Catherine Benhamou
Catherine Benhamou
Un bébé crie dans le RER. Un jeune homme aide sa mère à descendre sur le quai avec la poussette. Tout s'est passé en cinq secondes, les portes du wagon se sont refermées et la mère s'est fondue dans la cohorte des voyageurs, regardant à travers la vitre son enfant et l'inconnu désemparé. Catherine Benhamou signe un texte poétique percutant, librement inspiré d'un fait divers, sur le désarroi d'une mère au bord du précipice. « - Vous l'avez voulu cet enfant, on aimerait comprendre ? Et toi aussi tu voudras comprendre vu que l'enfant en question c'est toi, mais à toi aussi elle ne fera que répéter j'y arrivais pas voilà c'est tout voilà j'y arrivais pas » C. B.
Un bébé crie dans le RER. Un jeune homme aide sa mère à descendre sur le quai avec la poussette. Tout s'est passé en cinq secondes, les portes du wagon se sont refermées et la mère s'est fondue dans la cohorte des voyageurs, regardant à travers la vitre son enfant et l'inconnu désemparé. Catherine Benhamou signe un texte poétique percutant, librement inspiré d'un fait divers, sur le désarroi d'une mère au bord du précipice. « - Vous l'avez voulu cet enfant, on aimerait comprendre ? Et toi aussi tu voudras comprendre vu que l'enfant en question c'est toi, mais à toi aussi elle ne fera que répéter j'y arrivais pas voilà c'est tout voilà j'y arrivais pas » C. B.
« Je suis dix - ma force est décuplée - alors je retiens tout et j'observe par l'entrebâillement - c'est à ce moment-là que les mots arrivent - il faut juste leur obéir - c'est comme un torrent qui recouvre tout - les mêmes mots qui ont allumé le feu se transforment en torrent pour le contenir - vous voyez je le savais je ne dois pas en parler - ça vous inquiète » C. B. Librement inspirée par la vie d'Emily Dickinson (1830-1886), aujourd'hui considérée comme l'une des plus grandes poétesses anglo-saxonnes, La mélodie sans les paroles retrace le parcours d'une créatrice au XIXe siècle, en Amérique, alors que les femmes n'avaient pas encore le droit de vote et appartenaient corps et âme à leur mari. Consciente de son génie, elle va s'enfoncer dans la claustration et le silence. Autrice d'environ 1 800 poèmes et plus de 1 000 lettres, Emily Dickinson n'a pas été publiée de son vivant. Pourtant, son premier recueil connut immédiatement un succès phénoménal.
En 2021, Catherine Benhamou découvre dans le journal 20 Minutes un appel à témoins : une femme est recherchée pour avoir confié son bébé à un inconnu sur le quai d'un RER. De ce fait divers naît un texte bouleversant, 5 secondes, adapté au théâtre avec succès. Pourtant, quelques années plus tard, l'autrice s'interroge sur l'empreinte persistante que cette histoire a laissée en elle - interrogation qui constitue le coeur de Déclaration de perte. Après s'être rendue au commissariat, la mère du bébé est interrogée et tente de mettre des mots sur son acte. Ce moment devient aussi, pour l'autrice, une occasion de revisiter sa propre histoire familiale et de constater que, malgré des contextes différents, certaines trajectoires finissent par se croiser et s'entrelacer.« C'est pour une déclaration de perte. La jeune femme s'entend prononcer cette phrase et ça lui paraît être la meilleure phrase possible, même si elle sait bien qu'il va falloir répondre à la question qui vient tout de suite après : Perte de quoi ? » C. B.
Ana, qui ne sait ni lire ni écrire, vit près de Paris depuis presque vingt ans sans avoir jamais vu la Tour Eiffel. Lors d'un cours d'écriture, elle découvre que la langue l'entraîne dans un voyage intérieur. Elle revisite alors son parcours chaotique, marqué par son mariage forcé à 15 ans et son arrivée en France. Au fil des séances, les mots se font messagers d'idées et de révoltes nombreuses comme les cailloux dans ses poches. Ana s'engage sur le chemin de la liberté à travers son propre langage. Cette histoire est traversée de voix, celle de la professeure, du mari, de la mère, du grand-père, mais surtout celle de la jeune fille intelligente. « J'avais mes 23 cailloux prêts dans ma poche pour le jour où ça arriverait. Je savais bien que ça viendrait sans prévenir. C'est comme ça la rage. Quelques jours avant, j'avais demandé à la professeure : Combien il y a de stations de métro pour aller à la Tour Eiffel ? Elle a regardé sur son plan et elle a dit : Il y en a 23. Elle a vérifié : 23 pas une de plus. J'ai ramassé 23 cailloux dans les allées du square. » C.B.