Claude Leroy
Claude Leroy
« Il y a des dates qui comptent, d'autres qui tombent en poussière. » À la manière de 1900 qui selon Paul Morand fêtait les noces d'or du passé et de l'avenir, l'année 1925 s'est imposée à la mémoire collective comme une année mythique. Entre l'armistice de 1918 et la crise de 1929, les années vingt, profondément marquées par la Grande Guerre, présentent un singulier mélange de désarroi, de révolte et de frivolité. Soutenus par un développement sans précédent des transports et des médias, l'éloge de la vitesse et le « bel optimisme des machines » cher à Blaise Cendrars se diffusent comme des mots de passe. Sous le signe du jazz, la mythologie de ces « Années folles » se forge au Boeuf sur le toit autour de Jean Cocteau, tandis que Fantômas et Charlot, la garçonne de Victor Margueritte et Coco Chanel, la Lulu de Pabst et d'Alban Berg, la Nadja d'André Breton, tendent leurs miroirs aux incertitudes du temps. Au « nouvel mal du siècle » font réplique, ici, un renouveau de l'aventure et, là, un regain de la spiritualité. 1925 marque un apogée et un tournant. Deux manifestations dominent la saison à Paris : la Revue nègre au Théâtre des Champs-Élysées, avec Joséphine Baker et Sidney Bechet, et l'Exposition internationale des Arts Décoratifs et Industriels Modernes - les Arts décos - qui va définir le style de l'époque. Caractériser l'esprit de 1925 sur un plan international, dans les arts comme en littérature, faire apparaître le fragile équilibre de ses tendances et de ses tensions, interroger dans ses contradictions l'appel à un ordre nouveau, telles sont les ambitions du présent ouvrage.
« Pouvez-vous dire quelle a été la rencontre capitale de votre vie ? » À l'enquête qu'ils lançaient dans la revue Minotaure en 1933, la réponse allait de soi pour André Breton et Paul Éluard : c'était, de toute évidence, la rencontre de l'amour. Encore fallait-il pour être capitale qu'elle vînt combler en eux l'attente de l'événement unique et un désir de coïncidences bouleversantes. À cette passion de la rencontre se reconnaîtront toujours les vrais amoureux de l'amour. Un simple échange de regards suffit à déclencher la foudre et à révéler aux inconnus qu'ils étaient destinés l'un à l'autre. Quand l'amour de la rencontre et la rencontre de l'amour entrent en fusion, tout fait preuve et, dans le vertige qui emporte les signes, le lieu dévoile enfin son génie érotique. Pour l'éducation des amants, Madeleine de Scudéry avait dessiné la carte de Tendre qui offrait ses parcours allégoriques à l'amoureuse initiation. La leçon sera entendue par une lignée de voyageurs pour qui le paysage est le creuset d'une alchimie du désir. Lorsque Watteau embarque ses pèlerins pour Cythère, lorsque Stendhal vole aux rameaux de Salzbourg les secrets de la cristallisation, lorsque Baudelaire adresse à la femme aimée son invitation au voyage, lorsque Breton découvre que dans Paris se love un corps de femme, ils se font eux aussi les géographes de Tendre. Tout en se plaçant sous la tutelle de Vénus, c'est à son fils bien-aimé qu'ils rendent hommage : ils illustrent les pouvoirs d'Éros géographe.
À une passante de Baudelaire a inspiré l’un des mythes les plus énigmatiques de la modernité. Claude Leroy en retrace la genèse et les métamorphoses, de la rencontre fugitive à l’écriture comme rituel de l’absence.
Les auteurs collaborent ici à la découverte de nouveaux champs d'interprétation de l'oeuvre de Baudelaire, ainsi qu'à l'évaluation de ses résonnances contemporaines, croisant leurs voix avec les artistes et écrivains pour dire l'actualité du premier poète moderne. «Copyright Electre»