Denise Ammoun
Denise Ammoun
Soumis depuis l'Antiquité à de multiples dominations étrangères et en dernier lieu à celle des Turcs, le Liban voit s'éveiller un sentiment particulariste dès le xixe siècle. Ainsi une partie de la population, refusant la conquête de la Syrie et du Liban par l'Egypte de Méhemet Ali, se soulève-t-elle en 1840. Une période de troubles débouche sur les massacres de 1860 et provoque l'intervention des puissances européennes. La paix est rétablie, mais le Liban est réduit à sa Montagne. Au Levant, chez les chrétiens comme chez les musulmans, le nationalisme se développe à mesure que décline la puissance du sultan ottoman : l'action souterraine des sociétés secrètes se conjugue avec la lutte ouverte de groupes politiques ou intellectuels formés par des émigrés établis au Caire, à Paris ou en Amérique. Les nationalistes entendent en revenir aux « frontières historiques » du pays. En 1919, quand la Porte - qui fait partie des vaincus de la Première Guerre mondiale - se voit éliminer des pays arabes par la conférence de la paix, et quand Londres et Paris se partagent l'« influence » au Proche-Orient, un « Grand Liban » est créé et placé sous mandat français. Une nouvelle bataille commence alors, à l'intérieur même du pays, entre ceux qui soutiennent le nouveau régime et ceux qui veulent le rattachement à la Syrie. Le rejet du mandat et la revendication de l'indépendance apparaissent quelques années plus tard. La Seconde Guerre, la défaite française, le conflit entre Vichy et la France libre, enfin la rivalité de celle-ci avec la Grande-Bretagne accélèrent et favorisent la fusion des diverses composantes - politiques, religieuses, etc. - de la nation libanaise pour aboutir à la pleine souveraineté en 1943. Nourri des travaux historiques les plus solides et éclairé par les dizaines d'entretiens obtenus par l'auteur durant les années 1970 et 1980 de la plupart des grands acteurs de cette histoire, cet ouvrage constitue un récit précis et vivant, riche en détails inédits, de la marche du Liban vers l'indépendance. Journaliste, grand reporter, Denise Ammoun collabore à plusieurs périodiques libanais et français. Elle est en particulier correspondante au Caire de La Croix et du Point.
Devenu souverain en 1943 à la faveur de la guerre mondiale et des divisions franco-françaises, déjà doté d'une relative autonomie dans les dernières années du mandat, fort d'un pacte entre ses diverses confessions religieuses et surtout pourvu d'élites nombreuses et de qualité, le Liban indépendant a vu beaucoup de fées se pencher sur son berceau. Pourtant, l'environnement devait lui infliger de cruelles déconvenues : un voisin à l'est qui n'a jamais abandonné le rêve de « Grande Syrie », un Etat d'Israël en conflit avec tous ses voisins arabes, des Palestiniens dépossédés affluant en masse, des alliés - Français et Américains - au soutien parfois défaillant, une taille modeste et un poids démographique réduit, enfin l'inconséquence d'un certain nombre de chefs devaient être dans les années 1960 et 1970 autant d'obstacles à l'affirmation politique du pays. Longtemps la prospérité économique et la vigueur de la vie intellectuelle et artistique permirent de croire que le « miracle libanais » s'opérait en tous domaines. Mais quand les conséquences de la guerre des Six-Jours commencèrent à se faire sentir avec force, quand certains des grands leaders politiques (présidents de la République, présidents du Conseil, chefs de parti...) baissèrent la garde, la stabilité ne fut plus qu'un souvenir. Guerre civile, invasions étrangères, victimes par centaines de milliers, destructions, exode et fuite des capitaux compromirent jusqu'à l'existence du Liban. Entre 1975 (année des premiers affrontements sanglants) et 1989 (accords de Taëf), il fut à plusieurs reprises près de disparaître. Aujourd'hui, la paix est revenue, mais sa consolidation reste subordonnée à l'issue de l'interminable conflit du Proche-Orient. Autant dire que les incertitudes sont loin d'être toutes levées... Reposant sur une documentation pour une bonne part inédite (notamment sur une vaste enquête orale auprès de nombreux anciens dirigeants), cette histoire du Liban indépendant (1943-1990) constitue une véritable somme.
Depuis plus de soixante ans, l'actualité nous montre un Proche-Orient livré à la guerre et à la répression, et tout cela risque de durer longtemps encore. Et pourtant, il arrive que le désir de déposer les armes l'emporte, qu'un Sadate ou un Rabin prennent tous les risques (ils l'ont tous deux payé de leur vie) pour progresser sur l'interminable chemin de la paix. N'est-il pas vrai qu'Israël n'existait en 1948 pour aucun pays arabe ? Aujourd'hui, deux pays on signé un traité avec l'Etat hébreu et une partie des palestiniens n'ont plus pour seul objectif de rejeter les juifs à la mer... Ce livre est le récit averti et vivant des efforts déployés par certains leaders arabes qui, à travers une diplomatie secrète ou discrète, ont fait accepter par leur opinions publiques des avancées jusque-là hors de portée. Nourri d'une abondante documentation en toutes langues et des confidences faites à l'auteur par un grand nombre de protagonistes (principalement arabes), ce livre est riche de révélations et d'aperçus insoupçonnés. Rappelant qu'il faut être deux pour faire la paix, il montre qu'il existe depuis longtemps chez les Arabes aussi un courant favorable à la paix.Journaliste, grand reporteur, Denise Ammoun collabore à plusieurs périodiques libanais et français. Elle est en particulier correspondante au Caire de La Croix et du Point. Elle a publié chez Fayard une Histoire du Liban contemporain en deux volumes.