Marie-Anne Vannier
Marie-Anne Vannier
Avec Hadewijch d'Anvers et Catherine de Sienne, Hildegarde de Bingen est une des trois grandes mystiques qui ont marqué la spiritualité du Moyen Âge. Elle est restée d'une étonnante modernité, notamment par sa vision « écologique » avant la lettre - ses recettes de médecine par les plantes sont redevenues à la mode.Sa vision, cette femme aux multiples talents l'a exprimée à travers des créations picturales qui illustrent ses livres. Une dizaine de ces peintures accompagnent l'original du Livre des oeuvres divines, son grand classique. Ces images remarquables nous montrent un Homme christique en totale harmonie avec le Cosmos. Marie-Anne Vannier, spécialiste des mystiques rhénans, en décrypte la symbolique des formes et des couleurs, et montre comment ces oeuvres s'enracinent très précisément dans une mystique de l'harmonie.
Les Pères du désert nous semblent proches par leurs apophtegmes, mais il est difficile de les présenter individuellement, tant ils sont nombreux. On connaît peu de choses de leur vie, car s'ils se sont retirés au désert, c'était pour rester dans l'anonymat. C'est le message qui compte, non celui qui l'a prononcé. La paternité spirituelle est leur caractéristique, comme le manifeste la question qui leur est souvent posée : « Abba, dis-moi une parole. » Leur temps de retraite au désert leur a donné une capacité à discerner ce qui est utile aux autres et à le leur dire, afin de les aider dans leur vie.Les Pères ont souvent une dimension charismatique, tant ils sont habités par l'Esprit Saint. Leur vie austère les porte au coeur des luttes humaines, leur quête d'humilité les rend proches et nous parle aujourd'hui. Abba Antoine dit : « Il y a des gens qui ont broyé leur corps dans l'ascèse, mais, pour avoir manqué de discernement, ils se sont éloignés de Dieu. » Marie-Anne Vannier, professeur à l'Université de Lorraine (Metz), a une double formation en philosophie et en théologie. Elle est rédactrice en chef de la revue Connaissance des Pères de l'Église, et l'auteur de nombreuses publications.
Saint Augustin (354-430) est l'un des géants de la patristique et plus largement de la civilisation occidentale, car un certain nombre de ses intuitions, comme la place du sujet ou celle de la relation, sont encore fondamentales aujourd'hui. Parmi les Pères de l'Église, saint Augustin est celui dont la vie est la mieux connue, car non seulement il a eu un biographe, mais il a également retracé sa biographie spirituelle ou plus précisément l'aventure de sa conversion dans les Confessions. Après l'avoir situé dans son contexte, celui de l'Afrique du Nord au tournant du IVe et du Ve siècle, l'activité pastorale d'Augustin est tout d'abord explorée. Augustin parle de son expérience de prédicateur à travers la métaphore des anges qui montent et qui descendent, de l'importance de la catéchèse qu'il déploie à propos de l'eucharistie, de sa prédication pour les fêtes et surtout de la clef de sa pastorale, qui est la charité. Il se place ainsi dans la dynamique de l'amour trinitaire qu'il transmet aux autres, ce qui nous amène à envisager son oeuvre de théologien. Sa théologie, il la dégage de l'Écriture, comme en témoigne sa réflexion sur la création et sur l'image de Dieu en l'homme. Il se situe en disciple de Paul. En fonction de sa propre expérience, il développe une anthropologie solide, consacre des pages mémorables au Christ médiateur. En réponse aux hérésies, il réfléchit sur le motif de l'Incarnation, sur l'unité de l'Église... Pasteur et théologien, il apporte sa contribution à l'ecclésiologie et à l'eschatologie. Homme de relation et de prière, il fait ressortir la place du Maître intérieur en chacun, reprend plusieurs fois son commentaire de la prière par excellence qu'est le Notre Père et met en évidence l'importance de la louange.
Parmi toutes les religions et même parmi les monothéismes, le christianisme a un statut unique : c'est la seule religion où Dieu a pris un visage humain. Nous y sommes habitués, mais, pour nos contemporains, pour notre société sécularisée, c'est un point essentiel à redécouvrir, une chance énorme dont on n'a pas toujours conscience et qui ouvre encore un chemin pour l'homme d'aujourd'hui. Avec l'Incarnation, un pas de plus est franchi : la filiation divine nous est donnée. Cet ouvrage exprime, en langage contemporain, l'essentiel de l'anthropologie chrétienne, qui est fondée dans la christologie et dans la théologie trinitaire. En s'appuyant sur maître Eckhart, qui va au coeur de l'anthropologie chrétienne, en invitant, à la suite de Maxime le Confesseur, à «devenir par grâce ce que Dieu est par nature», l'auteur montre combien l'anthropologie chrétienne reste une chance pour notre époque.Marie-Anne Vannier est une spécialiste de saint Augustin, de saint Jean Cassien ainsi que de Maître Eckhart et des mystiques rhénans. Elle est également rédactrice en chef de la revue Connaissance des Pères de l'Église et professeur de théologie à l'Université de Lorraine.
La christologie des mystiques rhénans est souvent laissée pour compte, quand on ne leur reproche pas de ne pas en proposer. Or, Eckhart a su dégager le sens de la christologie et l'importance de la conformation au Christ. Il est, avec Nicolas de Cues, l'un de ceux qui sont allés le plus loin dans l'approfondissement de la filiation divine. Tauler a repris et développé sa perspective. Suso a davantage envisagé le Christ à partir de la figure de la Sagesse éternelle. Force est de constater que les mystiques rhénans et Nicolas de Cues ont proposé une christologie solide, qui est l'axe de leur oeuvre et qu'il importe de redécouvrir. Cet ouvrage, fruit de la coopération entre l'Équipe de recherche sur les mystiques rhénans de l'université de Lorraine et le Cusanus Institut de Trêves, invite à cette redécouverte.--The Christology of the Rhenish mystics is often overlooked when they are not being accused of failing to provide any. Yet Eckhart was able to bring out the meaning of Christology and the importance of its conformation to Christ. Along with Nicholas of Cusa, Eckhart is amongst those who went furthest in their examination of the divine filiation. His viewpoint was later resumed and developed by Tauler. Suso's vision of Christ was more based on the figure of Eternal Wisdom. It is indisputable that the Rhenish mystics and Nicholas of Cusa furnished a sound Christology, which was the basis of their oeuvre, and which we would gain by rediscovering. This volume, the fruit of a collaboration between the research team working on the Rhenish mystics at Lorraine University and the Cusanus-Institut in Trier, invites us to do so.