Patricia Eichel-Lojkine
Patricia Eichel-Lojkine
Emprunté au vocabulaire astronomique, le terme excentrique provient du latin médiéval excentricus, " hors du centre ". Et les astres, qui - tel le soleil - se déportent de leur centre de gravité sans pour autant générer d'anomalie, produisent un modèle herméneutique approprié à l'excentricité symbolique que manifeste la culture savante des XVe et XVIe siècles : l'invention de dieux ou de déesses dérisoires chez Alberti (Momus) et chez Érasme (Éloge de la Folie); la stylisation parodique chez Rabelais ; ainsi qu'au-delà de la sphère du comique, la distorsion du modèle dans la poésie amoureuse d'Agrippa d'Aubigné. Prisée des humanistes jusqu'aux poètes baroques, la rhétorique de la déviance signale à la fois leur aptitude au jugement " idéologique " critique et à la pratique " formelle " du détournement des codes.
Mais qui était donc véritablement Louise de Savoie, mère de François Ier, inoubliable figure de la première modernité ? Née au temps de Charles le Téméraire et de Louis XI, mariée à douze ans au duc Charles d'Angoulême, un prince du sang désargenté et aux tentations rebelles que la Couronne veut remettre dans le rang, Louise de Savoie (1476-1531) se retrouve brutalement, à moins de vingt ans, veuve, chargée de deux enfants en bas âge - Marguerite et François de Valois. Par sa solide éducation, sa fine connaissance des lignées dynastiques et du jeu politique européen, et sa proximité avec la famille royale, elle parvient à dessiner le chemin qui mènera son fils François jusqu'au trône. Et, alors que le pouvoir se conjugue déjà et surtout au masculin, elle se voit par deux fois confier la régence, tenant alors fermement la barre d'un pays chahuté. Mais quels furent les espoirs, les joies, les angoisses et les douleurs de celle qui fut enterrée comme une souveraine par son fils, bien qu'elle n'ait jamais porté que la couronne ducale ? Patricia Eichel-Lojkine nous plonge dans les méandres d'une vie riche et houleuse, en brossant un portrait à la fois politique et intime de cette femme d'exception.
La première biographie complète d'une grande humaniste oubliée de l'histoire. Sœur de roi (François Ier), femme de roi (Henri II de Navarre) et grand-mère de roi (Henri IV), Marguerite d'Angoulême a trop souvent été reléguée au second plan, et sa vie étudiée à travers celle des hommes qui l'ont entourée. C'est oublier bien vite qu'elle a aussi, et surtout, été une grande mécène d'artisans du livre, tels François Rabelais, et elle-même une autrice prolifique sous le nom de Marguerite de Navarre. Fervente catholique mais aussi humaniste éclairée, elle a également cherché toute sa vie à " renouveler l'Église " en protégeant les réformateurs protestants, dont Jean Calvin. Née Marguerite de Valois-Angoulême en 1492, puis devenue reine consort de Navarre par son second mariage en 1527, Marguerite contribua fortement à faire de la cour de son frère François Ier un lieu où intellectuels et artistes de premier plan se pressaient. Son influence politique déclinant progressivement après l'affaire des placards en 1534, elle décida de s'éloigner de la cour et de se consacrer à l'écriture. Auteur de poésie, de théâtre et de contes, elle laisse une œuvre abondante, dont son recueil de nouvelles inachevé : L'Heptaméron. Si ces écrits peuvent nous sembler datés aujourd'hui, ils n'en demeurent pas moins révolutionnaires pour l'époque, éminemment modernes, et même teintés de féminisme – ils ont inspiré de nombreuses femmes de tête comme la célèbre Anne Boleyn. Dans cette biographie passionnante et étayée par de nombreuses sources inédites, Patricia Lojkine réhabilite une figure oubliée et pourtant, à l'image d'une Madame de Lafayette, incontournable de l'histoire intellectuelle et politique de la Renaissance.