Jean Broustra
Jean Broustra
Les patients psychotiques ont de nombreuses scènes cliniques d'expression : verbales, phonatoires, corporelles, scripturaires. Il importe de leur proposer des praticables thérapeutiques qui soient aussi plurilangagiers : où phénoménologie, expression, psychanalyse risquent une heureuse alliance. De nombreuses situations thérapeutiques sont exposées.
Sensible, dans sa pratique clinique et thérapeutique, au sens et aux sonorités des mots, Jean Broustra a développé avec une équipe pluridisciplinaire des ateliers thérapeutiques d'expression. Certains mots prononcés s'accompagnent de rugosité, de vibrato, de cassures vocales, d'animation dans le visage, de gestes incontrôlés des mains, des pieds. Le discours alors s'interrompt, se met en suspens. Après un rappel de l'importance des phonogrammes, signes graphiques qui représentent arbitrairement des sons et leur importance historique (Oulipo, Cobra, Peter Brook), cet ouvrage propose un bestiaire des mots, composé en trois parties : détestation de mots, mots intrigants et quelques amours de mots.
Le traité du bas de l'être est un essai sur les modalités contrastées entre le bas et le haut, le lourd et le léger, le corporel et le spirituel. Inscrit dans la tradition occidentale, tel le Traité de la concupiscence de Bossuet ou le célèbre livre de Bachelard L'air et les songes, il accorde une place privilégiée à la philosophie (d'Héraclite à Deleuze), à la psychanalyse, à la poésie. Plusieurs pratiques sont données en référence, à partir de l'expérience de l'auteur dans la médecine psychiatrique, la psychanalyse, la psychothérapie en ateliers d'expression, l'écriture dans la tenue de carnets personnels et la publications de romans. Loin d'être conceptuel et abstrait, cet ouvrage relate une histoire de vie à la recherche d'une pensée, d'un sens, par le jeu de la transmission mais aussi par la prise de risque d'une nécessaire invention. Jean Broustra est psychiatre, psychanalyste, écrivain.
La schizophrénie est-elle une maladie mentale existant en soi, une construction médico-idéologique, ou bien même un idéal réprimé, que certains exaltent pour lutter contre les mornes exigences de la rationalité ? L'explicitation clinique a toujours été compromise dans une pratique engagée - a priori - en riposte à toute déviance sociale. Cependant, quelle que soit la violence de cette pratique, elle ne supprime pas la réalité structurale de cette maladie. Du surréalisme, jusqu'aux perspectives de Deleuze et Guattari, la société actuelle trouve - dans la schizophrénie - le prétexte à des séductions variées ; ceci éclaire sur la crise sociale actuelle, et explique les tentatives d'inventer de nouvelles valeurs d'existence. Outre ces perspectives psychosociologiques, il y a aussi les différentes causalités d'émergence de cette psychose, depuis l'organicité cérébrale et génétique, jusqu'aux hypothèses psycho et sociogénétiques ; l'approche psychanalytique et l'étude des familles est particulièrement développée. L'aspect thérapeutique enfin, souligne l'évolution parcourue depuis la prise en charge asilaire, jusqu'aux thérapeutiques complexes en milieu ouvert, qui essaient de se concrétiser dans le fonctionnement de la politique de secteur.
« Moi Antoine à cette heure tardive, dans cette cabane mal éclairée où les moules sont excellentes et le vin aussi, j'affirme que les sirènes sont des créatures voracement sexuelles, et j'y pense d'autant plus que ces cuissardes maculées de boue brillent comme des écailles de poissons et rendent d'autant plus délectable la peau brune de cette femme. »
L'histoire de l'expression, plutôt située classiquement comme un débat philosophique (Aristote, Spinoza et Nietzsche), rejoint l'histoire de la psychiatrie en Europe dans les années soixante-dix. Dépassant la seule ambition de collectionner des oeuvres d'aliénés, au-delà de la fascination réciproque entre génie et folie, l'expression constitue un champ de pratique et de théorie qui a sa légitime part dans le traitement des maladies mentales. Dans le sillage de la psychothérapie institutionnelle, elle a pris son élan en devenant une nouvelle manière de vivre le lien entre société et culture. Elle a ainsi revendiqué sa place dans la pédagogie (F. Oury, A. Stern), dans le changement social (M. Pagès), dans la philosophie et la psychanalyse (JF Lyottard, J. Kristeva) mais aussi dans la littérature et les arts contemporains (de P. Sollers à I. Xenakis). L'expression, sous la forme d'ateliers thérapeutiques, contribue au traitement approfondi des patients psychotiques. Dans un cadre habituellement associatif, elle propose aussi des ateliers de créations pour aider à la citoyenneté par développement du lien socioculturel. Interface entre soin et création, l'expression doit tenir une place privilégiée dans l'esprit d'une véritable politique de secteur, ce à quoi l'auteur porte tous ses efforts.