Émile Burnouf
Émile Burnouf
Platon définit la rhétorique comme étant l'art de gouverner l'esprit des hommes; cependant le but de l'éloquence c'est de modifier, peut-être en un discours d'une demi-heure, des convictions et des habitudes qui remontent à des années. Les jeunes gens, eux aussi, sont impatients de jouir de ce sentiment de puissance accrue et de vie sympathique plus large. Ce que l'orateur désire, le but que l'éloquence doit atteindre, ce n'est pas le savoir-faire spécial qui consiste à bien dire une histoire, résumer clairement des preuves, discuter logiquement, ou s'adresser habilement aux préjugés de l'assemblée ; mais une souveraine prise de possession de l'auditoire. Nous appelons artiste celui qui joue sur une assemblée d'hommes comme un maître sur les touches d'un piano - celui qui, voyant la foule en fureur, sait l'adoucir et l'apaiser, l'amener à son gré au rire et aux larmes... L'orateur, comme nous l'avons vu, doit avoir une personnalité réelle. Ensuite, il doit avoir tout d'abord le don de l'exposition - il doit posséder le fait, et savoir le présenter. Dans tout groupe d'individus causant sur un sujet quelconque, l'homme qui est le plus informé gagnera l'attention de l'auditoire, s'il le désire, et dirigera la conversation - quels que soient le génie ou la distinction que puissent avoir les autres personnes présentes ; et dans toute réunion publique, les gens écouteront celui qui possède les faits, qui peut et veut les exposer, alors même qu'il serait par ailleurs un ignorant, alors même qu'il aurait la voix rauque et serait disgracieux, qu'il bégaierait et crierait...
Troie fut la capitale de la Troade. Horace appelle cette ville sacrée sacrum Ilium. Troie immortalisée par les poètes, était bâtie sur le fleuve Scamandre ou Xanthus, en Phrygie, à 3 milles de la mer Égée. « Le voyageur qui va de Smyrne à Constantinople par le canal de Lesbos voit, au moment d'en sortir, s'étendre devant lui, dans la direction de l'est à l'ouest, un long rivage terminé au couchant par un promontoire. C'est la Troade. Il tourne à gauche pour atteindre le cap, puis à droite pour le doubler, et un second rivage plus long que le premier fuit devant lui dans la direction du nord. Il le côtoie, et, l'ayant suivi sur une longueur d'environ 12 lieues, il entre dans le canal des Dardanelles, qui fut l'Hellespont. Chemin faisant, il a laissé à sa gauche l'île de Ténédos et à sa droite la baie de Béchika, où descend par un ancien canal une partie des eaux de la plaine de Troie. Au-dessus du rivage très bas de cette baie, il a pu apercevoir une hauteur dessinant une sorte d'acropole et qui porte aujourd'hui le nom d'Hissarlik. À l'entrée de l'Hellespont, il voit sur sa droite un château turc du nom de Koum-Kalé, bâti, comme le nom l'indique, sur le sable, et il distingue l'embouchure d'une rivière dont les eaux sont celles du Scamandre et portent encore le nom amoindri de Mendéré-Sou. Au-delà se développe une sorte de lagune formée par les alluvions de cette rivière torrentielle et capricieuse.»
L'histoire des monuments grecs comprend trois périodes bien distinctes : d'abord la longue suite de siècles qui précède la domination turque ; puis la période de quatre cents ans pendant laquelle le joug musulman a pesé sur la Grèce ; enfin la période de l'indépendance, celle qui doit nous occuper surtout. La première époque peut être regardée, pour les chefs d'oeuvre de l'art grec qui se voient encore aujourd'hui, comme une époque heureuse. Devant la calme et simple majesté des marbres d'Athènes et de Corinthe vinrent s'incliner tour à tour les têtes les plus illustres et les plus fières. A l'époque où fut construit le Parthénon, les Grecs, habiles en matière de philosophie et plus encore dans l'interprétation de leurs dogmes religieux, avaient conçu de Dieu une grande idée ; les plus sages d'entre eux avaient analysé et approfondi la nature de la divinité ; la dégageant des liens de la matière, ils en avaient fait le type idéal du vrai, du bien, du beau. Cependant, comme en Grèce l'homme est tout entier dans tous ses ouvrages, cette raison pure qui, chez Descartes ou Leibnitz, conçoit si facilement l'idée sans figure et sans matière, ne se séparait pas volontiers de l'imagination et des sens : tout attribut, toute action de Dieu se revêtaient aussitôt d'une forme sensible ; pour être comprise des hommes et animer à leurs yeux la nature, il fallait que la divinité prît leur figure et qu'elle habitât parmi eux. De tous les temples de la Grèce, celui qui dans son ensemble et dans ses parties exprime le mieux ce caractère divin, c'est sans contredit le Parthénon.
Les origines des choses sont toujours difficiles à découvrir. Un grand poète indien a dit : « Les commencements des choses nous échappent ; leur fin nous échappe aussi ; nous ne saisissons que le milieu. » Mais quelquefois on peut approcher des origines et les entrevoir avec vraisemblance. C'est souvent une question de méthode. Pour traiter le problème des origines religieuses, nous avons deux méthodes : la méthode historique, qui, par des documents certains ou probables, remonte le cours des siècles en suivant de pays en pays la trace que l'objet a laissée ; et la méthode comparative, qui rapproche les religions terme à terme, les éclaire l'une par l'autre, et constitue la science comparée des religions.Ce livre traite de l'histoire du Bouddhisme et de son développement dans les pays occidentaux. Il aborde une triple question d'origines. Il s'agit de trois religions ou associations d'hommes ayant des doctrines identiques, un même but, et se rattachant à une source commune. Cette source, qui est orientale, était naguère contestée ; aujourd'hui, elle est pleinement mise en lumière par les recherches des savants, notamment des savants anglais, et par la publication de textes originaux. Au siècle dernier, on expliquait les analogies par une prétendue influence des nestoriens ; mais, depuis lors, on avait rétabli la chronologie orientale et appris que le Bouddha était de plusieurs siècles antérieur à Nestorius, et même à Jésus-Christ. Il fallut donc abandonner cette explication. Mais il ne suffit pas qu'une chose soit postérieure à une autre pour en procéder. Le problème demeura ouvert jusqu'au jour récent où l'on reconnut les voies que le bouddhisme avait suivies et les stations qu'il avait faites, pour atteindre enfin Jérusalem. Il en fut de même de la religion manichéenne. Enfin, nous voyons naître sous nos yeux une association nouvelle, qui s'est créée pour propager dans le monde les dogmes du Bouddha. C'est ce triple sujet que nous allons exposer.
L'homme ne vient pas au monde dans l'ignorance absolue de toutes choses ; mais comme il a, selon les paroles de Platon, contemplé les essences et vécu avec les dieux, le corps dont la naissance le revêt à l'improviste lui est un embarras et une sorte de prison ténébreuse avant de lui être un instrument et un lieu découvert d'où il pourra contempler toute la nature. Ce qui reste à l'homme de son état antérieur, ou, pour parler un langage plus moderne, ce qui empêche son intelligence naissante d'être une pure puissance et une faculté nue, indéterminée et très-voisine du néant, ce sont les notions innées, lesquelles se rapportent ou à sa propre nature ou à celle de Dieu ; ce que l'homme acquiert dans son nouvel état, c'est la connaissance des choses sensibles, de leurs propriétés et de leurs rapports, et, à leur occasion, une vue plus claire et plus distincte de ces mêmes vérités qu'il apporte en naissant obscures et enveloppées.Fruit d'une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.
Le siècle présent ne s'achèvera pas sans avoir vu s'établir dans son unité une science dont les éléments sont encore dispersés, science que les siècles précédents n'ont pas connue, qui n'était pas même définie, et que ; pour la première fois, nous avons nommée Science des Religions. Les travaux qui la préparent se multiplient depuis un demi-siècle dans une proportion croissante : l'Allemagne, l'Angleterre, la France, la Hollande, l'Italie apportent, chaque année, quelques pierres à l'édifice.Fruit d'une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.
QUELQUE agités que soient les mondes de souffrance, la totalité de leurs clameurs ne fait que renforcer le silence de l'infini, et, pour brillants que soient les soleils, la nuit est faite de toutes leurs splendeurs. Ainsi. malgré la sublimité du sujet, mes folles paroles et ma faible pensée, comme mon nom et mon souvenir, s'anéantiront dans l'éternité faite de tous les cycles. Mais vous, humains, dont j'aime à regarder les yeux même indifférents, à entendre de langage même acerbe, vous dont les énigmes sont faciles et les haines légères, dont je ris le rire et pleure les larmes, mes frères !Fruit d'une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.
La race des Aryas de l'Inde, de qui émane la littérature sanscrite, était tombée depuis plusieurs siècles dans un profond avilissement, suite naturelle de la servitude. L'administration de l'East India Company a beaucoup fait pour la relever à ses propres yeux et pour lui rendre son ancienne dignité ; le gouvernement de la Reine continue cette oeuvre de résurrection dans des conditions nouvelles et plus heureuses. Eclairés par des savants nombreux et d'une grande autorité, les administrateurs anglais ont compris le sens des dernières insurrections : ils savent aujourd'hui que les descendants des anciennes castes, surtout ceux des castes supérieures, attachés au brâhmanisme, ne nourrissent point contre les Européens une haine irréconciliable et peuvent même au jour donné devenir pour nous un point d'appui, quand ils se seront convaincus qu'ils sont de la même race que nous et qu'ils descendent des mêmes ancêtres.Fruit d'une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.