Frédérique Matonti
Frédérique Matonti
Aucune digue n'empêche plus aujourd'hui les représentants de l'extrême droite, voire de l'ultra-droite, d'intervenir dans les médias sous couvert d'objectivité et de respect de la pluralité politique. Certains offrent même une tribune de choix aux plus fervents réacs. Lesquels y dénoncent pêle-mêle l'islamo-gauchisme, le wokisme, la cancel culture (« on ne peut plus rien dire »), l'immigration incontrôlée ; à l'inverse, les tentatives d'expliquer sociologiquement un événement ou un comportement sont fréquemment assimilées à la « culture de l'excuse » et par là même dévaluées. Il n'en a pas toujours été ainsi. L'omniprésence de ces discours est un symptôme de la modification plus générale des débats publics et des nombreuses batailles culturelles (à commencer par la lutte contre le racisme) que la gauche a perdues. Si l'on reprend toute la chaîne qui conduit de la production jusqu'à la diffusion des idées, les équilibres se sont considérablement modifiés depuis les années 1970. Des nouvelles règles du monde intellectuel à la concentration de l'édition et des médias, en passant par la transformation des partis politiques, tout est fait pour que les fast thinkers et les experts auto-proclamés triomphent et portent haut la voix de la réaction. Jusqu'à quand ?
Ségolène Royal, Marine Le Pen, Christiane Taubira, Anne Hidalgo... Jamais les femmes n'ont été aussi présentes sur la scène politique française. Pourtant, la loi sur la parité n'a pas eu les effets attendus. Les médias, les politiques et les communicants continuent de véhiculer de nombreux stéréotypes. Pire : les clichés se renforcent lorsque l'" ordre genré " est contesté. Une candidate accède au second tour de l'élection présidentielle ? Une femme racisée se voit confi er un ministère régalien ? Deux femmes s'affrontent pour la direction d'un parti politique ou d'une grande municipalité ? À chaque fois, les schémas sexistes, et parfois racistes, reviennent sous la plume des commentateurs. Évaluées sur leur physique, soupçonnées d'agir par " émotion " et hâtivement taxées d'incompétence, les femmes sont systématiquement rappelées à l'ordre. La persistance de cet ordre genré s'accompagne d'une évolution : la restriction du périmètre du " privé " et de l'" intime ". Ce sont les affaires pénales de Strauss-Kahn qui ont rendu possible ce déplacement. Mais, dorénavant, comme l'ont montré les polémiques sur les relations de François Hollande avec Valérie Trierweiler et Julie Gayet, les comportements sexuels ou amoureux licites des personnalités politiques sont analysés comme le signe de leur capacité - ou non - à gouverner. S'appuyant sur les productions médiatiques, sur des entretiens avec de nombreux journalistes et sur ses observations des campagnes électorales, l'auteure fait apparaître la dimension genrée des hiérarchies de pouvoir et explore la définition contemporaine de la " bonne masculinité " en politique.