusqu'aux mollets, assisté par quelques infirmiers puis, à partir du 13 mars, par une convoyeuse de l'air au nom aujourd'hui légendaire, Geneviève de Galard, mille cinq cents fois Paul Grauwin s'est penché sur un champ opératoire. Comme un Chemin de Croix, le processus chirurgical se déroulait. Les blessés, les opérés, bloqués de plus en plus nombreux dans un espace réduit, transformaient l'antenne chirurgicale en un étrange hôpital, qui aurait mieux été à sa place sur une rive du Styx. Les cris, la boue, le sang, la pourriture, la puanteur, la chaleur terrible... et la défaite !