Colin Lemoine
Colin Lemoine
Un jour, j'ai eu mal. Non pas comme d'habitude, comme dans l'ordinaire des jours, ici ou là. J'ai eu mal ici et là, par ici et par là, mal comme on ressent une décousure, insituable. Quelque chose en mon for intérieur s'est déflagré. J'ai alors eu mal pour toujours, à jamais, mal comme se fait la nuit, comme on reçoit l'extase ou la mort, mal comme on aime les jougs, les spasmes et l'ivresse, l'étau qui serre et le bât qui blesse, octobre, pleurer et sa mère, toutes les douleurs exquises. J'ai eu mal pour de bon, comme un chien, comme un chiot. Je me suis alité, surmené en espoirs trahis, perdu dans l'éclatant désastre du corps. J'ai alors erré dans le grand règlement intérieur. L'histoire de ce livre commence à compter de ce jour, ignoré.
Un jour, j'ai eu mal. Non pas comme d'habitude, comme dans l'ordinaire des jours, ici ou là. J'ai eu mal ici et là, par ici et par là, mal comme on ressent une décousure, insituable. Quelque chose en mon for intérieur s'est déflagré. J'ai alors eu mal pour toujours, à jamais, mal comme se fait la nuit, comme on reçoit l'extase ou la mort, mal comme on aime les jougs, les spasmes et l'ivresse, l'étau qui serre et le bât qui blesse, octobre, pleurer et sa mère, toutes les douleurs exquises. J'ai eu mal pour de bon, comme un chien, comme un chiot. Je me suis alité, surmené en espoirs trahis, perdu dans l'éclatant désastre du corps. J'ai alors erré dans le grand règlement intérieur. L'histoire de ce livre commence à compter de ce jour, ignoré.
Qu'est-ce que se souvenir? Qu'oublie-t-on avec le temps? Que perd-on en chemin? Si la clause du souvenir est la disparition, toute mémoire est endolorie. Écrit à hauteur d'enfant, ce roman est un roman de l'infime et de l'intime, un roman d'apprentissage sans initiation. S'y dessinent les portraits d'un père, d'une mère, d'une aimée, d'un ami mystérieux et, en creux, d'un fils qui assiste et qui observe. Sans relâche. S'y joue, en sourdine, une petite musique tragique, peuplée de silences et de soupirs. Ce livre n'est pas une consolation, mais une tentative de désillusion : 'Du reste, j'ai beau me retourner, je ne vois derrière moi que des paradis perdus. De splendides paradis perdus dont mon branle-bas intérieur m'a appris, par les larmes répétées, qu'ils sont des paradis parce qu'ils sont perdus.
Qu'est-ce que se souvenir? Qu'oublie-t-on avec le temps? Que perd-on en chemin? Si la clause du souvenir est la disparition, toute mémoire est endolorie. Écrit à hauteur d'enfant, ce roman est un roman de l'infime et de l'intime, un roman d'apprentissage sans initiation. S'y dessinent les portraits d'un père, d'une mère, d'une aimée, d'un ami mystérieux et, en creux, d'un fils qui assiste et qui observe. Sans relâche. S'y joue, en sourdine, une petite musique tragique, peuplée de silences et de soupirs. Ce livre n'est pas une consolation, mais une tentative de désillusion : 'Du reste, j'ai beau me retourner, je ne vois derrière moi que des paradis perdus. De splendides paradis perdus dont mon branle-bas intérieur m'a appris, par les larmes répétées, qu'ils sont des paradis parce qu'ils sont perdus.
Michel-Ange est un mythe. De 1475 à 1564, l'artiste fut observé comme nul ne l'avait jamais été avant lui. De Florence à Rome, de Bologne à Carrare, le Toscan fut courtisé et sollicité, jusqu'à ne plus s'appartenir lui-même. Lieu de convoitises princières et de désirs pontificaux, Michel-Ange a cristallisé les espoirs comme les hantises d'une société, parfois malgré lui, souvent en dépit de sa solitude. Sa vie est celle d'un homme capable d'exhumer le passé, de singer le réel, de sculpter la neige et de peindre en voltigeur. De tout abandonner et de ne rien lâcher. Une vie exténuante, volontiers divine, une vie de misères et de splendeurs que d'aucuns ont tenté de relater, souvent partiellement, toujours partialement. Ce livre se propose de revenir sur cette vie et les chefs-d'oeuvre qui la peuplent. De revenir sur les malentendus et les silences, sur les faits avérés comme sur les épisodes légendaires, puisque la fortune de Michel-Ange, cette idole païenne, doit aussi bien à la fable qu'à la réalité. On découvrira ainsi une oeuvre inscrite dans la cité, objet d'ambassades et d'assemblées, de guerres souterraines et de luttes intestines, de faits du prince et de choix du peuple. On lira ainsi un héraut de la chose publique, un partisan du bien commun, un saltimbanque irrésolu, un fils prodigue, un clown triste, un génie autoritaire, un amant éploré, un homme seul, si seul. Un homme qui acheva rarement ses oeuvres, laissant au temps et au regardeur le soin de les compléter. Un artiste éminemment politique.