Marcel Cohen
Marcel Cohen
"Il m'est arrivé de rencontrer des hommes admirables, cependant les seuls êtres à qui j'ai conscience de tout devoir sont des femmes. Elles se sont comportées à mon égard avec tant de naturel, de détermination et l'une d'elles de courage, que j'ai pu sous-estimer longtemps à quel point rien n'allait de soi. Orphelin et enfant caché pendant la guerre, je n'acceptais ni l'autorité des hommes qui se substituaient à mon père, ni l'attachement des femmes qui avaient les gestes de ma mère. Que l'on tentât de m'imposer une volonté ou que l'on fît preuve à mon égard de trop d'affection revenait au même : c'était insupportable et je prenais la fuite. La bonne volonté ne suffisait donc pas et, aujourd'hui encore, l'opiniâtreté des femmes dont il est question dans ce livre ne va pas sans étonnement. Tout cela a-t-il bien eu lieu comme j'en ai pourtant le souvenir très exact ?"
"Il m'est arrivé de rencontrer des hommes admirables, cependant les seuls êtres à qui j'ai conscience de tout devoir sont des femmes. Elles se sont comportées à mon égard avec tant de naturel, de détermination et l'une d'elles de courage, que j'ai pu sous-estimer longtemps à quel point rien n'allait de soi. Orphelin et enfant caché pendant la guerre, je n'acceptais ni l'autorité des hommes qui se substituaient à mon père, ni l'attachement des femmes qui avaient les gestes de ma mère. Que l'on tentât de m'imposer une volonté ou que l'on fît preuve à mon égard de trop d'affection revenait au même : c'était insupportable et je prenais la fuite. La bonne volonté ne suffisait donc pas et, aujourd'hui encore, l'opiniâtreté des femmes dont il est question dans ce livre ne va pas sans étonnement. Tout cela a-t-il bien eu lieu comme j'en ai pourtant le souvenir très exact ?"
"Je sais bien que les objets familiers sont synonymes d'aveuglement : nous ne les regardons plus et ils ne disent que la force de l'habitude. Mais le coquetier, dans le placard à vaisselle, et ne serait-ce que de façon très épisodique, a eu bien des occasions de susciter quelques bouffées de tendresse à l'égard de Marie. Je me dis qu'on ne conserve pas un objet aussi modeste, et aussi défraîchi, pendant soixante-dix ans sans de sérieuses raisons." Marcel Cohen. Prix Wepler - Fondation La Poste 2013
"Je sais bien que les objets familiers sont synonymes d'aveuglement : nous ne les regardons plus et ils ne disent que la force de l'habitude. Mais le coquetier, dans le placard à vaisselle, et ne serait-ce que de façon très épisodique, a eu bien des occasions de susciter quelques bouffées de tendresse à l'égard de Marie. Je me dis qu'on ne conserve pas un objet aussi modeste, et aussi défraîchi, pendant soixante-dix ans sans de sérieuses raisons." Marcel Cohen. Prix Wepler - Fondation La Poste 2013
Détails qui s'inscrit dans le prolongement de la trilogie des Faits (publiée entre 2002 et 2010), témoigne une nouvelle fois chez l'auteur, mais sous un angle légèrement différent, du sens tout à fait unique de l'observation, de l'introspection et de l'Histoire. En faisant du détail d'un paysage, d'une situation, d'une oeuvre d'art, l'essentiel, il renverse le point de vue habituel et réveille singulièrement le regard et la pensée de son lecteur.
Détails qui s'inscrit dans le prolongement de la trilogie des Faits (publiée entre 2002 et 2010), témoigne une nouvelle fois chez l'auteur, mais sous un angle légèrement différent, du sens tout à fait unique de l'observation, de l'introspection et de l'Histoire. En faisant du détail d'un paysage, d'une situation, d'une oeuvre d'art, l'essentiel, il renverse le point de vue habituel et réveille singulièrement le regard et la pensée de son lecteur.
Comme dans le précédent volume de Détails, qu'il complète et prolonge, l'auteur explore les mille petits riens sur lesquels nous faisons journellement l'impasse. Qu'il s'agisse des rayures du zèbre, d'une nuit aux urgences d'un hôpital, d'une larve de papillon dans le carnet de travail d'un poète, d'un chalutier arraisonné par un sous-marin ennemi pendant la Première Guerre mondiale, de la vétusté des ascenseurs new-yorkais ou d'une petite fille faisant des pâtés de sable, l'auteur témoigne d'un sens tout à fait unique de l'observation, de l'introspection et de l'Histoire. En faisant du détail, et de faits avérés, un passage obligé, il renverse le point de vue habituel et réveille singulièrement le regard et la pensée du lecteur.
Comme dans le précédent volume de Détails, qu'il complète et prolonge, l'auteur explore les mille petits riens sur lesquels nous faisons journellement l'impasse. Qu'il s'agisse des rayures du zèbre, d'une nuit aux urgences d'un hôpital, d'une larve de papillon dans le carnet de travail d'un poète, d'un chalutier arraisonné par un sous-marin ennemi pendant la Première Guerre mondiale, de la vétusté des ascenseurs new-yorkais ou d'une petite fille faisant des pâtés de sable, l'auteur témoigne d'un sens tout à fait unique de l'observation, de l'introspection et de l'Histoire. En faisant du détail, et de faits avérés, un passage obligé, il renverse le point de vue habituel et réveille singulièrement le regard et la pensée du lecteur.
À une terrasse de café, un homme s'interroge sur l'étrange résonance des talons féminins. Un écrivain ne peut travailler que dans sa chambre noire de photographe amateur. Une femme de soldat s'inquiète, contre toute logique, des bonnes nouvelles qu'elle reçoit du front. Un peintre et un saxophoniste new-yorkais échangent leur montre. Une colombe ne quitte le chapeau d'un prestidigitateur que pour disparaître à jamais. Des informations très précises nous renseignent sur l'élevage intensif du porc comme sur la genèse du K. 540 de Mozart. Tels sont quelques-uns des thèmes abordés dans ce dernier volume de la trilogie commencée avec Faits (Lecture courante à l'usage des grands débutants) et poursuivie avec Faits, II. De chapitre en chapitre, de fait en fait, le lecteur, pas plus que dans les volumes précédents, ne peut imaginer où le mènera l'auteur. En ce sens, ouvrir Faits, III est bien une aventure. On peut voir dans ces pages denses, souvent réduites au strict énoncé de faits aisément vérifiables, une incapacité, ou une répugnance, à ordonner un récit selon les critères habituels de la narration. La prolifération des thèmes abordés dans les 275 chapitres de cette trilogie, la multiplicité des lectures possibles, les notes en fin de volume, inhabituelles dans des ouvrages littéraires et qui témoignent d'une volonté de regarder notre époque au plus près, font de ces trois livres une entreprise et une aventure littéraires en tout point singulières.
À une terrasse de café, un homme s'interroge sur l'étrange résonance des talons féminins. Un écrivain ne peut travailler que dans sa chambre noire de photographe amateur. Une femme de soldat s'inquiète, contre toute logique, des bonnes nouvelles qu'elle reçoit du front. Un peintre et un saxophoniste new-yorkais échangent leur montre. Une colombe ne quitte le chapeau d'un prestidigitateur que pour disparaître à jamais. Des informations très précises nous renseignent sur l'élevage intensif du porc comme sur la genèse du K. 540 de Mozart. Tels sont quelques-uns des thèmes abordés dans ce dernier volume de la trilogie commencée avec Faits (Lecture courante à l'usage des grands débutants) et poursuivie avec Faits, II. De chapitre en chapitre, de fait en fait, le lecteur, pas plus que dans les volumes précédents, ne peut imaginer où le mènera l'auteur. En ce sens, ouvrir Faits, III est bien une aventure. On peut voir dans ces pages denses, souvent réduites au strict énoncé de faits aisément vérifiables, une incapacité, ou une répugnance, à ordonner un récit selon les critères habituels de la narration. La prolifération des thèmes abordés dans les 275 chapitres de cette trilogie, la multiplicité des lectures possibles, les notes en fin de volume, inhabituelles dans des ouvrages littéraires et qui témoignent d'une volonté de regarder notre époque au plus près, font de ces trois livres une entreprise et une aventure littéraires en tout point singulières.
« En dépit de leur parenté, ces trois livres ne s'aiment pas beaucoup et le donnent à voir », explique Marcel Cohen à propos de ses trois premiers ouvrages, réunis ici pour la première fois. Depuis longtemps indisponibles en librairie, et accueillis très chaleureusement à leur sortie, ces livres n'en forment pas moins une trilogie. Si chacune des villes dont il est question est bien réelle, elle l'est à sa façon et la manière qu'a l'auteur de les aborder oscille entre le reportage, l'hyperréalisme et une forme de rêve éveillé. Nous assistons ainsi, et tout à la fois, aux tâtonnements d'un jeune écrivain qui cherche sa manière, et aux déambulations d'un homme à la poursuite obstinée de lui-même.
« En dépit de leur parenté, ces trois livres ne s'aiment pas beaucoup et le donnent à voir », explique Marcel Cohen à propos de ses trois premiers ouvrages, réunis ici pour la première fois. Depuis longtemps indisponibles en librairie, et accueillis très chaleureusement à leur sortie, ces livres n'en forment pas moins une trilogie. Si chacune des villes dont il est question est bien réelle, elle l'est à sa façon et la manière qu'a l'auteur de les aborder oscille entre le reportage, l'hyperréalisme et une forme de rêve éveillé. Nous assistons ainsi, et tout à la fois, aux tâtonnements d'un jeune écrivain qui cherche sa manière, et aux déambulations d'un homme à la poursuite obstinée de lui-même.
Dans Le grand paon-de-nuit, comme dans les deux titres repris dans ce volume, on peut se demander s'il s'agit bien de prose, et non pas plutôt de poésie. En lisant ces textes brefs, souvent fulgurants, on se demande même si Marcel Cohen ne nous livre pas des sujets de nouvelles, ou des réflexions, qui ne gagneraient rien à être développés. Chez un auteur qui se contente souvent de rapporter des Faits, comme dans la trilogie du même nom, on touche sans doute là l'essentiel : au fil de ces pages d'un laconisme extrême, ce qui nous captive c'est, finalement, notre rôle de lecteur : peut-être nous revient-il, et à nous seul, d'écrire le volume que nous tenons entre les mains. Le plus important, semble nous dire l'auteur, s'écrit dans le blanc de la page, le lecteur est adulte, et il a toujours raison.
Dans Le grand paon-de-nuit, comme dans les deux titres repris dans ce volume, on peut se demander s'il s'agit bien de prose, et non pas plutôt de poésie. En lisant ces textes brefs, souvent fulgurants, on se demande même si Marcel Cohen ne nous livre pas des sujets de nouvelles, ou des réflexions, qui ne gagneraient rien à être développés. Chez un auteur qui se contente souvent de rapporter des Faits, comme dans la trilogie du même nom, on touche sans doute là l'essentiel : au fil de ces pages d'un laconisme extrême, ce qui nous captive c'est, finalement, notre rôle de lecteur : peut-être nous revient-il, et à nous seul, d'écrire le volume que nous tenons entre les mains. Le plus important, semble nous dire l'auteur, s'écrit dans le blanc de la page, le lecteur est adulte, et il a toujours raison.