Hélène Carrère d'Encausse
Hélène Carrère d'Encausse
14 février 1956 : devant le XXe Congrès du P.C. d'Union Soviétique réuni à huis clos, Khrouchtchev dénonce avec force les « erreurs » et les « crimes » de Staline. La déstalinisation est engagée. Ainsi, à peine trois ans après la mort du « guide génial », les délégués apprennent avec stupeur la falsification des grands procès, les machinations policières, les faux aveux obtenus par la torture, l'épuration systématique des cadres du parti, de l'armée et de l'industrie, la déportation massive de citoyens soviétiques innocents... L'Allemagne post-hitlérienne avait choisi d'exorciser ses démons en « imposant » le silence à la mémoire collective. Les successeurs de Staline ont opté pour la solution opposée. S'ils l'ont fait pour des raisons multiples, dont l'attachement à leur sauvegarde personnelle n'était pas la moindre, ils ont cependant ouvert les portes à une révision de tout le système. Avec la dénonciation du stalinisme commence une période de libéralisation relative : des victimes sont réhabilitées, des déportés rentrent chez eux et la littérature est autorisée à refléter la réalité de la vie quotidienne ainsi que la vérité des camps (Une journée d'Ivan Denissovitch, de Soljenitsyne). Période lors de laquelle se bousculent espoirs et désarrois, la déstalinisation sera, par-dessus tout, le temps où le peuple soviétique, la mémoire rendue, part à la conquête de la vérité. Hélène Carrère d'Encausse montre comment, derrière la révolution politique qui ébranlera tout l'Est européen et le système communiste mondial, il y a la volonté d'un homme : Khrouchtchev. Personnage apparemment fruste et peu préparé à la conduite d'un tel bouleversement, celui-ci pressent néanmoins l'absolue nécessité de la tâche qu'il entreprend. Il cherche tout à la fois à assurer un pouvoir personnel « non stalinien » et à aménager le système soviétique pour le rendre non menaçant aux hommes politiques, acceptable à la société et rationnel dans son fonctionnement. Et pourtant, bien que très souvent justes, les intuitions de Khrouchtchev débouchent, en 1964, sur un formidable échec. Pourquoi ? Le caractère équivoque de la déstalinisation tient sans doute à l'ambiguïté du problème posé, celui du « changement ». Khrouchtchev pouvait-il aller plus loin - ainsi que le désiraient ardemment les intellectuels - sans remettre en cause les fondements même du système soviétique ? Moment essentiel du XXe siècle, la déstalinisation aura été un événement pivot dans l'histoire du monde communiste, et son récit permet à Hélène Carrère d'Encausse de nous donner une brillante analyse des problèmes touchant le pouvoir - et sa succession - dans un système totalitaire. Question : peut-on aménager un totalitarisme sans le détruire ?
Rien de crépusculaire dans cette conversation inédite, interrompue par la mort d'Hélène Carrère d'Encausse. En confiance avec Darius Rochebin, la première femme élue Secrétaire perpétuel de l'Académie française se livre avec une totale liberté d'esprit. Par la passion du savoir, à force de ténacité, l'enfant sans patrie, née dans la pauvreté, devint une figure de la civilisation française. Méditant sur le destin russe baigné de sang, façonnée dès l'enfance par la lecture de l'Iliade, Hélène Carrère d'Encausse rappelle la loi de fer : la guerre est la règle, la paix l'exception. L'éblouissante leçon d'histoire nous fait comprendre la Russie, la guerre partout rallumée et l'avenir de l'Occident, menacé par la Chine et les nouvelles puissances. Pas question de céder à la fatalité. Hélène Carrère d'Encausse revendique le mot d'ordre de Voltaire : beaucoup de gaieté, beaucoup d'ironie. La culture fut la grâce de sa vie. De même, croyait-elle, la civilisation l'emportera sur les fanatismes. Non violente par le coeur, combative par l'esprit, Hélène Carrère d'Encausse baptisa son épée d'académicienne Joyeuse, en hommage à Charlemagne : joyeuse et altière comme il faut l'être, disait-elle, « surtout quand le sort paraît contraire ». Elle nous transmet cette espérance.
Alexandra Kollontaï, quelle femme ! Et quel destin ! Aristocrate russe, elle rejette très tôt son milieu, son pays et choisit la révolution et le monde. Révolution de 1905, exil, prison, agitation clandestine, et, en 1917, elle est avec Lénine dans la révolution. Elle fait partie de son premier gouvernement, ministre - commissaire du peuple - alors qu'en Europe les femmes n'accéderont, et rarement, à la fonction de ministre qu'après la Seconde Guerre mondiale. Puis, cinq ans plus tard, première femme ambassadeur que l'histoire ait connue. Mais Alexandra Kollontaï, qui parle plusieurs langues, remarquable oratrice, sera aussi un tribun célèbre, s'adressant avec facilité aux ouvriers américains, aux socialistes allemands, aux marins révoltés de Kronstadt ou aux femmes musulmanes de l'Asie centrale, partout électrisant les auditoires fascinés. Kollontaï est aussi une féministe passionnée, théoricienne de l'amour libre, combattant pour l'émancipation et les droits des femmes. Et encore une amoureuse dont les amours tumultueuses choquent Lénine, ce qui ne l'empêche pas d'être une mère attentive à son fils. Autre Kollontaï, l'écrivain dont les écrits politiques, les romans, le journal tenu tout au long d'une vie constituent une oeuvre remarquable dont la qualité littéraire est unanimement reconnue. Cette existence multiforme, si dense n'a pas empêché Alexandra Kollontaï de s'imposer à l'attention de ses contemporains par sa beauté inaltérable et une élégance constante, saluée toujours par la presse qui la présenta comme un modèle, préfigurant ainsi les « icones » médiatiques du XXe siècle. Enfin, et ce n'est pas le moindre de ses exploits, Alexandra Kollontaï sortit victorieuse de la folie destructrice de Staline. Alors que Staline déshonora et extermina toute la vieille garde bolchevique, Kollontaï échappa au sort tragique de tous ses camarades de combat et vécut, indemne et active, à quelques mois près, aussi longtemps que Staline. Pour retracer ce destin incroyable et comprendre cette personnalité hors du commun et le demi-siècle qu'elle aura marqué, l'auteur a rassemblé une documentation considérable - archives, écrits de Kollontaï, mémoires de bolcheviks présents à l'époque - et des études historiques qui y sont consacrées. Historienne de la Russie, auteur de L'Empire éclaté, Hélène Carrère d'Encausse, membre depuis 1991 de l'Académie française dont elle est Secrétaire perpétuel depuis 1999, a notamment publié aux Editions Fayard Le Malheur russe, Nicolas II, Lénine, Les Romanov, Six années qui ont changé le monde, 1985-1991, Le Général de Gaulle et la Russie, La Russie et la France.
Nul autre homme d'Etat n'a été autant fasciné par l'Histoire que le général de Gaulle. Sa très sûre et immense connaissance du passé européen, de la culture de l'Europe et de ses mythes, et la relation intense entre la France et la Russie étaient chacune partie intégrante de son univers mental et de son imaginaire. Le général de Gaulle voyait la Russie comme cet « allié de revers » indispensable à sa sécurité, mais plus encore parce qu'elle participait à sa conception de l'équilibre de l'Europe et de la place de l'Europe dans le monde. La politique franco-russe du Général s'est étendue sur trois décennies, marquées par des ruptures impressionnantes : la guerre, la guerre froide et les tentatives d'ouverture des blocs Est-Ouest. Nul autre homme d'Etat n'a eu une expérience aussi grande et diverse des dirigeants de l'URSS. Or, s'agissant d'un système politique totalement dominé par celui qui se trouvait au sommet, la familiarité du général de Gaulle avec Staline, Khrouchtchev et Brejnev est une donnée exceptionnelle de son action politique. C'est pourquoi son action et son expérience, considérées dans leur totalité, dans la durée et avec le recul du temps, constituent, au moment où la carte du monde se recompose et que le monde n'est plus exclusivement américain, un précieux apport à la réflexion géopolitique actuelle.
En six années, de 1985 à 1991, une révolution inimaginable a bouleversé le monde et l'Europe : l'utopie communiste, le système totalitaire, l'Empire soviétique se sont écroulés pour disparaître à jamais. Ce ne fut pas une catastrophe aux accents wagnériens, comme celle qui emporta l'autre totalitarisme du XXe siècle, le nazisme, mais un changement paisible dû à la simple initiative d'hommes de bonne volonté et de peuples excédés par ce système. A l'origine de ce bouleversement, un homme, Mikhail Gorbatchev, qui a compris qu'il fallait rénover le système politique de l'empire, puis Boris Eltsine, qui incarnera la chute de l'Union soviétique et le retour de la Russie sur la scène mondiale.Ce fut un miracle comme l'histoire en connaît peu.Etrangement, un quart de siècle plus tard, cette extraordinaire série d'événements - la disparition en douceur d'un immense empire surarmé, d'un système étatique tout-puissant que l'on disait et pensait éternel et la fin de la guerre froide - tient peu de place dans la mémoire collective.C'est cette histoire, celle de ces six années qui ont radicalement changé le monde, qu'Hélène Carrère d'Encausse, qui fut un témoin privilégié de ces événements, raconte dans ce livre. Historienne de la Russie, auteur en 1978 de L'Empire éclaté, Hélène Carrère d'Encausse, membre depuis 1991 de l'Académie française dont elle est Secrétaire perpétuel depuis 1999, a notamment publié aux éditions Fayard La Gloire des nations, Le Malheur russe, Nicolas II, Lénine, Catherine II, Alexandre II, La Russie entre deux mondes et Les Romanov.
En 1613, les Romanov ont été portés sur le trône de Russie à l'issue desiècles tragiques où le pouvoir a été transmis ou conquis par le meurtre. De 1613 à 1917, quinze souverains donttrois femmes ont incarné la dynastie. Les Romanov ont gouverné un empire devenu le pays le plus étendu du monde - ce qu'il est encore en 2013. Cette dynastie exceptionnellement brillante, certains empereurs - Pierre le Grand, Catherine II, Alexandre II - comptent parmi les plus hautes fi gures de l'histoire universelle, a permis à la Russie de devenir une très grande puissance européenne puis mondiale. Pourtant, le sang n'a cessé de couler au pied du trône. De là, trois questions, l'histoire russe a-t-elle créé les conditions de cette violence ininterrompue? Le destin tragique de cette dynastie était-il écrit dans son passé: invasions, cultures, religions diverses qui se mêlaient sur la terre russe? Ce rapport inédit du pouvoir légitime et de la violence conduisaient-ils inéluctablement à la tragédie fi nale et au système totalitaire dont la capacité de durer et la violence furent non moins exceptionnelles ? Historienne de la Russie, Hélène Carrère d'Encausse est membre de l'Académie française depuis 1991 où elle a été élue Secrétaire perpétuel en 1999. Elle a reçu le prix Aujourd'hui pour L'Empire éclaté (Flammarion) en 1978, le prix Louise-Weiss en 1987, et le prix Comenius en 1992 pour l'ensemble de son oeuvre. Sa biographie de Nicolas II (Fayard 1996) a obtenu le prix des Ambassadeurs en 1997.
L'Académie française est née au XVIIe siècle d'un double projet politique : celui de Richelieu de disposer d'un cercle de lettrés pour renforcer son autorité ; de la nécessité d'user de la langue pour achever l'unité de la France. Le petit groupe de lettrés que Richelieu rassemble sous le nom d'Académie -quarante membres - a reçu de lui l'engagement d'être un corps indépendant : un corps inscrit dans la sphère publique, mais indépendant du pouvoir politique. Indépendance et égalité des membres sont les principes fondamentaux de l'Académie. Son histoire est celle de ses rapports avec le pouvoir. Placée sous sa protection, le roi, puis les chefs de l'Etat, empereurs, présidents sont ses protecteurs. Mais l'Académie revendique toujours son indépendance vis-à-vis de son protecteur. Cette relation fut irrégulière sous la monarchie, elle se brisa sous la Révolution. Supprimée de 1793 à 1904, l'Académie ne retrouve son existence qu'en 1816 et sa pleine indépendance qu'en 2006 ! De 1940 à 1946, elle a été menacée une seconde fois de disparaître. Quel rôle peut-elle assumer au XXIe siècle, quand la culture se mondialise et même temps se fractionne au nom de toutes les revendications particularistes ?
1991 : liquidant de son propre chef l'Empire soviétique et le système communiste, Boris Eltsine croit avoir payé le prix de la modernité et attend que l'Europe l'accueille à bras ouverts. Vingt ans plus tard, que reste-t-il de cette illusion ? Hélène Carrère d'Encausse montre ici la somme des malentendus, soupçons, épreuves de force, occasions manquées entre le pouvoir russe - auquel Poutine a rendu puissance extérieure et fierté intérieure - et les Occidentaux. Sa grande originalité est de ne pas se contenter de nous présenter la Russie « entre deux mondes », mais aussi « le monde vu de Russie ». Une Russie confrontée à des problèmes immenses - démographie en chute, corruption galopante, terrorisme... - qui mise sur sa force extérieure. Mais elle rencontre partout la puissance américaine, acharnée à l'écarter du « grand jeu » énergétique et à la remplacer dans sa « zone d'intérêts ». Quelle vision sous-tend aujourd'hui la stratégie russe ? Asiatique ? Démocratique et européenne ? Ou passerelle entre les deux mondes ?Historienne de la Russie, Hélène Carrère d'Encausse, membre depuis 1991 de l'Académie française, dont elle est Secrétaire perpétuel, a notamment publié aux éditions Fayard, La Gloire des nations, Le Malheur russe, Nicolas II, Lénine, Catherine II et Alexandre II.
« Tout empire est condamné à périr ! » Celui de Russie constitue une extraordinaire exception à cette règle. Dans toute l'histoire des empires il fut l'un des plus vastes. Des plus durables aussi, battu seulement par les empires romain, byzantin et ottoman. Il est le seul qui ait péri (1917) puis se soit reconstitué pour reprendre ses conquêtes. Disparu encore une fois en 1992, il a laissé place à la Russie qui ressemble à maints égards à l'Empire tel qu'il naquit en 1552. Comme celui-ci, la Russie est étendue sur deux continents, l'Europe et l'Asie ; comme lui, elle conserve dans ses frontières une multitude de civilisations et de peuples différents. Comme lui, elle est un Etat chrétien, mais aussi formé de musulmans et même de bouddhistes ; et comme lui encore, la Russie doit assurer la paix de ce monde si divers. Elle doit aussi décider si elle est un Etat européen ou si elle est d'Eurasie. L'histoire agitée de cet empire devenu Russie pose une question décisive pour l'avenir du continent appelé Europe et pour celui de l'Union européenne qui s'interroge encore sur ses frontières. L'Eurasie est-elle une nouvelle entité des relations internationales au moment où tous les pays cherchent à rejoindre de grandes formations ? ou bien s'agit-il d'un ensemble déjà dépassé dont chaque composante s'en ira vers l'univers auquel elle appartient : l'Europe ou l'Asie ? Les questions posées par ce livre sont bien au coeur de l'actualité géopolitique des prochaines décennies.
La Russie est-elle un pays d'Europe ? Ou un pays barbare que l'Europe doit écarter ? Le roi Louis XV penche pour la première formule et, pour le démontrer, envoie en Russie en 1761 un savant, membre de l'Académie des sciences, l'abbé Chappe d'Auteroche. Le récit de l'abbé, au terme d'un voyage qui le conduit jusqu'en Sibérie, est publié en 1767. C'est la première relation de ce type sur la Russie, plus poussée, mieux fondée que le livre que publiera Custine en 1839. Récit ravageur, violemment hostile à tout ce qui est russe, et qui connaît un grand succès, mais sera depuis lors ignoré. Catherine II, montée sur le trône en 1762, est passionnément attachée à la culture française, à l'esprit français, aux philosophes et savants français, ses amis. C'est la pensée française qu'elle prétend importer en Russie. Pourtant, le livre de l'abbé
Aveugle Occident: des décennies durant, il a cru que le soleil de l'Avenir radieux se levait à l'Est, et crie à présent son angoisse face à la montée des aspirations nationales avec autant de force qu'il se tut pendant soixante-dix ans devant l'asservissement, voire l'écrasement ou la déportation de ces mêmes nations. C'est vrai, une fois ses espaces rendus à la liberté, l'Histoire décomprimée se défoule, elle bouillonne, et tout l'arriéré de problèmes, de rancoeurs, de frustrations, d'aspirations contradictoires remonte au jour. Qui pourrait s'en étonner? C'est vrai, le désastre communiste a ravalé l'ex-Supergrand au rang de pays en voie de développement attendant son salut de l'aide étrangère. Ceux qui ne refusaient pas leurs faveurs à l'URSS les mesureront-ils à la Russie démocratique? C'est vrai encore, les premières années du retour à la liberté sont d'autant plus difficiles que les réformes font attendre leurs premiers effets positifs et que l'entrée dans l'économie de marché engendre d'abord plus de soucis et de mécontentements que de mieux-être. Mais qui ne garde souvenir du dur enfantement de l'Etat de droit en Occident même? Une utopie totalitaire remisée à son tour aux poubelles de l'Histoire, un Empire démembré, des nations satellites rendues à la souveraineté, des peuples recouvrant leur dignité et la libre disposition de leur destin, des libertés rétablies, des institutions démocratiquement élues et fonctionnant, une volonté de paix tangible exprimée dans les pourparlers sur le désarmement et par le ralliement aux décisions conformes au droit international, l'aspiration à faire corps avec la civilisation occidentale et à partager ses valeurs _ trouve-t-on dans l'Histoire moderne une conversion d'une telle rapidité et d'une telle ampleur? Telle est la victoire d'unpeuple et d'un pays, la Russie, qui, ayant défait le communisme et ses démons, se réapproprie son destin, celui d'un grand pays moderne d'Europe.
1917-1990: dernier empire, superpuissance militaire, l'Union soviétique est le lieu des deux grandes révolutions de ce siècle. En 1917, le coup d'Etat de Lénine a supprimé les chances d'une révolution démocratique et reconstitué l'Empire russe que le conflit mondial de 1914 avait fait exploser. En 1990, l'Empire soviétique et, avec lui, l'ensemble du système soviétique fondé par Lénine ont cessé d'exister. Depuis 1985, par les soulèvements et les affrontements sanglants du Caucase et de l'Asie centrale, par l'indépendance démocratique proclamée des Etats baltes, les nations de l'U.R.S.S. ont rétabli leur droit d'exister et de décider de leur destin. Face à cette révolution venue d'en bas, des sociétés elles-mêmes, l'Etat soviétique, le Parti communiste, l'armée, le K.G.B. se sont révélés aveugles et impuissants. Les projets de Mikhaïl Gorbatchev visant à sauver l'U.R.S.S. par quelque nouveau traité d'Union ont-ils la moindre chance d'aboutir? Comment vont s'organiser à présent les relations entre les Etats-nations qui composèrent l'U.R.S.S. _ Russie, Ukraine, pays baltes, Etats musulmans d'Asie centrale, Etats du Caucase _ et qui accèdent à la pleine souveraineté? Au temps de l' " Empire éclaté ", le pourrissement du système soviétique a nourri les volontés d'indépendance nationale. Aujourd'hui, les nations ont triomphé de sa domination et du communisme qui la justifiait. C'est le temps de la " gloire des Nations ". L'analyse du passage de l'un à l'autre permet d'esquisser des hypothèses pour l'avenir. Si, pour Gorbatchev, la révolution des nations est un coup de poignard porté à la perestroïka, elle scelle en fait le tombeau du communisme. Pour les nations qui retrouvent aujourd'hui leur liberté et leur dignité, c'est aussi la plus grande chance d'avancer réellement dans la voie de la démocratie. H.C.E.
Quel roman que celui de la longue relation - trois siècles - qui tant de fois attira, unit, opposa, réconcilia la Russie et la France ! La Russie, État-continent qui s'étend en Europe et en Asie, s'est toujours revendiqué puissance européenne. Et l'Europe, pour la Russie, fut d'abord et toujours la France. Celle de Louis XIV, des Lumières, de la Révolution et de l'Empire, des idées, de la langue, de la culture, de la liberté et de la puissance. Durant trois siècles, cette France a fasciné tous les souverains Romanov, acharnés à s'en faire reconnaître, accepter, aimer, à se voir accorder le statut de puissance égale de la France. La France y opposa durablement méfiance et hostilité, voyant dans la Russie un pays attardé, barbare, étranger à l'Europe et dangereux, avant de s'y allier lorsque le puissant Empire allemand lui imposa ce tournant. Durant trois siècles, la relation heurtée de ces deux pays a constitué une part essentielle de l'histoire européenne avant de sombrer dans le grand cataclysme de la Première Guerre mondiale. Cet ouvrage reconstitue cette longue relation franco-russe, il a aussi pour but d'en rechercher les constantes et peut-être un éclairage pour un présent inquiétant et difficile.
Spécialiste internationale de l'Union soviétique, Hélène Carrère d'Encausse évoque le réveil des cents nations soviétiques qui menace l'existence-même de l'URSS. Leur langue, leur culture, leur histoire sont dissemblables. Les voici à la recherche de leur patrimoine, de leur identité au lieu de se fondre au creuset de Brejnev. Si les Russes d'Europe contrôlent l'armée (sur 101 généraux, 97 sont slaves, les autres ukrainiens), le Politburo (où ils sont 90 %), l'enseignement, les médias, la police, leur population décroît alors que celle des Républiques d'Asie centrale triple. Sait-on que les 50 millions de musulmans en URSS seront bientôt 80 millions ? Leur bloc cohérent rassemble plus du cinquième de la population soviétique. Pour eux, les enfants issus de mariages civils ne sont pas légitimes. Non seulement ils suivent la loi de l'Islam mais ils convertissent les nomades des montagnes à la frontière de l'Iran. Ils estiment que Marx n'est qu'un demi-prophète, entre Bouddha et Jésus. De même, les anciens Mongols, les Tatars, les peuples du Caucase, les Kalmouks, les Samoyèdes, les 37 millions d'Ukrainiens, etc. tolèrent de plus en plus mal l'autoritarisme des Russes d'Europe. Ces nations revendiquent leur droit à l'autonomie tandis que se développe une vive conscience de leur histoire, de leur tradition. On assiste à une renaissance de la foi juive, orthodoxe, islamique, chez les jeunes. Ce bouillonnement représente un élément d'insécurité. Devant le mouvement irréversible de l'hostilité des provinces, le pouvoir central est impuissant. De tous les problèmes auxquels doit faire face le régime soviétique, cette contestation est la plus irréductible. Est-ce la raison pour laquelle le pouvoir se durcit à l'intérieur tandis que l'empire soviétique cherche à s'étendre en Afrique ? L'Empire éclaté, un livre-clef qui permet de comprendre un phénomène capital de notre temps.
Spécialiste internationale de l'Union soviétique, Hélène Carrère d'Encausse évoque le réveil des cents nations soviétiques qui menace l'existence-même de l'URSS. Leur langue, leur culture, leur histoire sont dissemblables. Les voici à la recherche de leur patrimoine, de leur identité au lieu de se fondre au creuset de Brejnev. Si les Russes d'Europe contrôlent l'armée (sur 101 généraux, 97 sont slaves, les autres ukrainiens), le Politburo (où ils sont 90 %), l'enseignement, les médias, la police, leur population décroît alors que celle des Républiques d'Asie centrale triple. Sait-on que les 50 millions de musulmans en URSS seront bientôt 80 millions ? Leur bloc cohérent rassemble plus du cinquième de la population soviétique. Pour eux, les enfants issus de mariages civils ne sont pas légitimes. Non seulement ils suivent la loi de l'Islam mais ils convertissent les nomades des montagnes à la frontière de l'Iran. Ils estiment que Marx n'est qu'un demi-prophète, entre Bouddha et Jésus. De même, les anciens Mongols, les Tatars, les peuples du Caucase, les Kalmouks, les Samoyèdes, les 37 millions d'Ukrainiens, etc. tolèrent de plus en plus mal l'autoritarisme des Russes d'Europe. Ces nations revendiquent leur droit à l'autonomie tandis que se développe une vive conscience de leur histoire, de leur tradition. On assiste à une renaissance de la foi juive, orthodoxe, islamique, chez les jeunes. Ce bouillonnement représente un élément d'insécurité. Devant le mouvement irréversible de l'hostilité des provinces, le pouvoir central est impuissant. De tous les problèmes auxquels doit faire face le régime soviétique, cette contestation est la plus irréductible. Est-ce la raison pour laquelle le pouvoir se durcit à l'intérieur tandis que l'empire soviétique cherche à s'étendre en Afrique ? L'Empire éclaté, un livre-clef qui permet de comprendre un phénomène capital de notre temps.
L'Empire éclaté, d'Hélène Carrère d'Encausse, évoquait le réveil des nations soviétiques et la menace qu'elle faisait peser sur le pouvoir central, au Kremlin. Rongé de l'intérieur, cet empire est pourtant le seul qui, aujourd'hui, fasse des conquêtes territoriales. Le glacis protecteur qu'il a édifié après la seconde guerre mondiale est devenu une base d'expansion. Lorsque l'URSS s'empare d'un pays, elle ne peut plus reculer et y impose sa domination. En manipulant des révolutions, en coulant les pays d'Europe de l'Est dans le moule soviétique, elle a su constituer un puissant camp communiste. Peu importent les luttes, les tensions, les combats désespérés des peuples qui tiennent à garder leur identité. Depuis trente ans, Berlin, Budapest, Prague, Varsovie se sont révoltées. Malgré ces craquements spectaculaires, le système ne cesse de se renforcer. Un processus irréversible est à l'oeuvre dans cette « affaire de famille ». Il impose un modèle, récupère les rebellions, consolide sans relâche un bloc d'où partent d'autres avancées vers le reste du monde. La fuite en avant serait-elle la seule logique du grand Frère ?
L'Empire éclaté, d'Hélène Carrère d'Encausse, évoquait le réveil des nations soviétiques et la menace qu'elle faisait peser sur le pouvoir central, au Kremlin. Rongé de l'intérieur, cet empire est pourtant le seul qui, aujourd'hui, fasse des conquêtes territoriales. Le glacis protecteur qu'il a édifié après la seconde guerre mondiale est devenu une base d'expansion. Lorsque l'URSS s'empare d'un pays, elle ne peut plus reculer et y impose sa domination. En manipulant des révolutions, en coulant les pays d'Europe de l'Est dans le moule soviétique, elle a su constituer un puissant camp communiste. Peu importent les luttes, les tensions, les combats désespérés des peuples qui tiennent à garder leur identité. Depuis trente ans, Berlin, Budapest, Prague, Varsovie se sont révoltées. Malgré ces craquements spectaculaires, le système ne cesse de se renforcer. Un processus irréversible est à l'oeuvre dans cette « affaire de famille ». Il impose un modèle, récupère les rebellions, consolide sans relâche un bloc d'où partent d'autres avancées vers le reste du monde. La fuite en avant serait-elle la seule logique du grand Frère ?
L'URSS, de la Révolution à la mort de Staline 1917-1953 L'histoire de l'URSS est aujourd'hui achevée, mais elle fascine toujours par sa démesure.Du volontarisme de Lénine décidant la révolution prolétarienne dans une nation paysanne à la mégalomanie de Staline, des millions de «Soviétiques» ont dû subir la loi d'airain dictée par le mythe de «l'avenir radieux».
La vie de Lénine couvre deux périodes distinctes : vingt ans d'exil passés à rêver la révolution et à forger son instrument, le Parti bolchevique. En février 1917, la révolution russe se fait sans lui ; en octobre, elle prend son visage. En quatre ans Lénine parvient à se maintenir au pouvoir contre toute une société qui le rejette, édifie un état tout-puissant, reconstruit l'Empire, crée le Parti mondial de la révolution, installe le communisme dans l'Histoire pour soixante-dix ans. En dépit du bilan terrible du régime qu'il a institué - plus de cent millions de morts -, Lénine, génie politique, a été l'inventeur d'un système de pouvoir sans équivalent dans l'histoire du XXe siècle.Leur vie est un roman et ces romans ont changé le monde. Ils sont dix géants de l'Histoire qui ont fait de leur combat la plus palpitante des sagas. Ils ont façonné le XXe siècle et par là même marqué notre destin. Les éditions Fayard et le Nouvel Observateur se sont associés pour raconter leur histoire, qui a fait l'Histoire, à travers les meilleures biographies réunies dans cette collection : "les géants du XXe siècle". Essentiels pour comprendre le monde qui nous entoure, ces ouvrages de référence, très documentés, ont été écrits par des auteurs d'excellence. Ils sont présentés, à chaque fois, par un texte inédit de Laurent Joffrin.
Le 1er mars 1881 Alexandre II, empereur de Russie depuis un quart de siècle, était assassiné. Ses meurtriers prétendront avoir rendu la justice au nom du peuple. Alexandre II était pourtant celui qui en 1861 avait donné la liberté au peuple en arrachant les paysans au servage, comme presque au même moment, aux Etats-Unis, Lincoln abolissait l'esclavage. Ces grands libérateurs l'ont payé de leur vie. Mais ce règne est plus encore un temps d'exception pour la Russie attardée. Alexandre II a entrepris de rattraper l'Europe dans tous les domaines par un programme général de réformes, perestroïka du XIXe siècle qui préfigure celle de Gorbatchev à la fin du XXe siècle et qui se heurtera aux mêmes difficultés. Dans les mêmes années, une politique étrangère hardie a restauré la puissance russe brisée par la guerre de Crimée, et agrandi remarquablement l'espace de l'Empire. Le célèbre roman d'amour du « tsar libérateur » et de Katia a parfois fait oublier que ce règne a été le « printemps de la Russie ». C'est le meurtre du 1er mars qui a empêché ce pays d'entrer dans la voie de la monarchie constitutionnelle et de devenir politiquement semblable aux autres pays d'Europe. Révolution par en haut plutôt que révolution par en bas, tel a été l'enjeu du projet d'Alexandre II. Assassiné, il n'a pu aller au bout de son oeuvre, mais il a « révolutionné » la Russie plus qu'aucun tsar. Historienne de la Russie, Hélène Carrère d'Encausse, membre depuis 1991 de l'Académie française, dont elle est secrétaire perpétuel, a notamment publié aux éditions Fayard La Gloire des nations, Le Malheur russe, Nicolas II, Lénine, Catherine II et L'empire d'Eurasie.
En un siècle, le Saint-Siège, force spirituelle privée de toute indépendance territoriale en 1870, figure inverse de l'Etat-nation, passe graduellement d'un statut de survivance comme centre du gouvernement de l'Eglise à celui de troisième voire de deuxième Grand. Huit papes font face à cette coïncidence entre la mission spirituelle du siège apostolique et son influence dans les relations internationales. Traditionnellement, l'analyse des rapports entre les Etats et le Saint-Siège est conduite par les historiens à partir de celui-ci, ou selon des optiques bilatérales. Le présent colloque entend, lui, procéder à une vision comparatiste du mode d'appréciation par les nations du Saint-Siège au XXe siècle. La chronologie usuelle, qui répartit l'histoire du christianisme entre l'avant et l'après-Vatican II, est combinée avec les chronologies singulières des Etats-nations et celle, générale, des relations internationales. ONT COLLABORÉ À CET OUVRAGE Marc Agostino, Andrée Bachoud, Philippe Boutry, Hélène Carrère d'Encausse, Philippe Chenaux, David Colon, Jan de Volder, Ennio di Noflo, Bertrand Dufourcq, Henry Laurens, Albert Lavigne, Philippe Levillain, Francesco Margiotta-Broglio, Jean-Marie Mayeur, Roberto Morozzo Della Rocca, John Francis Pollard, cardinal Paul Poupard, Jean-Luc Pouthier, Andrea Riccardi, Francesco Scisci, Stewart A. Stehlin, Jean-Marc Ticchi.
Y a-t-il en tout, mais d'abord dans le malheur, une exception russe ? Une fatalité qui ferait échapper ce peuple et ce pays aux convergences de la mondialisation, qui les ferait diverger d'une évolution favorable qui profite même aux plus déshérités de leurs anciens vassaux ? Des pesanteurs qui, à chaque pas en avant, les tirent à nouveau en arrière ou vers le bas ? Le mieux est d'y aller voir, comme toujours, mais, à la manière de Michelet brossant ses Tableaux de la France, d'aller, si l'on peut dire, sur le terrain du Temps, là où l'on voit mieux affleurer ou saillir les grandes permanences d'un pays. Dans le cas russe, ce sont : l'immense espace, et donc ses décompositions et recompositions successives ; le pouvoir total, ses chutes et ses restaurations ; la tentation européenne ou le rejet de cette appartenance ; le retard sur tout et sur tous, et les effets de la conscience de ce retard ; la peur de l'extérieur avec sa double traduction dans l'expansion et l'agressivité. De quel poids pèsent ces grand traits du passé dans l'évolution de la Russie actuelle, confrontée à un problème qui menace gravement son avenir : une régression démographique sans précédent ? Un tel phénomène, inconnu partout ailleurs, est-il compatible avec la survie d'un pays et la permanence de son identité ? Tout est-il perdu pour la Russie affaiblie, alors que jamais les chances de renaître à la liberté et de se " mondialiser " n'ont été aussi grandes pour elle ? Historienne de la Russie, Hélène Carrère d'Encausse, secrétaire perpétuel de l'Académie française, a notamment publié chez Fayard "La Gloire des nations" ," Victorieuse Russie", "Le Malheur russe", ainsi qu'une biographie de Nicolas II et une autre de Lénine.
La vie de Lénine, mort en 1924 à cinquante-quatre ans, couvre deux périodes distinctes. D'abord vingt ans d'exil passés à rêver la révolution et à forger son instrument : le Parti bolchevique. En Février 1917, le rêve débouche sur un échec : la révolution russe se fait sans lui. Mais, en octobre, elle prend le visage de Lénine. Ce dernier s'empare du pouvoir. En l'espace de seulement quatre ans au cours desquels il parvient à se maintenir contre toute une société qui le rejette, il édifie un Etat tout-puissant, reconstruit l'Empire, crée le Parti mondial de la révolution, installe le communisme dans l'histoire pour soixante-dix ans. Comment expliquer, dans un pays d'alors cent quarante millions d'habitants, la conquête puis la conservation du pouvoir à l'aide d'un parti qui ne compte à l'origine que quelques milliers de membres ? Comment expliquer la pérennité et le rayonnement mondial du léninisme ? En dépit du bilan terrible du régime qu'il a institué - plus de cent millions de morts -, le constat s'impose : génie politique, Lénine a été l'inventeur d'un système de pouvoir sans équivalent dans l'histoire de ce siècle. Historienne de la Russie, Hélène Carrère d'Encausse, membre de l'Académie française depuis 1991, a notamment publié chez Fayard La Gloire les nations, Victorieuse Russie, Le Malheur russe, et une biographie de Nicolas II.
Le règne du dernier empereur de Russie a-t-il marqué l'inexorable déclin d'un régime ne pouvant déboucher que sur une rupture violente et radicale _ celle d'Octobre 1917 _ ou bien recelait-il les éléments d'une transition interrompue, celle que la Russie de Boris Eltsine, quatre-vingts ans après, s'est mise en devoir et en peine de reprendre? S'attachant au destin du dernier tsar de Russie, l'ouvrage d'Hélène Carrère d'Encausse soulève une multitude de questions. Plus que tout autre, Nicolas II, héritier des réformes d'Alexandre II, a oeuvré pour la modernisation de son pays, apportant des changements profonds à l'Etat, à la société et à l'économie russes. L'échec et la révolution étaient-ils alors inscrits dès le départ dans le processus de modernisation? Faut-il accepter l'idée défendue par certains historiens que toute tentative de réforme est en Russie condamnée à ouvrir la voie à la barbarie? Ou bien peut-on regarder le stalinisme puis la stagnation néostalinienne comme une funeste parenthèse dans la transformation profonde que les circonstances ont momentanément arrêtée mais dont les germes, toujours présents, peuvent servir à fertiliser et légitimer la transition engagée en cette fin du XXe siècle? Historienne de la Russie, Hélène Carrère d'Encausse, membre de l'Académie française depuis 1991, a notamment publié chez Fayard La Gloire des nations, Victorieuse Russie et Le Malheur russe.
A qui tente d'établir un atlas et une chronologie des meurtres politiques, trois évidences s'imposent. Nulle société n'a été continûment à l'abri du meurtre politique sous ses aspects divers. Mais il est des temps historiques où le meurtre connaît une fortune remarquable: le XVIe siècle européen, par exemple; ou encore le XXe, où, sous la forme de la terreur de masse et des mouvements terroristes, il gagne plus ou moins tous les continents. Il est aussi des moments où le meurtre politique régresse et apparaît plutôt comme un moyen exceptionnel de résoudre des conflits de pouvoir. Pourtant, à cette conception qui met à un moment ou à un autre toutes les cités sur le même plan et qui fait du meurtre politique la clé des épisodes tragiques de leur histoire, un pays _ peut-être pas le seul, mais son exemple est le plus éclatant, s'agissant d'un grand pays d'Europe _ fait exception: la Russie. L'histoire de ce pays dans lequel Tocqueville, lorsqu'il scrute l'avenir, discerne qu'il est appelé " par un dessein secret de la Providence à tenir un jour dans ses mains la moitié du monde " à égalité avec les seuls Etats-Unis, dont il dit que le monde " découvrira tout à la fois la naissance et la grandeur ", est avant tout une histoire continue du meurtre politique. Du moment où se fonde la Russie, au IXe siècle, et où commence sa christianisation, jusqu'à l'apogée prévue par Tocqueville, il n'est guère de génération qui n'y ait assisté, pétrifiée, à l'éternelle liaison entre meurtre et politique. Les temps de répit, dans ce pays, ce sont les guerres et les invasions qui les ont apportés, autres formes de violence et de mort, mais dont l'avantage est qu'agissant de l'extérieur, elles unissent pour un temps pouvoir et société contre l'ennemi porteur de mort. Cette longue tradition meurtrière a sans nul doute façonné une conscience collective où l'attente d'un univers politique pacifié tient peu de place, tandis que la violence ou sa crainte y sont profondément ancrées. De ce malheur si profondément ressenti à tous les âges, que les esprits superficiels nomment l'âme russe, l'on peut se demander où est la cause, où est l'effet. Est-ce le meurtre politique trop longtemps utilisé qui a produit une conscience sociale malheureuse et soumise, et, par là, incapable d'imposer, comme ailleurs, un autre cours au politique? Ou bien est-ce cette conscience malheureuse, épouvantée, qui appelle sur elle, sinon la colère des dieux, du moins le déchaînement des meurtriers. Hélène Carrère d'Encausse