GABRIEL FIKRI
GABRIEL FIKRI
Le Hills est d'un temps où le cochon était du cochon et le porc du porc, comme aime à dire le Maître d'hôtel. Chaque jour, raide dans son habit, le serveur de ce grand établissement d'Oslo se tient là, comme il aurait pu le faire il y a cent ans, si ce n'est davantage. Il veille, attend, se tient prêt. Il circule dans la salle, prend les commandes, sert et débarrasse. Les tables sont parfaitement dressées, les verres s'entrechoquent, les couverts vont et viennent sur la porcelaine avant d'être portés à la bouche. Tout est à sa place, l'ordre est immuable. Jusqu'au jour où un vent de changement s'engouffre dans le sillage d'une belle jeune femme qui prend place, l'air de rien, au milieu des habitués. Son apparition a tôt fait d'enrayer la mécanique parfaitement huilée du restaurant, menaçant les fondations de cet écrin de la vieille Europe - et l'équilibre fragile du serveur brusquement dépassé. Avec un sens aigu du portrait et de la scène, Matias Faldbakken livre dans ce délicieux huis-clos une allégorie de notre temps qui ménage autant de moments poignants que d'hilarité, et distille une nostalgie contagieuse qui vous donnera envie à votre tour de pousser la porte du Hills et de vous y attabler pour observer la marche du monde en écoutant le vieux Johansen jouer un air mélancolique.
L'école française doit faire face à un double défi : non seulement le niveau scolaire continue de baisser, mais l'égalité des chances n'est plus qu'un voeu pieu. Face à la mondialisation et à la révolution technologique, est-il trop tard pour moderniser le fameux « mammouth » et l'adapter aux défis du xxie siècle ? La renommée École alsacienne, établissement privé sous contrat avec l'État et laïque, a développé depuis sa création en 1874 ses propres recettes pédagogiques, en visant l'épanouissement des élèves dans la continuité plutôt que la sélection permanente. Fort de dix-sept années de direction de cette institution, Pierre de Panafieu propose ici, avec finesse et sans prétention, d'en faire un logiciel disponible pour tous, source d'inspiration. Car les points forts de l'École alsacienne, dans le cadre d'un système scolaire qui a explosé, peuvent nourrir la réflexion sur l'école que nous voulons pour nos générations futures. À commencer par l'autonomie de l'établissement, véritable angle mort des réformes successives alors que la décentralisation en matière éducative est plus que jamais nécessaire. Les familles ont également un rôle majeur à jouer, et il serait temps de les associer intelligemment à la formation des enfants. Ces derniers méritent enfin une école qui soit un lieu de vie, leur offrant continuité et bienveillance. Ce sont bien ces trois axes qui doivent guider les réformes à venir, afin de faire de l'école française le véritable pilier de l'économie de la connaissance. Pierre de Panafieu, ancien élève de l'École alsacienne, en est directeur depuis 2001. Éric Chol, ancien élève de l'École alsacienne, est journaliste. Il dirige depuis 2012 la rédaction de Courrier international.