Émile Goudeau
Émile Goudeau
A Paris, le besoin de consommer naît avec le jour et ne prend fin qu'avec la nuit : dès l'aurore, la gueule - ainsi disaient nos pères - est ouverte, qui n'est point encore refermée aux ténèbres. Ou mieux, ce besoin d'une si miraculeuse intensité ne commence ni ne finit : cycle ininterrompu s'enroulant sur lui-même, à l'instar du symbolique serpent, ce consommateur singulier qui se mord éternellement la queue. A l'heure ultra-matinale où le fiacre suprême, la dernière voiture de cercle, ramène au logis le joueur décavé qui, se remémorant les abatages manqués et les mauvais tirages à cinq, sent naître en lui à la fois un désespoir momentané, un sommeil vague entrecoupé de visions où le huit et le neuf jouent le premier rôle, et une soif ardente qu'il étanche avec le consommé froid ou le verre d'eau sucrée à peine aromatisé par une larme de wisky ou d'alcool de menthe ; à l'heure où quelque autre voiture reconduit à son logis l'amoureux attardé, dont la fatigue trahit enfin le courage, et qui, avant que d'entrer dans le lit de repos, le lit pour un, se réconforte d'un grand verre d'eau fraîche pris goulûment ; - à cette même heure, descendent vers leurs labeurs les ouvriers, maçons, charpentiers, débardeurs, forgerons, zingueurs, serruriers, tourneurs, tous les innombrables corps d'état qui font de Paris une vaste usine. Fruit d'une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.
A la piste des passions, Dans le steeple-chase des vices, J'ai laissé des lambeaux de mes illusions A tous les buissons d'écrevisses. Fruit d'une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.
Sur la banquette de l'antichambre, un homme d'une trentaine d'années, un être sec, émacié, cénobitique, était assis. Le visage mat, troué de grands yeux profonds, très bruns, aux sourcils arqués, indice d'orgueil ; le nez, un peu fort, de belle ligne romaine ; des joues creuses qu'une ride précoce, partant de la glande lacrymale, rayait verticalement, pour aboutir à la commissure de lèvres puissantes, serrées par un mouvement volontaire devenu habitude : l'effort du silence ayant posé comme un sceau qui pinçait la bouche latine, sans doute créée pour les larges phrases ou les chansons méridionales ; d'épais cheveux noirs tombant sur le front et la nuque à la manière des clercs moyen âge ; une barbe maigre, dégringolant fluide sur la poitrine ; deux longues mains blanches se croisant à l'épigastre en un geste de vague prière inconsciente, tel apparaissait Germain Guiraud, le défroqué, livré au cruel et décevant labeur de l'attente. Fruit d'une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.
Moi, l'auteur, je ou nous. - L'hôtel aux fausses truffes. - Les finances de l'État. - Francisque Sarcey. - Le café-forum. - La Renaissance d'Émile Blémont. - La poésie de Paris.Le moi est haïssable, le je, perpétuel, agaçant ; je les emploierai donc ici le moins possible. Toutefois, dire l'auteur, à la troisième personne, devient à la longue insupportablement prétentieux, et prononcer nous appartient aux rois ou aux évêques.Fruit d'une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.
Bossu, bancroche, déhanché, la poitrine en dedans, les bras trop longs, des mains de singe, les jambes en manches de veste, des cheveux hérissés sur une figure laide, le nez gros, les pommettes saillantes, des lèvres lippues de Kalmeuk, un teint livide - les yeux seuls, profondément enfouis sous l'arcade sourcilière, mais grands, extraordinairement brillants, donnaient de l'expression à ce visage maladif - tel apparaissait Hercule Trimard, surnommé Tignassou.Fruit d'une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.
Le déjeuner était achevé, depuis longtemps. Mais le peintre Chevalosque s'obstinait sur les cigares et le kummel : appuyant sa lourde tête crépue, moustachue et congestionnée à son poing, il écoutait béatement les propos du gai poète Lynar qui, dans cette atmosphère surchauffée, se trouvait à point pour interminablement émettre paradoxes sur paradoxes. Le docteur Zoïl, l'aliéniste, si noir en sa barbe noire, avec son casque de cheveux noirs, et ses noirs yeux creux, auscultait furtivement sa mont re : trois heures.Fruit d'une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.
Le train, qui t'amena des lointaines provinces, Depuis longtemps est reparti. Oublie, enfant, un peu tes naïvetés minces, Deviens grand, toi qui fus petit. Paris qui m'appartient est une vaste arène Pour l'amour et l'ambition ; La rue est aujourd'hui la seule souveraine : Porte-lui ta dévotion. Tu n'as pas de foyer dans cette grande ville ? Vas à l'auberge du hasard ! Des épouses et des amis de contrebande. Fruit d'une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.
Paris, 1893 : plongez dans le tourbillon d’une capitale où la consommation devient un art de vivre. Paris qui consomme d’Émile Goudeau, illustré par Pierre Vidal, dresse un portrait savoureux et satirique des Parisiens et de leurs excès.
BnF collection ebooks - "Le moi est haïssable, le je, perpétuel, agaçant; je les emploierai donc ici le moins possible. Toutefois, dire l'auteur, à la troisième personne, devient à la longue insupportablement prétentieux, et prononcer nous appartient aux rois ou aux évêques. Comment faire pour narrer les évènements, grands ou petits, dont on a été un des principaux acteurs? Tant pis, j'entremêlerai les moi, les je, les nous et les l'auteur..."