Marcel Rouff
Marcel Rouff
Un ancien magistrat, Dodin-Bouffant, consacre sa vie à l’art de la table et à la quête de la perfection culinaire.
Entre sommets inviolés et paysages grandioses, Montagnes de Marcel Rouff explore la quête absolue de soi à travers l’affrontement avec la nature sauvage. Une ode littéraire à l’alpinisme et à la solitude, où chaque ascension devient une révélation.
Marcel Rouff (1877-1936) "Duvillier, trompant l'attente, se mit à examiner l'Illustration pour la troisième fois. Puis il consulta sa montre, releva les sourcils en signe de surprise et envoya un chasseur lui chercher au bureau de tabac du hall un paquet de Maryland. Autour de lui, quelques voyageurs commençaient à dîner. On entendait le bruit des derniers coups de jacquet. On réglait les apéritifs. Il tira une lettre de son portefeuille et la relut : - Pas d'erreur, pensa-t-il. C'est bien au café de la gare d'Orsay qu'il m'a donné rendez-vous. Sous l'oeil sévère du garçon, se sentant un peu gêné d'occuper si longtemps une table, il commanda son troisième « demi » et une carte pneumatique. Il commença à la rédiger : « Paris, 25 août 1924. « Mon vieux Jean, « Tu es aussi vague dans les rendez-vous que dans tes opinions. Je t'attends depuis une heure, sept minutes, et... » Morchaud était devant lui... Duvillier déchira le papier bleu." Dix ans après la guerre de 14-18. Jean Morchaud est un jeune humaniste. Il réussit à devenir membre de la Société des Nations (SDN) ; il va pouvoir oeuvrer concrètement pour la paix mondiale. Mais à Genève, il va aller de désillusion en désillusion...
Marcel Rouff (1877-1936) "Un brûlant midi d'été sur la place de la Mairie, déserte, incendiée de lumière. La vie n'y est plus représentée que par des tilleuls grillés et poussiéreux. Le vide et la chaleur ont envahi le petit Café de Saxe, ancienne hostellerie provinciale où le duc de Coulante daigna jadis se restaurer d'une fricassée et de trois larges fioles d'un vin frais du pays. L'ombre de la salle, fille de stores jaunâtres et douteux, n'est piquée que par les taches brunes des quatre banquettes de moleskine, par le marbre usé des tables, par les transparences vertes, jaunes et rouges des ratafias, apéritifs et liqueurs qui font au patron, derrière son comptoir, une auréole multicolore et alcoolique. En manches de chemise, gras et luisant, chauve et morose, il observe, sur son haut tabouret et à l'abri d'une pyramide de verres, une réserve qu'on sent inaccoutumée et qui, pour être sans cesse agitée par les efforts spasmodiques qu'il fait en repoussant une invasion de mouches acharnées aux plis de sa graisse, semble chargée d'une grande dé