Christoph Hein
Christoph Hein
Paula veut être peintre, elle ne veut que cela. Elle est née en Allemagne de l'Est à une période où il ne fait pas bon pour une femme de rêver à autre chose que d'être une bonne mère de famille. La petite fille terrorisée par son père va trouver la force de s'opposer à lui et ensuite à son mari, qui n'hésitera pas à échanger ses pilules contraceptives contre un placebo pour la remettre dans le droit chemin. Elle va lutter d'abord pour exister puis pour faire des études aux Beaux-Arts, au prix de sa renonciation à son enfant.Paula va se construire contre les hommes, se cuirasser contre ses sentiments, et, implacable, utiliser les hommes pour pouvoir peindre comme elle le veut dans ce pays où il ne fait pas bon peindre en dehors du réalisme socialiste. Elle ne cherchera et ne trouvera la tendresse qu'auprès de ses amies et de son fils.Christoph Hein construit un personnage magnifique qui est un archétype de la difficulté à être un créateur à certaines époques et aussi une belle représentation du degré de contrôle et d'égoïsme nécessaire à qui sent et sait qu'il doit construire une oeuvre, qu'il y arrive ou pas. À travers ce personnage de femme entourée de rôles secondaires extraordinaires, il nous parle du talent et de la création.Un grand roman dérangeant.
Pendant le vol qui l'amène de Berlin Est à Genève, un professeur reconnu et aimé combat sa peur de l'avion en se souvenant de sa vie. Le jeune Ringeling a été soumis à l'éducation castratrice d'un père pratiquant une morale catholique répressive. Les châtiments corporels s'enchaînaient, d'autant plus que le père a découvert l'orientation sexuelle de son fils qu'il qualifie de sodomite, « un péché mortel ». Dressé à la résignation, Ringeling vit une existence de déchirement et de refoulement, solidement cachée derrière une façade lisse d'étudiant modèle d'abord, puis d'universitaire talentueux, admiré de tous et vénéré par ses étudiants. Mais il est guetté par un triple ennemi : son père d'abord, la RDA ensuite, qui voit et sait tout, et saura exploiter sa « petite particularité », et la société tout entière. Son angoisse tient surtout aux exigences qu'il subira à son retour.
-53%
En exergue l'auteur a écrit : "Ce roman rapporte des événements réels. Les personnages ne sont pas inventés." Konstantin Boggosch n'a jamais connu son père, Gerhard Müller, nazi notoire et criminel de guerre. Toute sa vie, il n'a de cesse de fuir ce lourd héritage : il change de nom, quitte son pays, tente de s'enrôler dans la Légion étrangère à Marseille, devient secrétaire pour un groupe d'ex-résistants cultivés, revient en rda après la construction du mur quand tout le monde veut la quitter, s'inscrit aux cours du soir tout en travaillant chez un libraire et finit directeur de lycée dans une petite ville. Son frère Gunthard, lui, fait tout le contraire ; fier de son héritage, il s'estime trahi par son pays et en tire un ressentiment profond ; il essaye de récupérer l'usine de son père et de retrouver son statut - quitte à devenir un beau salaud. Malgré leurs efforts, ni l'un ni l'autre ne parviendront à échapper à l'histoire, condamnés qu'ils sont à être à jamais les "fils de" dont le destin est écrit par d'autres avant même leur naissance. Le père de Christoph Hein était pasteur, un grave crime idéologique dans la rda des années 50, ce qui l'a empêché de faire des études et l'a obligé à vivre sa propre existence dans les failles du système. Sous les apparences d'un formidable roman d'apprentissage et d'aventure, mené par un jeune homme énergique et sympathique, Christoph Hein nous fait traverser comme en passant soixante ans d'histoire allemande et offre une brillante réflexion sur la mémoire historique. « Un de ces romans d'aventures qu'on ne peut plus lâcher. » - Der Tagesspiegel « Un grand roman, intelligent et prenant, sur l'Allemagne de l'Est depuis la guerre jusqu'à aujourd'hui. » - Frankfurter Allgemeine Zeitung
Rüdiger Stolzenburg a presque la soixantaine. Chargé de cours à l'université de Leipzig, il n'a aucune chance de voir sa carrière universitaire progresser - son champ de recherches, le librettiste et topographe Weiskern, n'intéresse personne, et de toute façon c'est le département tout entier qui est menacé. Sa vie privée n'est guère plus enthousiasmante, bien qu'il collectionne les femmes, jeunes, voire même très jeunes, et piétine allègrement l'amour de la seule femme qui tienne vraiment à lui. De plus le fisc vient de lui notifier un redressement d'impôts qu'il ne peut absolument pas payer. Rüdiger croit voir sa chance tourner quand une proposition lui parvient via Internet : un collectionneur cherche un acquéreur pour des manuscrits inédits et inconnus de Weiskern. Pris d'une passion furieuse pour ces textes, il remue ciel et terre pour trouver l'argent, et envisage même de se laisser acheter en échange d'un diplôme. Christoph Hein analyse à sa manière sobre et incisive la façon dont la chute du Mur et la réunification ont profondément modifié le cours de la vie des Allemands de l'Est. Son héros, naïf, mal à l'aise avec les règles d'une société dans laquelle chacun est en concurrence avec tous pour conquérir sa place au soleil, est l'éternel perdant de ce nouvel ordre du monde.