Gérard Freitag
Gérard Freitag
Sans leur tain, les miroirs ne nous renverraient plus notre image invariable et, en quelque sorte, prisonnière d'elle-même. Des possibilités insoupçonnées, oubliées ou cachées de nos consciences se révéleraient peut-être. Le héros de Vlod se multiplie dans des simulacres lui permettant de différer longtemps une évidence cruelle. D'autres personnages cherchent à se soustraire à ces reflets inattendus et peu confortables d'eux-mêmes. Grâce à eux, une jeune femme se découvre une identité improbable, mais plus satisfaisante que celle que les événements voudraient lui imposer. Le héros de Môsa y puisera enfin une justification.
Dans la maison d'Alfred Bindler, une pièce tout entière est consacrée au meuble où dorment, dans leurs tiroirs vitrés, les papillons amassés, au cours de toute une vie. A 65 ans, Alfred Bindler consulte ces tiroirs comme un album de famille. Car, à chacun il a attaché un voyage, un moment, une personne, un geste. Mais ses consciencieuses collectes sont surtout une quête : celle de la Phalène blanche, de ce papillon parfait dont ses études et celles de son maître ont déduit l'indispensable existence mais que nul n'a jamais vu. Ainsi, les papillons d'Alfred Bindler témoignent également de son lien au monde, de ses élans et de ses ambitions, de sa recherche d'absolu. De sa tentative de découvrir, comme nous tous, le sens de sa vie. Ce roman sensible et profond parle de rencontres, d'amour, d'émotion et de sens. Entre nos souvenirs et nos aspirations, nous cultivons tous nos propres papillons.
À mi-voix, sur un ton d'élégie, Gérard Freitag nous dit des choses infiniment simples, dont les hommes d'aujourd'hui ont perdu le secret : voici la marche, la table, l'oiseau, le lac, le rythme. Voici un « mot tout noir ». Il procède à une osmose de l'être et des choses domesticables et familières avec la Nature. Nous avions oublié que nous étions associés à tout cela : une maison posée près de la forêt ; et les morts sont dans le bois dont nous nous servons comme dans la pièce la plus familière de la maison qu'ils ont connue avant nous. Présence de tout aboutit à une religiosité qui ne pèse pas, à une lumière rilkéenne posée sur la merveille de la Nature, complice de l'Emotion.