Gérard Farasse
Gérard Farasse
Envois & Dédicaces constitue une réflexion sur le don du livre, qu'il se manifeste par un ex-dono, un envoi manuscrit ou une dédicace imprimée. Si cette dernière a été étudiée à propos de tel ou tel auteur, il nous manquait encore une réflexion d'ensemble sur celle-ci. Quant à l'envoi, jugé marginal et mondain, il n'a guère été abordé, hormis par les bibliophiles. On en trouvera ici un « bref traité » qui en souligne toute la richesse. Pas plus qu'il n'existe d'éléments insignifiants dans la vie psychique, ainsi que Freud nous l'a appris, il n'existe dans le livre de détail dépourvu de valeur. La modernité s'est intéressée longuement à la signature, beaucoup moins à l'envoi et à la dédicace, parce qu'elle estimait la littérature intransitive. Elle transite cependant et s'adresse à quelqu'un. Et ce qui semble à première vue accessoire joue un rôle non négligeable, sinon capital, dans la constitution du sens d'un livre. Telle est l'hypothèse d'Envois & Dédicaces, et son pari. Sa première partie, « Perspective cavalière » s'interroge, entre autres, sur la position en tiers du lecteur ainsi que sur la place de la dédicace, premiers mots d'un livre qui se révèlent souvent aussi ses derniers mots. La seconde, « Couleurs locales », examine la façon dont quelques auteurs se sont appropriés ce geste : un musicien, Bach, et cinq écrivains, Voltaire, Hugo, Baudelaire, Montherlant, Goffette, ce dernier nous offrant, en guise de conclusion, un poème inédit adressé « à ceux qui partent ».
A-t-on séjourné chez des amis que la courtoisie oblige à les en remercier par une missive appelée lettre de château. L'auteur de ce livre, qui a eu la chance de côtoyer un peintre (Delvaux), des romanciers (Hyvernaud, Villiers de l'Isle-Adam), des essayistes (Barthes, Quignard), des poètes (Follain, Ghil, Jaccottet, Ponge, Reverdy, Tardieu), a souhaité leur rendre hommage. Il en a résulté ce livre. Son lecteur pourra y discerner des motifs de prédilection et peut-être une méthode. L'auteur n'a pas souhaité les expliciter, persuadé qu'il est que la littérature n'exprime jamais que des singularités. Et qu'il est nécessaire, aujourd'hui plus que jamais, de les affirmer, comme autant de mots de désordre propres à désorganiser les savoirs convenus de la critique.
L'ouvrage propose en cinq chapitres panoramiques un parcours des principales questions posées par l'oeuvre de Ponge : Dans quelle mesure élabore-t-il, après Descartes et Valéry, un nouveau "discours de la méthode" ? Comment "faire oeuvre de salut public" en fondant une nouvelle rhétorique ? Que reste-t-il de "l'oeuvre" quand on exhibe ses brouillons ? Comment et pourquoi parler, si on "écrit contre les paroles" ? Une éthique de l'écriture est-elle nécessaire ? Des jalons biographiques, bibliographiques et des éléments de rhétorique complètent cet ouvrage.