Daniel Leuwers
Daniel Leuwers
René Char, me dit-elle, est mort. La fin distanciée d'un parcours. Le poète est mort à l'hôpital du Val-de-Grâce. Il gît là-bas, tel un géant terrassé. Je me rappelle les années lointaines où, adolescents, nous sortions de son pied-à-terre parisien de la rue de Chanaleilles, si légers, si aériens. L'incroyable aura du poète, ses pouvoirs enthousiasmants, et l'éclair complice qui présida à sa rencontre. Aujourd'hui je ne sens plus que lourdeur, hébétude, amertume. Paris s'est couvert d'une chape d'horreur.
Mon errance m'a conduit pendant trois années en Australie et dans le Pacifique. Ravissement de la lumière. Et ensorcellement d'un monde vierge et étrangement néant qui semble aspirer l'angoisse et la métamorphoser en art originaire - l'art aborigène. Australia : rougeur d'une terre qui s'éprouve dans le sang qui l'a fécondée. Pays de contusions, qui invite à l'évasion vers les vastes espaces - lancinante répétition de la grande partance qui nous menace. Vie avide de vide.