Jean-Claude Shanda Tonme
Jean-Claude Shanda Tonme
"J'étais fait, préparé, arrangé, travaillé, et construit pour tout supporter, pour affronter les déserts et les mers, les tempêtes et les torrents, pour tout accepter, pour tout vivre et tout transcender. Ce n'était plus le jeune de vingt ans qui se tenait là, devant des oncles réticents et absents. C'était un monstre, un diable, un kamikaze prêt à aller jusqu'au bout de son aventure, de ses ambitions, jusqu'en France, en France ou rien".
Découvrir les Etats-Unis dans la situation d'un intellectuel africain qui n'a pas encore terminé l'analyse de ses rapports avec l'Europe et qui ne sait pas encore ce qu'il fera de ses sentiments ambivalents sur les rapports de la race noire et des autres races, peut précipiter la plus forte et la plus complète des intelligences dans un trouble profond. La société américaine feint d'accepter le métissage, mais la réalité est ailleurs, dans une forme d'apartheid que chaque communauté raciale et chaque groupe culturel vit.
Paris est maintenant devant moi, exactement comme je l'ai rêvé, un melting-pot indescriptible. En bon clandestin respectant les consignes de prudence, je me suis débarrassé de mon faux passeport dès que j'ai franchi la frontière française. Ma carte d'étudiant de Dakar et ma préinscription sont saufs. C'est donc moi le clandestin, qui ai passé huit jours à dormir dans une station de métro, à mendier et à me nourrir des restes trouvés dans les poubelles, qui arpente dorénavant les couloirs de la Sorbonne.
L'une des interventions les plus controversées de la France en Afrique demeure la campagne militaire menée en pays bamiléké dans l'Ouest Cameroun pour éradiquer les poches de résistance armée du parti nationaliste UPC, lequel avait très tôt revendiqué une authentique indépendance. S'il est admis par tout le monde que des moyens de guerre importants furent utilisés et que des villages entiers furent rasés, entraînant des milliers de morts, les analystes ne s'accordent pas sur l'existence d'un génocide.
Tous les enjeux évoqués dans ce livre rentrent dans le décor planté par deux déclarations de Kim Dae Jung Il, président de la Corée, et Kako Nubukpo, un esprit libre de la société civile. Tous deux expriment une même démarche et mettent en exergue une égale expression, à la fois défi et de volonté de correction de la gouvernance mondiale. C'est le socle révélateur d'une extraordinaire remise en cause, qui fait la substance de cet ouvrage.
Ceux qui se sont établis ailleurs après que leurs ancêtres furent emmenés comme esclaves sont restés dans la même condition d'infériorité et de misère. Ceux qui sont revenus pour créer leur propre Etat indépendant sur la terre-mère sont pareils. La situation de ceux qui n'ont pas bougé et qui ont conquis leur indépendance n'est pas meilleure. L'auteur s'interroge sans fin sur l'évolution de l'Afrique et un constat sans appel s'impose à lui: La malédiction de l'Afrique noire.
L'ordre moral, sécuritaire et matériel de la planète dandine. La politique internationale est d'abord un art de la guerre, des stratégies de domination et de survie, secrète ou officielle. Une paix réelle et exemplaire est impossible, parce que les tenants de l'orthodoxie impitoyable des systèmes de gouvernance convenus manipulent les principes et les concepts, les valeurs et les passions, en fonction des intérêts de circonstance adaptés à chaque séquence. C'est le vrai noeud du drame permanent de l'humanité.
L'enseignement des relations internationales devrait revêtir un savant mixage de trois dimensions correspondant aux trois pôles professionnels qui magnifient sa science existentielle. Il y a d'abord les théoriciens bruts, pétris de démonstrations académiques et d'évidences comparatives. Il y a ensuite les professionnels classiques qui pensent les attitudes, les comportements et les décisions des acteurs. Enfin il y a les diplomates de terrain, confrontés à la réalité des missions. Dorénavant, il est impossible de figer la démarche internationale dans un monde étroit, sectaire et théorique.
En prenant appui sur les deux discours de Nicolas Sarkozy à Dakar et de Barack Obama à Accra, l'auteur pose la question sans détours : et si l'Occident n'était pas responsable des problèmes de l'Afrique ? Ce livre présente les deux personnalités des présidents américain et français, puis le contexte et les textes. L'auteur fera ensuite une analyse comparative avant de laisser libre cours à sa réflexion personnelle.
Pourquoi les africains donnent-ils des noms de Mitterrand, Giscard, Churchill à leurs enfants ? C'est un échec anthropologique et une catastrophe culturelle qui se manifestent dans cette décision d'importation de nom. Ce problème découle d'une insuffisante affirmation culturelle et d'une dépersonnalisation identitaire. Pour l'auteur les peuples affamés doivent rechercher d'abord dans les profondeurs de leur personnalité culturelle, les causes et les remèdes de leur retard immense par rapport au reste du monde.
La plus optimiste des prospectives concernant les relations internationales de la prochaine décennie, vacille désormais dans de multiples incertitudes. C'est à une cruelle leçon de réalisme que nous renvoie l'année 2008, tourmentée par la guerre éclair en Ossétie du Sud, le nouvel embrasement de Gaza, le retour des talibans au premier plan en Afghanistan, la démission de Tabo Mbeki, l'insolence de Mugabe, le recul général de la démocratie en Afrique, et le formidable espoir suscité par la victoire de Barack Obama aux Etats-Unis.
Lentement mais sûrement, le monde s'achemine vers de nouvelles remises en cause, une nouvelle répartition des schémas des forces et des influences, et une nouvelle configuration des volontés des peuples. Ainsi, et sans que l'on s'en rende vraiment compte partout, ce sont toutes les idées reçues sur l'état du monde durant les dix dernières années qui vont bientôt tomber en désuétude, dépassées par l'ampleur d'un mouvement qui ne laissera aucun pays, aucun citoyen, aucune organisation ni aucune culture sans retournement.