Eric Paradisi
Eric Paradisi
La vie singulière de Lucien Ginsburg, dit Serge Gainsbourg, racontée par lui-même ? C'est le pari romanesque d'Éric Paradisi qui imagine, sans le trahir, l'autobiographie qu'aurait pu écrire " l'homme à la tête de chou "...
Alba et Maurizio se rencontrent à Rome pendant la guerre. Elle étudie le droit et résiste au sein de Bandiera Rossa. Il est juif, coiffeur dans le ghetto, et se cache chez Alba après la rafle d'octobre 1943. Chaque dimanche, Maurizio coupe les pointes des cheveux blond cendré d'Alba. Des cheveux qu'il vénère autant qu'elle. Mais au printemps 1944, ils sont arrêtés ensemble. Alba est incarcérée tandis que Maurizio est déporté à Auschwitz. Il y survit en devenant le barbier de sa baraque, sans jamais renoncer au souvenir d'Alba, à la délicatesse amoureuse de son visage dessiné sur du papier volé. Le temps a passé. Lors d'une interminable et tragique nuit de janvier, Flor, la petite-fille de Maurizio, raconte cette histoire à son fiancé comme son grand-père la lui a confiée, par morceaux, par songe. Peut-être l'homme qu'elle aime trouvera-t-il dans le courage d'Alba, la force de supporter à son tour l'absence ? Eric Paradisi entremêle le destin de Maurizio et celui de Flor, l'histoire universelle et l'histoire intime. Et si les morts parlent aux vivants, c'est pour leur apprendre comment vivre et ne se souvenir que de l'amour.
Publier des romans ne m'empêche pas de rater ma vie amoureuse. Mais lorsqu'une réalisatrice m'a demandé d'embrasser Meryl dans le champ de la caméra, mon coeur a basculé. À l'image, c'était un baiser de cinéma, pour nous, le début d'une histoire. Meryl n'était pas figurante comme moi, c'était une vraie comédienne, et en amour elle n'acceptait que le premier rôle. Peut-on s'aimer lorsque l'un crée des personnages et que l'autre en interprète ? Moi j'aimais comme j'écrivais, comme si mon sentiment ne pouvait se dévoiler qu'entre les lignes. Meryl affirmait qu'aimer c'est appartenir à l'autre ; je répondais en m'isolant de longues semaines avec mon manuscrit. Dans mes livres la passion prenait toute la place, mais jamais je ne suis parvenu à concilier deux histoires, celle que je vis et celle que j'invente. Je m'en disculpais en feignant de croire qu'elle évoluait comme moi dans la fiction, alors qu'elle s'acharnait à me ramener dans la réalité. Comme les décors ont un envers, le romantisme a sa face cachée. Souvent, j'imagine les gestes que je devrais faire pour éviter une dispute, les mots que je devrais prononcer pour sceller une réconciliation. Puis j'y renonce. Je ne donne la réplique qu'à mes personnages. L'écriture est si possessive qu'elle m'empêche de vivre. Pourtant je ne voulais pas passer à côté de la vie. Ni à côté de Meryl.