Jean-claude Sergeant
Jean-claude Sergeant
Deux scandales majeurs ont coup sur coup écorné l'image de probité associée à la mère de toutes les démocraties modernes. Les Britanniques ont découvert avec consternation que leurs parlementaires exploitaient sans vergogne le système de remboursement de notes de frais qui leur était propre. Quelque temps plus tard, ils ont appris que des journalistes du News of the World - le plus gros tirage de la presse britannique - pirataient les boîtes vocales de milliers de personnalités. La foi du public dans l'honnêteté de ses représentants au Parlement et dans l'éthique professionnelle de ses journalistes, qui n'était déjà pas très affirmée, venait, une fois de plus, d'être mise à mal. Pas plus que les autres États occidentaux, le Royaume-Uni n'est épargné par la corruption. Celle-ci n'est en fait qu'une composante marginale d'un phénomène plus large, baptisé sleaze qui, depuis l'affaire Profumo (1963), englobe les frasques sexuelles de personnalités en vue, notamment du monde politique et sportif, les tractations financières opaques, le versement de pots-de-vin à des fins politiques ou commerciales. C'est aux différentes manifestations - y compris écossaises et nord-irlandaises - de ce phénomène, dont l'amplification alimente l'apathie électorale et le populisme, qu'est consacré cet ouvrage.
Les années quatre-vingt ont, incontestablement, été marquées en Grande-Bretagne par un volontarisme politique dont on ne trouve l'équivalent qu'au cours de la période travailliste de l'après-guerre. Mais, alors que le programme travailliste était avant tout l'oeuvre d'une équipe, celui progressivement mis en application par les différents gouvernements qui dirigent le pays entre 1979 et 1990, porte la marque d'un personnage politique hors du commun qui tentera de modifier les fondements de la société britannique à partir d'un credo tout à la fois rudimentaire et ambitieux. Délaissant les éclairages biographiques largement exploités par les spécialistes, le présent ouvrage retrace la gestation du projet thatchérien, et décrit son application dans les différentes sphères d'intervention de la puissance publique. Le domaine extérieur - Europe, Commonwealth, relations Est-Ouest - figure en bonne place dans ce bilan dont l'auteur tente, en conclusion, d'évaluer les retombées, tant au niveau des acteurs politiques qu'en ce qui concerne les mentalités et les comportements individuels.