Gilles Forlot
Gilles Forlot
Dans cet ouvrage, l'appellation « langues moins enseignées » fait référence à celle de « langues modimes ». Tantôt appelées « langues rares », tantôt « langues moins diffusées » et parfois même « petites langues », ces langues n'entrent dans aucune des catégories préconstruites des institutions éducatives. L'objectif de cet ouvrage est donc de problématiser les tenants et les aboutissants des statuts qu'elles assument dans les systèmes éducatifs, et notamment de s'intéresser à la question de la variation linguistique dans leur enseignementapprentissage. En effet, l'enseignement des langues vivantes étrangères se construit souvent autour d'une norme imaginée et conçue comme étant celle de la langue légitime à enseigner/apprendre. De l'Asie aux Amériques, en passant par bon nombre de pays africains et européens, les décideurs éducatifs et les enseignants euxmêmes doivent composer avec ce phénomène qui, au delà de questions proprement pédagogiques, contribue à hiérarchiser les formes langagières. Au travers de l'examen de situations touchant à l'amazighe, à l'arabe, au chinois, à l'indonésien, au japonais, au ghmálá', au malgache, au tchèque et à plusieurs des langues régionales de France (alsacien, basque, corse, occitan, picard et parler saint-martinois), les entrées épistémologiques des contributions relèvent ici de diverses disciplines des sciences du langage et/ou des sciences de l'éducation. Les contributions s'articulent, entre autres, autour d'axes tels que la variation et ses différentes formes dans l'espace éducatif, l'histoire des politiques linguistiques éducatives au regard du corpus des langues, la variation linguistique en lien avec différents systèmes éducatifs au sein d'espaces nationaux ou régionaux donnés, la gestion pédagogique de la variation, ses ramifications identitaires, la question du couple oral/écrit et des registres en didactique des langues moins enseignées, ou encore la problématique centrale des normes, de la légitimité et de l'authenticité dans l'enseignement de ces langues.
Ce livre aborde un terrain plutôt méconnu en sciences humaines et sociales, celui de l'émigration française. En s'intéressant à cette expatriation au Canada, notamment dans ses grandes villes anglophones comme Toronto, on se rend compte que ce pays est souvent perçu comme jeune, dynamique et bilingue. A priori, ceci semble garantir aux migrants francophones à la fois le dépaysement et la possibilité sécurisante de recourir au français dans la vie de tous les jours. Même si la découverte de la réalité anglo-canadienne réserve des surprises, il n'en demeure pas moins que les compétences linguistiques y sont souvent considérées comme un bien, une marchandise, voire un atout. Dans cette optique, la langue procure aux migrants de nouvelles perspectives d'emploi et même parfois un certain pouvoir dans les nouveaux cercles auxquels leurs parcours ouvrent les portes. Simultanément, mais quelque peu paradoxalement, la capitalisation du français, langue d'origine, impose à ces migrants des contacts accrus avec l'anglophonie et avec les Canadiens allophones. Ces contacts sont tout autant linguistiques que sociaux, ce qui met en relief l'importance des aspects langagiers dans les processus de construction et d'affiliation identitaires en situation de migration. S'appuyant sur des principes constructivistes, ce livre pose les questions de la rétention des identités d'origine, de l'éventuelle convergence vers la culture majoritaire anglo-canadienne, des attitudes vis-à-vis du multiculturalisme et de l'apprentissage de l'altérité. Et posant un regard anthropolinguistique sur ces Français de l'étranger, l'ouvrage analyse les formes variées d'affiliations ethno-culturelles, y compris le choix fréquent d'une identification désethnicisée.