Isabelle Rivoal
Isabelle Rivoal
Vouloir étudier le retour de quelques milliers de Palestiniens dans les zones autonomes de Cisjordanie et de la bande de Gaza après les accords d'Oslo, c'est se heurter à la difficulté de nommer le phénomène. La langue française n'offre guère de terme adéquat pour traduire l'arabe "'a'ïdûn" ou l'anglais "returnee", deux vocables communément utilisés dans les Territoires pour désigner ceux qui sont venus ou revenus s'installer en Palestine après 1993.
Certains sont forts, d'autres enveloppés, pour quelques-uns on parlera d'obésité. Adèle, elle, l'héroïne de Grosse, campe par-delà tout qualificatif: elle est à perte de vue, fleuve de viande en crue, mer de chair en perpétuelle expansion, océan d'humanité sans rives, ni bornes. Posée là, pour toujours, gardée par Antoine qui la couve, erre dans le réseau de ses plis et replis et Zohra qui l'entretient comme un objet sacré que l'on se doit de déparasiter, épousseter, curer, aspirer. De toute façon, elle n'a jamais vraiment voulu en être, Adèle, de la partie.