Massin
Massin
Souvenirs, réflexions, regards sur nous, les autres, et l'auteur lui-même, tout à la fois graphiste, romancier, essayiste, musicien, photographe. « Copyright Electre »
Massin a repris son nom pour rééditer Une enfance ordinaire. En 1972, il avait pris le masque de Menuet pour soumettre son manuscrit à l'éditeur dont il était le graphiste, et qui le publia. Voilà un livre étonnant qui dissémine les illuminations du souvenir en dépit du calendrier. Combien d'autobiographes retracent le fil de leur histoire comme s`ils voulaient nous en démontrer la logique ! Pourtant, l'enfance est un carrefour de pistes ouvertes à tous les vents : on y a le droit d'être n'importe quoi, et pas toujours celui que l'on est devenu ensuite. Jean Duvignaud
Paris, février 1617, un gueux insulte Concini, Maréchal d'Ancre, à sa sortie de Saint-Germain l'Auxerrois. En avril, la même année, Concini est mis à mort, enterré puis déterré, son cadavre traîné par les rues, mis en pièces, mangé, brûlé. Deux voyageurs italiens, en route pour la capitale, racontent à la manière d'un choeur antique, l'incroyable ascension puis la chute de Concino Concini, la cour de France sous le roi Henri IV et la régence de Marie de Médicis, le temps où Louis XIII « fait l'enfant » pour mieux donner le change et, avec quelques amis sûrs, abattre le favori et établir les fondements d'un pouvoir monarchique absolu. Car, en venant en France pour épouser le plus inconstant des monarques, Marie de Médicis, héritière de riches banquiers florentins qui prêtent à toute l'Europe, a amené avec elle une suite nombreuse avide de places, de faveurs, de prébendes et qui, avec Concini et sa femme Léonora Galigaï, s'emploiera à piller le trésor amassé à la Bastille par le vieux Sully. Sous la plume de l'auteur, surgissent de l'ombre les gueux qui, après avoir simulé tout le jour des maux qui font d'eux des infirmes, manchots ou culs-de-jatte, se retrouvent le soir pour danser, rire et chanter. C'est la cour des miracles, le Paris des marginaux, loin des fastes de la cour, dans le pittoresque quotidien de la rue, que nous fait visiter Massin. Tout au long de ce récit, plein d'esprit et de situations embrouillées, où la raison d'État se mêle à l'amour, Massin, après Le Branle des voleurs, Les Compagnons de Marjolaine (Éditions de la table ronde), et La Dernière Passion (Albin Michel), Massin poursuit ici avec bonheur sa carrière de romancier.
Dans cet essai allègre, Massin poursuit la libre réflexion qu'il a entamée depuis plus de trente ans sur les formes artistiques (dès 1970, La Lettre et l'image). Attentif aux dialogues entre les arts, il nous entraîne dans une promenade échevelée à travers la succession des styles depuis quatre siècles. Pour mieux traquer le style baroque par-delà les clichés, il va demander à la littérature ce que les historiens d'art ne savent pas toujours voir ; pour montrer l'unité des styles, il n'hésite pas à questionner la musique et à révéler les parallèles entre les arts. En passant, Massin signale les résurgences d'un style à l'intérieur d'un autre, posant son regard aussi bien sur l'architecture, la chevelure, le mouvement, le goût des ruines et la place des femmes dans l'art nouveau. La grande réussite de ce livre foisonnant et enjoué, c'est de montrer que les mouvements artistiques comportent aussi des dimensions idéologiques, culturelles, théologiques, littéraires et cosmétiques.