Jacques Almira
Jacques Almira
À la suite d'une métamorphose du langage, une femme avare devient un épagneul qui a du chien. Cette histoire et les neuf autres sont construites à partir d'accidents de la langue et de jeux verbaux comme on parlerait du "jeu" d'une charpente, un peu dans l'esprit de Raymond Roussel. Le hasard ainsi provoqué exalte le goût profond de l'auteur qui le porte toujours vers les tableaux d'un baroque subtil ou éclatant, teinté souvent d'humour noir. On découvre l'étrange et perverse cohabitation d'une jeune femme avec une portée de rats. Les jeux de mots sur le patin et le tapin, la glace des patinoires et celle des congélateurs aboutissent à un conte parfaitement anthropophagique. Et puis nous trouvons un château baroque en Allemagne, où le fils d'un S.S. et d'une effeuilleuse s'affuble des défroques de son père avant de s'abandonner aux magies de l'inceste. Car semblable au héros d'une de ses nouvelles, écrivain qui, pour être tranquille, transforme en cabinet de travail un caveau du cimetière Montmartre, Jacques Almira enveloppe volontiers ses contes d'une aura macabre sans perdre pour autant son sens de l'humour et même du burlesque.
À Versailles, à Rome et à Madrid, se déroule le roman de l'une des femmes les plus remarquables du règne de Louis XIV, Anne Marie de La Trémoille-Noirmoutier, princesse des Ursins. Sachant admirablement marier les intrigues politiques aux intrigues amoureuses, elle tira tout le parti qu'il était possible de son esprit et de sa beauté, au cours d'une vie qui fut longue et mouvementée. Très proche de la réalité historique, Le bal de la guerre évoque un monde fascinant et lointain, où s'affrontaient les courtisans dans des luttes sans merci.
Une femme peut-elle aimer son mari, son foyer, et céder soudain à une passion violente ? C'est ce qui arrive à Zelda, l'épouse d'un viticulteur du Midi, Laurent. L'homme qui fait irruption dans sa vie est un peintre, Marco, chargé de dessiner l'étiquette de la prochaine cuvée. Mais il y a un quatrième personnage, très singulier, Durieu. Il est écrivain, ce qui le rend tout à fait apte à devenir le confident, le veilleur, le voyeur. Cela n'empêche pas les sentiments personnels. Lui aussi aime Zelda. Saura-t-il devenir à temps le deus ex machina qui va tout remettre en ordre ? À sa manière, comme dans Terrass Hôtel ou dans Le Sémaphore, Jacques Almira nous fait toucher du doigt l'aliénation des êtres. Il nous montre que rien n'arrive comme on le souhaite. Son art de créer des fausses pistes, son sens de la dérision nous montrent que la passion, le malheur, le bonheur, surgissent toujours sans avoir été convoqués.
uvre autobiographique, Le voyage à Naucratis nous renseigne autant sur sa propre histoire que sur la vie de son auteur. Jil Tu, le narrateur, substitut de je, de tu et de il, se laisse aller comme à un vertige sans fin, parfois proche de la folie, au flux torrentiel du langage, et nous entrâne au cur même de la littérature. Le récit noue ensemble deux grandes aventures, celle du corps et celle des livres. Évitant toute illusion réaliste, c'est par le corps que Jil Tu découvre le réel, à partir de lui qu'il peut exprimer la relation privilégiée de l'écriture au réel. Avec sa dramaturgie d'opéra total où le langage et le corps alternent leurs arias, Le voyage à Naucratis joue sur tous les registres, du délire au comique, de la farce à la critique, de la description érotique minutieuse et glaciale à la fureur bachique du langage de la transgression, et traverse la littérature pour la mieux réinventer. Prix Médicis 1975
Un jeune écrivain désargenté est chargé par un riche industriel d'écrire ses Mémoires. À cette occasion, Paul va partager la vie d'Henri Delvaux pendant quelques semaines, mener une "vie de château", connaître la belle Gaby Delvaux mais préférer la jeune Valérie à sa belle-mère. La rivalité entre les deux femmes sera poussée à sa limite extrême puisque chacune fera une surenchère dans l'imagination pour inventer ou déjouer des machinations avec un total cynisme. C'est à travers cette intrigue romanesque que l'auteur porte un regard ironique sur la comédie des sentiments et qu'il décrypte "les jeux de l'amour et de la haine".
Quel pacte secret unit le beau Frédéric et l'énorme M. Kempf, aux traits bouffis et aux cheveux teints ? M. Kempf vit enfermé dans sa chambre d'hôtel à Taormina pendant que Frédéric se promène et tombe amoureux d'une ravissante jeune fille. "Qu'as-tu fait aujourd'hui ?" Frédéric ne peut échapper à M. Kempf et à ses questions. Il emmène sa conquête dans cette maison de Bretagne, un ancien sémaphore battu par les vents, où une femme les attend. Des rapports entre ces quatre êtres surgira une vérité cruelle, inquiétante, qui débouche sur un drame. Écheveau de vie que l'on dévide pour le bénéfice d'un personnage monstrueux qui fait bouger les autres comme autant de pions, métaphore du travail de l'écrivain, l'aventure de M. Kempf a la précision implacable d'une légende antique.