Guillaume de Fonclare
Guillaume de Fonclare
À la suite d'une série de malaises, un écrivain croit toucher à la limite entre la vie et la mort. Dès lors, il s'interroge sur la notion de destin, en questionnant les hasards et les coïncidences heureuses de son existence pour y trouver un sens. Afin d'approfondir ces réflexions, il décide de se retirer du monde pendant deux mois et de rechercher Dieu par tous les moyens, y compris par la pratique active de la méditation. Dans le même temps, il réapprend à gérer les impératifs de la vie quotidienne et à s'occuper de lui sans aide, lui qui souffre depuis quinze ans d'une maladie invalidante qui a restreint ses capacités d'action. Simple et bouleversant, ce livre est le récit d'un road-trip intime à la recherche du divin.
« C'est ainsi que je devins "Garbo", le plus grand acteur de tous les temps, le plus extraordinaire espion que la Terre ait porté, jouant mon auguste rôle dans le film terrible de la Seconde Guerre mondiale. » Juan Pujol Garcia - nom de code Garbo pour les Britanniques - eut un rôle crucial durant la guerre. Espion à la solde des Allemands, mais travaillant en fait pour les Anglais, cet agent double de génie trompa le contreespionnage nazi pendant plus de trois ans. À la tête d'un réseau fictif de plus de vingt-quatre agents, il participa activement à l'opération Fortitude, qui visait à faire croire aux Allemands que le débarquement allié se ferait sur les côtes du Pas-de-Calais. Cette mystification reposait sur la création d'une armée imaginaire, la FUSAG, faite d'avions en balsa et de chars en baudruche gonflable, dont les unités étaient déplacées tous les jours pour accréditer l'existence d'une armada prête à se lancer à l'assaut des côtes françaises. À la fin du conflit, pour préserver sa famille d'éventuelles représailles d'anciens nazis, Juan Pujol se fit passer pour mort aux yeux de tous (sa femme et son fils compris) et partit se cacher au Vénézuéla, où il fonda une nouvelle famille. Guillaume de Fonclare nous plonge dans cette histoire extraordinaire à travers le récit testamentaire que « Garbo » livre à son petit-fils. À la fois romanesque et intimiste, il nous invite à le suivre dans les méandres de l'Histoire et de l'âme humaine.
« Un matin, mon meilleur ami s'est donné la mort, sans s'expliquer ni s'être lamenté. Il a déposé ses deux filles devant l'école, il a rejoint l'immeuble du bureau où il travaillait, il a garé sa voiture, il est entré dans le hall, il a pris l'ascenseur jusqu'au cinquième, l'étage en travaux où il n'y avait personne, il a déposé sa veste sur le dossier d'une chaise, il a poussé une table sous une fenêtre qu'il a ouverte, il est monté sur la table et il a sauté, sans un cri. Et comme c'était un garçon solide, il n'est pas mort tout de suite, il nous a laissé croire quelques heures qu'il allait se remettre, et qu'il pourrait nous expliquer ce que nous avions raté. Mais non, il est mort et nous ne saurons pas d'où lui venait cette grande résolution à fuir. Moi, cela fait dix ans que je n'en finis plus de me déliter dans un corps rongé par une maladie dont on ne sait rien, ou si peu. Je perds la marche comme j'ai perdu tant d'autres choses : la finesse de préhension et la précision du geste, la possibilité de courir, la capacité à me mouvoir librement et sans contrainte. Pourquoi Serge a-t-il choisi de mourir ? Pourquoi ai-je choisi de vivre coûte que coûte ? » G. de F.
« Durant des mois, je vous ai lu, j'ai vécu avec vous, et vous avez été l'objet de bien de mes pensées ; je savais que, quoi que m'eût apporté ma journée, le soir, bien calé sur mon lit et dans le creux de mon oreiller, je retrouverais l'atmosphère bienveillante de votre chambre, les lourdes tentures tirées devant la porte et les fenêtres aux volets fermés, le grésillement de votre pipe d'opium et les volutes bleutées s'élevant doucement vers le plafond, avec aux murs les tableaux de Dalí, Max Ernst, Dubuffet, veilleurs de vos songes étranges. Et pour peu que je doive, pour dormir un peu, prendre un cachet de morphine, j'aurais le sentiment de communier avec vous dans la bousculade de mes pensées ; les mots auraient un sens, et, pour une heure ou deux, je serais poète avec vous. » Dans la lignée du magnifique Dans ma peau, Guillaume de Fonclare propose un portrait subtilement croisé avec le poète Joë Bousquet, qui, paralysé durant la Grande Guerre, produisit une oeuvre intense et fulgurante.
D'après certains renseignements que j'ai obtenus, il y a deux bassets-hound dans la vie de San-Antonio. Le premier était une chienne nommée Jézabelle, mais qu'il appelait Belle tout court. Elle est morte pour avoir mangé une taupe empoisonnée. Le deuxième, c'est moi : Salami. Malgré mes origines britanniques, je sors d'un élevage italien dirigé par un ancien chef de la Police romaine.Je dispose de plusieurs particularités dont la principale est de comprendre couramment le langage humain, voire même de le parler pour peu qu'on établisse un code.Autre singularité de mon personnage : je préfère les femmes aux chiennes, bien que je n'ai pas eu l'occasion d'en consommer à ce jour.Encore un fait saillant : je ne réponds pas quand on me siffle. Mon hérédité anglaise, sans doute. Au restaurant, j'abomine "la gamelle à Médor" sous la table. Généralement, je prends mon repas assis sur une chaise, en face de San-A. J'ai encore beaucoup, beaucoup d'autres choses pas tristes à révéler ; mais je ne vais pas résumer au dos d'une couverture ce que mon connard de maître a raconté en trois cents pages !Il aurait l'air de quoi ?
« Dans ma peau est un texte qui a ses racines dans le premier XXe siècle, au temps où les hommes portaient la moustache et les femmes de larges chapeaux, quand les pétarades automobiles effrayaient les chevaux sur les grands boulevards. Dans les violences d'une guerre à la fureur si nouvelle, un monde s'est abîmé et il ne nous en reste que quelques échos déformés et des images tremblotantes que nous ne comprenons plus. Cette guerre, je la connais bien : je suis directeur de l'Historial de la Grande Guerre à Péronne, dans la Somme, au coeur des champs de bataille de la Première Guerre mondiale, là où s'opposèrent troupes britanniques, armées du Commonwealth et Allemands de 1914 à 1918. Et c'est avec mon corps que j'éprouve l'âpreté de l'ancienne réalité des combats ; depuis quatre ans, je souffre d'une maladie qui n'a pas de nom et qui rend chacun de mes mouvements douloureux et pénible, si bien que je ne connais plus de moment de paix et de repos. Il me semble parfois être si près de ceux dont je dis être le témoin que j'en ferai souffrance commune avec ces hommes qui ne sont plus, que mon horizon est sans cesse bousculé d'explosions intimes. Les objets que je côtoie, les uniformes impeccables qui dorment dans les réserves de l'Historial, les fusils comme les montres, les poignards comme les godillots, tout cela résonne de violences assoupies que je crois ressentir à chaque instant. Voilà ce que j'ai essayé de dire et d'écrire ; et l'attention que je me porte serait différente si elle n'était pas le fruit de mon expérience à l'Historial, si elle n'était pas née d'abord d'une empathie pour de plus souffrants que moi. » G. de F.