Jean-Michel Rabaté
Jean-Michel Rabaté
Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.
Longtemps interdits ou ignorés, les livres de James Joyce ont gardé une grande partie de leur mystère, et une certaine réputation d'hermétisme, qui en font encore une terra incognita de notre modernité. Ce n'est pas un hasard : son oeuvre, fourmillante de merveilles et de faux-semblants, a été conçue avec l'intention délibérée d'égarer le lecteur dans une sorte de dédale qui prend la forme d'un véritable univers au second degré. C'est à l'exploration de ce labyrinthe que nous convie cet essai, avec toutes les clefs nécessaires pour franchir une à une les portes du sanctuaire. Du Portrait de l'artiste à Dublinois, des Exilés à Ulysse et Finnegans Wake, Jean-Michel Rabaté nous fait entrer dans l'intimité d'une pensée créatrice, qui a construit l'une des oeuvres les plus éblouissantes de la littérature mondiale.
Dans cet essai, Jean-Michel Rabaté montre que le mensonge est intimement lié au paradoxe, donc voué de manière structurelle à la contradiction, tant dans ses manifestations sociales que politiques et philosophiques. Pour expliquer et mettre en scène les paradoxes du mensonge, l?auteur prend comme point de départ le champ de la politique et des médias aux États-Unis, lieu où l?on observe une grande fascination pour ce thème. Il expose brillamment l?attitude de Clinton et de Bush face au mensonge privé ou d?État, avant d?aborder des cas célèbres de journalistes ou d?écrivains. Les témoignages de Steve Glass, Lauren Slater et, par l?intermédiaire du livre d?Emmanuel Carrère (L?adversaire), de Jean-Claude Romand apportent d?autres perspectives sur la pratique du mensonge. Celui-ci ne peut se réduire à une contradiction entre un certain discours et la réalité des faits. Il faut combiner d?autres critères pour comprendre les logiques du mensonge contemporain : il y a d?abord le test de la réalité, toujours indispensable, même si cela reste souvent un point d?indécidabilité ; il y a ensuite l?intention de tromper, sans laquelle, comme disait saint Augustin, on ne peut parler de mensonge puisqu?on peut toujours mentir en disant la vérité factuelle ; enfin, il y a le mensonge réflexif, c?est-à-dire l?erreur sur soi-même, la méconnaissance produite par l?inconscient qui sous-tend erreurs, lapsus et actes manqués. Il conclut de manière paradoxale sur l?affirmation conjointe de l?inévitabilité et l?inexcusabilité du mensonge. Jean-Michel Rabaté nous livre ici une belle synthèse, remarquablement claire, entre une réflexion politique et une interrogation philosophique.