Jean Duchesne
Jean Duchesne
Être chrétien n'est pas se soumettre à toutes sortes de dogmes et de prescriptions. C'est plutôt faire l'apprentissage de la liberté.La foi affranchit des idées reçues et des angoisses du moment. Loin d'enfermer dans l'irrationnel, elle fait percevoir le monde comme création, situer la responsabilité de l'homme dans le présent de l'histoire et reconnaître que le don de soi est la vérité de la vie en plénitude.Cette indépendance d'esprit n'est pas une conquête, mais une grâce sans cesse renouvelée de découvertes. La foi a ainsi été ravivée au xxe siècle : elle s'est refondée sur la Bible et intériorisée en popularisant la spiritualité; elle a exploré le sens de ses liturgies et pris conscience de ses racines juives...Il faudra du temps pour que ces progrès imprévus soient assimilés. Et il faudra en accueillir d'autres encore pour partager la liberté qu'ils offrent. Jean Duchesne, professeur émérite de chaire supérieure, est un des cofondateurs de la revue Communio et l'exécuteur littéraire du cardinal Lustiger.
Louis Bouyer (1913-2004) est sans conteste un des plusgrands théologiens français du XXe siècle, du moins sil'on en croit Henri de Lubac, Jean Daniélou, Hans Ursvon Balthasar et Joseph Ratzinger qui furent ses amis,de même que J.R.R. Tolkien, Paul VI, Julien Green,Jean-Marie Lustiger et... Philippe Noiret !Né dans une famille protestante, il devient pasteur luthérien et se convertit au catholicisme en 1939. Il sera prêtre del'Oratoire. Un itinéraire qui n'est pas sans rappelercelui de John Henry Newman, avec lequel Louis Bouyera des affinités bien plus profondes encore : une passionpour les Pères de l'Église, l'intuition que la foi a unehistoire, l'importance reconnue à la psychologie dansla vie spirituelle, une vocation d'éducateur, une ouvertureà la culture profane.L'auteur, son ami de longue date,livre ici les clés de lecture d'une oeuvre puissammentoriginale.Jean Duchesne, ancien élève de l'E.N.S. Saint-Cloud, estprofesseur honoraire de chaire supérieure (anglais).Il a été co-fondateur de l'édition en français de la revueCommunio et ami de longue date du Père Louis Bouyer.
L'an 2000 mérite-t-il la moindre réflexion ? Non, si l'on considère la date comme un simple millésime de champagne. Et pourtant, qui sait si ce chiffre symbolique n'est pas un tournant de l'Histoire ? Savons-nous où nous allons désormais ? Sauf à se lancer dans la science-fiction, l'avenir du monde n'a de sens qu'au regard de son histoire. En quoi ces deux mille ans de christianisme permettent-ils d'envisager les lendemains ? Quelques réponses sont esquissées ici, en prenant du recul par rapport à l'actualité et aux débats franco-hexagonaux. Par-delà les Révolutions, les développements implicites du protestantisme aident à comprendre la « modernité ». A l'heure où semble triompher le libéralisme anglo-saxon, le darwinisme demeure une clé d'interprétation pour le XXe siècle. L'ère de la « mondialisation » est celle d'un oecuménisme qui requiert les ressources culturelles du catholicisme « romain ». Car le problème n'est pas de savoir si le XXIe siècle sera chrétien, mais comment il le sera.
Un oxymore, c'est du feu glaçant ou un taiseux bavard. C'est aussi le catholicisme minoritaire, qui est à la mode puisque croyants et anticléricaux sont d'accord pour trouver ça très bien : les chrétiens se voient en courageuse «minorité créatrice», et les autres en avant-garde d'une humanité libérée de toute religion. On se trompe des deux côtés.À l'échelle planétaire, et bientôt même en Occident, face aux intégrismes, c'est la sécularisation qui recule. Celle-ci n'est qu'une hérésie chrétienne: empruntant à la foi «l'autonomie du temporel», qui est inconnue ailleurs, elle méconnaît l'altérité radicale de Dieu, qui révèle que la vraie liberté réside non dans la maîtrise, mais dans l'accueil et l'imitation de Celui qui se donne.C'est pourquoi le catholicisme ne peut s'installer dans un ghetto.Jean Duchesne a enseigné l'anglais en khâgne et math spé. Cofondateur de la revue Communio, il est l'exécuteur littéraire du cardinal Lustiger et du théologien Louis Bouyer, dont il a été proche. Il est membre de l'Académie catholique de France et de l'Observatoire Foi et Culture de la Conférence des évêques de France.