Hervé Jaouen
Hervé Jaouen
« Partout où il passait, tout le monde savait ou devinait que, depuis la mort de ses premiers enfants, le couple Corfa, traînant à sa suite le dernier fils, Ronan, fuyait et cherchait à éviter tout contact avec ceux qui l'avaient connu autrefois, jeune et plein d'espoir. » Ronan, à l'âge où l'on s'éveille à la complexité des sentiments, est couvé par une mère qui ne veut pas croire au miracle : ce dernier fils, une mort précoce le lui enlèvera, comme elle a emporté ses autres enfants. Puisque tous lui promettent une vie brève, le petit garçon s'amuse à adresser des pieds de nez au Destin. Est-ce le meilleur moyen de rester en vie ? Confession d'un matin de Pâques est le roman de la fatalité détournée, sur fond de chronique de la vie de petites gens dans le Nord Finistère de l'immédiat avant-guerre et des premières années de l'Occupation.
« J'ai refusé l'indifférence. Courageusement, j'ai dit : - Autrefois on partageait tout, même un cornet vanille. Mais il m'a écartée de son regard, comme si j'étais une intruse. - Je manque de sommeil, a-t-il répondu, sèchement. J'étais anéantie par son accueil. Il m'effrayait. Je m'effrayais moi-même de tant d'amour. Je me serais damnée pour lui, je me serais vendue aux enchères, aux barbares, à ceux de la grande ville. Je me serais traînée à ses pieds, j'aurais dormi devant sa porte, partagé ses restes... j'aurais tout subi. » La vie de Swann Génési, enfant mal aimée, bascule le jour où elle rencontre Vincent, adolescent frondeur, dont la mère est incarcérée à la prison de Rennes...
Après avoir quitté Saint-Pierre-et-Miquelon pour s'installer en Finistère, les frères Turgot et leurs familles vivent la Seconde Guerre Mondiale de plein fouet. Leur vie est rythmée par le mouvement, de Saint-Malo au Huelgoat en passant par Brest, la peur des attaques nocturnes, des alertes à la bombe, des rafles... Le regard distancié de Léopold, parfois sarcastique fait ici merveille. Il relate également la vie quotidienne d'une famille d'expatriés, redécouvre ses froides îles d'origine à la bibliothèque brestoise et lance un atelier de tissage clandestin dans son grenier... Hervé Jaouen est lié de près à la famille Turgot, originaire de Saint-Pierre-et-Miquelon et rentrée en Bretagne avant-guerre. Ses lecteurs de L'Adieu aux îles s'en souviennent. L'exotisme de ces terres lointaines s'exprime encore dans ce journal d'Occupation rédigé par l'ancêtre Léopold.
« La Marine est faite pour le combat, pour s'y préparer d'abord et, le cas échéant, pour l'accomplir... » Général de Gaulle École Navale, 15 février 1965 Ce récit constitue une très belle illustration de cette phrase du Général de Gaulle : du sabordage de la Flotte à Toulon à la guerre d'Indochine, en passant par Brest, l'Afrique du Nord ou la Somalie, les souvenirs du Vice-Amiral Jaouen s'intègrent dans l'histoire de ces dernières années. « Pour le succès des armes de la France », l'auteur a su plier son étonnante personnalité à toutes ces affections variées ; elle transparaît cependant à travers tout son récit et lui donne la saveur inimitable de la franchise et du caractère.
Le portrait haut en couleur de Paolig - et de sa mère Zélie, poissonnière ambulante - et le récit de son irrésistible ascension dans le monde des mareyeurs bretons.On l'appelait Paolig dans son enfance, Paulo pendant ses années de chien, puis un beau jour il fut sacré le Grand Paulo, l'un des plus gros mareyeurs du pays bigouden. Un grand seigneur charismatique, pour qui la fière Marie-Morgane décida le jour de ses noces de tout plaquer : son futur mari et sa famille, et qu'importe le scandale. Ils ont su, au premier regard, qu'amour et réussite feraient bon ménage. Depuis toujours, ce sont les femmes qui ont soutenu et aimé Paul Draoulec. A commencer par sa mère, l'inénarrable Zélie, qu'il accompagnait, enfant, dans ses doubles tournées, de poissonnière ambulante et de buveuse invétérée. C'était au début des années 1930, sur les chemins de la palud de Penmarc'h. Il revient de si loin, le Grand Paulo... Le roman vrai, bouleversant, d'un amour filial.
Le très fantasque vicomte Gonzague de Penarbily part, ses bobines sous le bras, de sa Bretagne natale vers le Nouveau Monde avec une technique alors balbutiante : le cinématographe. Rencontres fameuses (Méliès, Lumière...), aventures drolatiques, et choc des mondes pour l'exilé à particule en terre d'Amérique ! Une reconstitution pleine de drôlerie de l'épopée des pionniers du septième art.Soit, en son manoir hypothéqué, une comtesse bigoudène, Hortense de Penarbily, jolie veuve désargentée mais grandement pourvue de fantaisie. Soit son fils, le vicomte Gonzague, flambeur et coureur de jupons. En délicatesse avec la justice, il doit s'enfuir aux Etats-Unis. Miraculeux hasard : à bord du paquebot, il assiste à une projection des premiers films Lumière. L'invention promet des recettes mirifiques, le fils persuade sa mère de venir chercher fortune en Amérique. Pour commencer, ils tournent la manivelle au Canada, projettent des films Lumière, des Méliès. Et s'enchaînent les aventures extraordinaires, drolatiques et trépidantes d'inattendus pionniers du septième art en quête de dollars. Et d'amour ! Le vicomte restera fidèle à lui-même, le gaillard, d'un bout à l'autre de cette comédie jubilatoire.