Graham Harman
Graham Harman
« La philosophie de Graham Harman s'enracine dans une lecture originale des pères fondateurs de la phénoménologie, Husserl et Heidegger. C'est en croisant ces deux axes fondamentaux que sont la théorie husserlienne de l'objet intentionnel et l'analyse heideggerienne de l'outil que l'auteur construit l'armature de son ontologie : métaphysique nouvelle qui, par approfondissements successifs, s'engage au-delà des limites posées par ses illustres prédécesseurs, pour promouvoir un réalisme radical. L'une des conséquences de ce projet est de maintenir la pensée dans une tension constante entre le lexique traditionnel de la phénoménologie et les innovations conceptuelles propres à la « philosophie centrée sur l'objet » (object-oriented philosophy).(...) L'inventivité conceptuelle de L'objet quadruple ne se limite toutefois pas à un aménagement ou une refonte du langage phénoménologique. Tout en exploitant inlassablement les ressources de la métaphore et du discours poétique, la pensée de Graham Harman sollicite la plasticité d'une langue où, bien plus qu'en français, la création verbale est un levier de la conceptualisation. » (Extrait de l'Avant-propos)
Dans ce livre, le fondateur de la philosophie orientée objet découvre en l'un des poètes classiques du canon occidental, Dante Alighieri, un puissant stimulant pour dépasser le subjectivisme de la pensée moderne sans pour autant retomber dans le naturalisme ancien ou le dogmatisme médiéval. Il est bien connu que les oeuvres poétiques de Dante interprètent l'amour comme la force motrice de l'univers : tel qu'inspiré par sa muse disparue Béatrice, l'amour est également la forme ultime de la sincérité, de l'attachement à la beauté de la chose aimée, et finalement le seul fondement de toute connaissance. La connaissance que les hommes ont des choses ne les place pas au-dessus d'elles. Elle ne leur donne accès à aucune maîtrise technicienne d'un monde fondamentalement contingent. La connaissance, qui surmonte la peur de vivre, est un amour reçu et exprimé dans l'expérience esthétique avant tout. Elle est le résultat de l'engagement dans la Divine comédie des choses de ce monde auquel le poète philosophe nous convie ardemment.