Danièle Sallenave
Danièle Sallenave
Six extraits de romans phares de la rentrée littéraire à découvrir en un seul ebook : une porte d’entrée idéale pour explorer les nouvelles voix françaises et étrangères. Parfait pour les amateurs de découvertes littéraires et de formats innovants !
Une femme, une nuit, une ville : Le voyage d'Amsterdam de Danièle Sallenave mêle souvenirs, rêves et désirs, transformant la chambre en un espace où l'amour et la mémoire s'entrelacent.
""Rue de la Justice", telle fut la dernière adresse d'une de mes arrière-grands-mères dans une petite ville des bords de Loire où elle travaillait sur un bateau-lavoir. Toute sa vie, elle conserva sur sa cheminée une gravure des obsèques nationales de Victor Hugo. Symbole de la confiance en la toute jeune république des "gens d'en bas", de leur soif de progrès, d'instruction et de justice. Tout le monde aujourd'hui se dit républicain mais la république a cessé d'être une promesse. Cette confiance pourrait-elle renaître ? Dans le récent mouvement des Gilets jaunes, il m'a semblé reconnaître le désir de reconnaissance et de dignité de ceux qui m'ont précédée. Faisant retour vers ces anonymes oubliés, émue par leur courage, attentive à leur leçon, j'ai cru pouvoir imaginer des réponses à l'insatisfaction générale et au besoin actuel de refondation." Dans ce vivant portrait d'une femme simple et déterminée, Danièle Sallenave fait entendre une conviction tenace : il y a de l'avenir dans ce passé-là.
""Rue de la Justice", telle fut la dernière adresse d'une de mes arrière-grands-mères dans une petite ville des bords de Loire où elle travaillait sur un bateau-lavoir. Toute sa vie, elle conserva sur sa cheminée une gravure des obsèques nationales de Victor Hugo. Symbole de la confiance en la toute jeune république des "gens d'en bas", de leur soif de progrès, d'instruction et de justice. Tout le monde aujourd'hui se dit républicain mais la république a cessé d'être une promesse. Cette confiance pourrait-elle renaître ? Dans le récent mouvement des Gilets jaunes, il m'a semblé reconnaître le désir de reconnaissance et de dignité de ceux qui m'ont précédée. Faisant retour vers ces anonymes oubliés, émue par leur courage, attentive à leur leçon, j'ai cru pouvoir imaginer des réponses à l'insatisfaction générale et au besoin actuel de refondation." Dans ce vivant portrait d'une femme simple et déterminée, Danièle Sallenave fait entendre une conviction tenace : il y a de l'avenir dans ce passé-là.
"Je suis une enfant des années d'après-guerre, élevée dans l'amour de la république, de ses principes, de ses symboles et de ses mythes au coeur de l'Ouest conservateur et clérical. Qu'ai-je fait de cet héritage, et qu'a-t-il fait de moi ? Je ne me donne pas en exemple, je raconte. Mon itinéraire, mon parcours dans une époque mouvementée. Fin de la guerre d'Algérie, mai 68, découverte du tiers-monde, chute du Mur, sursauts populistes d'une France en proie au mécontentement et au doute... Une rude mise à l'épreuve de l'idéal républicain. Des voyages, des rencontres, des engagements, des amitiés, des ruptures. Et pour finir une conviction têtue. La république n'est rien si elle oublie "la splendide promesse faite au tiers état", selon la formule de Mandelstam. Une promesse de justice, d'instruction et de progrès." D. S.
"Je suis une enfant des années d'après-guerre, élevée dans l'amour de la république, de ses principes, de ses symboles et de ses mythes au coeur de l'Ouest conservateur et clérical. Qu'ai-je fait de cet héritage, et qu'a-t-il fait de moi ? Je ne me donne pas en exemple, je raconte. Mon itinéraire, mon parcours dans une époque mouvementée. Fin de la guerre d'Algérie, mai 68, découverte du tiers-monde, chute du Mur, sursauts populistes d'une France en proie au mécontentement et au doute... Une rude mise à l'épreuve de l'idéal républicain. Des voyages, des rencontres, des engagements, des amitiés, des ruptures. Et pour finir une conviction têtue. La république n'est rien si elle oublie "la splendide promesse faite au tiers état", selon la formule de Mandelstam. Une promesse de justice, d'instruction et de progrès." D. S.
"Tout le monde aujourd'hui se dit républicain. Mais de quelle république s'agit-il? Pour saisir l'"idéal républicain" dans sa grandeur, mais aussi dans ses contradictions et ses aveuglements, je suis allée l'interroger sur les lieux mêmes où il m'avait été transmis par des parents instituteurs. L'ouest conservateur et clérical de l'Anjou, encore marqué par la guerre de Vendée. Comment construire aujourd'hui une république juste, sociale, post-coloniale? Je la vois placée sous le signe de l'églantine rouge, autrefois fleur du 1&ersup; Mai ouvrier, chassée par le muguet sous Vichy." Danièle Sallenave.
"Tout le monde aujourd'hui se dit républicain. Mais de quelle république s'agit-il? Pour saisir l'"idéal républicain" dans sa grandeur, mais aussi dans ses contradictions et ses aveuglements, je suis allée l'interroger sur les lieux mêmes où il m'avait été transmis par des parents instituteurs. L'ouest conservateur et clérical de l'Anjou, encore marqué par la guerre de Vendée. Comment construire aujourd'hui une république juste, sociale, post-coloniale? Je la vois placée sous le signe de l'églantine rouge, autrefois fleur du 1&ersup; Mai ouvrier, chassée par le muguet sous Vichy." Danièle Sallenave.
"Jamais je n'ai eu autant besoin de connaître l'opinion de mes concitoyennes et concitoyens. Jamais je n'ai eu autant besoin de partager avec eux mes interrogations. Sur les attentats, leurs causes, leurs motivations. Sur les caricatures de Mahomet, aussi, disons-le franchement." L'Innombrable, c'est celui qui ne profite pas de la fameuse liberté d'expression devenue la valeur majeure de la République. C'est celui à qui elle ne s'applique pas. Qui porte un invisible bâillon. Un des noms de ce bâillon est : légitimité. C'est très compliqué, cette question de l'accès à la parole, orale, écrite. De se sentir légitime, ou interdit. Qui la donne, la légitimité ? Et comment vit-on l'illégitimité ? La vraie inégalité est là. Entre ceux qui ont un accès à la parole et ceux qui ne l'ont pas.
Mille kilomètres de parcours et deux mille ans d'histoire : plus qu'un fleuve, la Loire, est une civilisation.
«Il y a ce que disent les Gilets jaunes. Il y a surtout ce qu'ils révèlent. Cette manière de parler d'eux, dans la presse, les médias, les milieux politiques, sur les réseaux sociaux ! Une distance, une condescendance, un mépris.» Danèle Sallenave Au miroir du mouvement des Gilets jaunes, l'élite politique, intellectuelle, culturelle a laissé voir son vrai visage. Début janvier 2019, le président promet d'éviter ces «petites phrases» qui risquent d'être mal interprétées, mais il rechute aussitôt. Les médias ne devraient pas, dit-il, donner sur leurs antennes «autant de place à Jojo le Gilet jaune qu'à un ministre». Ainsi se révèlent l'étendue et la profondeur de la fracture qui sépare les «élites» des «gens d'en bas». Fracture géographique, économique, politique et sociale. Et surtout fracture culturelle, entre les habitants des grandes villes, et tous les autres. La violence et les embardées de langage de quelques-uns ont jeté le discrédit sur les Gilets jaunes. Il ne faudrait pas qu'une élite, assurée de sa légitimité, en tire argument pour occulter la force d'un mouvement qui a fait entendre une exigence de justice et d'égalité, parfois confuse, mais toujours profondément démocratique. Retrouvant ainsi l'inspiration des grands sursauts populaires qui ont marqué notre histoire.
"Sibérie en russe c'est "Sibir", du nom d'un petit royaume mongol défait par les Russes après la victoire d'Ivan le Terrible en 1552 sur les tatars de Kazan. Symbole et départ d'une conquête et d'une colonisation de la Sibérie qui durera des siècles. Située en Asie par la géographie, la Sibérie appartient à l'Europe par l'histoire et par la civilisation. L'Europe ne s'arrête pas à l'Oural. Comment cela s'est imposé à moi, je le raconte jour après jour, tandis que sous mes yeux s'étire un paysage de forêts, de campagnes désertées, de grands fleuves, de villes géantes, de gares monumentales. Le printemps explose sur la trace enfouie des anciens goulags. Et le Transsibérien pousse l'Europe devant lui à travers dix mille kilomètres et neuf fuseaux horaires. "Sibir! Sibir!" chuchotent les roues." Danièle Sallenave.
"Sibérie en russe c'est "Sibir", du nom d'un petit royaume mongol défait par les Russes après la victoire d'Ivan le Terrible en 1552 sur les tatars de Kazan. Symbole et départ d'une conquête et d'une colonisation de la Sibérie qui durera des siècles. Située en Asie par la géographie, la Sibérie appartient à l'Europe par l'histoire et par la civilisation. L'Europe ne s'arrête pas à l'Oural. Comment cela s'est imposé à moi, je le raconte jour après jour, tandis que sous mes yeux s'étire un paysage de forêts, de campagnes désertées, de grands fleuves, de villes géantes, de gares monumentales. Le printemps explose sur la trace enfouie des anciens goulags. Et le Transsibérien pousse l'Europe devant lui à travers dix mille kilomètres et neuf fuseaux horaires. "Sibir! Sibir!" chuchotent les roues." Danièle Sallenave.
Je suis une enfant des années d'après-guerre, élevée dans l'amour de la république, de ses principes, de ses symboles et de ses mythes au coeur de l'Ouest conservateur et clérical. Qu'ai-je fait de cet héritage, et qu'a-t-il fait de moi ? Je ne me donne pas en exemple, je raconte. Mon itinéraire, mon parcours dans une époque mouvementée. Fin de la guerre d'Algérie, mai 68, découverte du tiers-monde, chute du Mur, sursauts populistes d'une France en proie au mécontentement et au doute... Une rude mise à l'épreuve de l'idéal républicain. Des voyages, des rencontres, des engagements, des amitiés, des ruptures. Et pour finir une conviction têtue. La république n'est rien si elle oublie "la splendide promesse faite au tiers état", selon la formule de Mandelstam. Une promesse de justice, d'instruction et de progrès. D. S.
« Ne surestimons pas le « goût » moderne et juvénile de la fête : ce n'est qu'une version appauvrie des grands débordements dionysiaques, et des déchaînements transgressifs célébrés par Georges Bataille. Et les événements récents nous ont montré son revers faux et dangereux. Que « le goût de la fête » était l'autre nom et le paravent de l'inconscience. La face aimable d'un monde d'égoïsmes sombrement crispés sur le « moi d'abord et que le reste périsse ». Danièle Sallenave
Fin novembre 1997, je me suis rendue dans quatre des sept villes des territoires occupés, devenues autonomes par application des accords d'Oslo. En sillonnant les routes de Jérusalem au Jourdain, et de Naplouse à Gaza, en écoutant des témoignages, plus tard en relisant l'histoire de ce pays, j'ai découvert une réalité que je m'étais employée à nier depuis toujours, et j'ai compris qu'il était temps d'en finir avec un aveuglement consenti. Petit à petit, je voyais s'effondrer, non sans douleur et sans déchirement, un système d'affirmations rassurantes, répétées, et souvent légitimes - l'audace du peuple juif, la nécessité de sa sécurité. Et, derrière elles, se profiler l'existence d'un peuple, le peuple palestinien, de sa terre - terre ancienne, habitée, nourrie de cultures, de religions, d'influences arabes, chrétiennes, juives. La cause palestinienne a été trop souvent le prétexte, ou l'alibi, d'un retour de la judéophobie. Mais l'indispensable mémoire de l'Holocauste aurait-elle jamais dû servir à masquer les épreuves subies, depuis des dizaines d'années, par le peuple palestinien, et à justifier la politique menée par Israël dans la partie occupée de la Palestine ?
Trente ans après L'Amour en plus, le naturalisme - qui remet à l'honneur le concept bien usé d'instinct maternel - revient en force. À force d'entendre répéter qu'une mère doit tout à son enfant, son lait, son temps et son énergie, il est inévitable que de plus en plus de femmes reculent devant l'obstacle. Si plus d'un quart des Allemandes restent sans enfant, c'est qu'elles trouvent à se réaliser ailleurs que dans la maternité telle qu'on la leur impose. Pour l'heure, les Françaises ont échappé à ce dilemme du tout ou rien. Tiendront-elles tête aux injonctions des "maternalistes" soutenus par les plus respectables institutions ? Jusqu'à quand sauront-elles imposer leurs désirs et leur volonté contre le discours rampant de la culpabilité ?