Byung-Chul Han
Byung-Chul Han
Byung-Chul Han nous plonge dans le monde à la fois clairvoyant, inspirant et salvateur de l'un des plus lumineux esprits du xxe siècle, Simone Weil. Le penseur sud-coréen envisage la philosophe française comme une boussole éthique et spirituelle pour notre époque. "Je ressens une profonde amitié, mieux, une amitié d'âme pour Simone Weil, écrit Byung-Chul Han. Je peux ainsi faire usage de ses pensées pour montrer que, par-delà l'immanence de la production et de la consommation, par-delà l'immanence de l'information et de la communication, il existe une autre réalité, plus élevée, mieux, une transcendance capable de nous guider hors d'une vie totalement vidée de son sens, hors de la simple survie, hors du douloureux manque d'être." Et c'est ce qu'il nous transmet dans ce petit livre impressionnant.
Du désespoir le plus profond naît aussi l'espoir le plus intime. L'espoir nous propulse vers l'inconnu, nous met sur la voie de la nouveauté, de ce qui n'a jamais existé. Guerres, migrations massives, attentats, catastrophes climatiques, crises et pandémies : des scénarios apocalyptiques très divers nous confrontent à une menace imminente d'effondrement et d'extinction. Et tandis que nous passons de catastrophe en catastrophe, notre vraie vie s'étouffe et se réduit à une simple survie. Cependant, l'espoir nous ouvre des temps futurs et des espaces inédits, dans lesquels nous entrons en rêvant. C'est toute une manière d'exister, qui ne résulte pas de faits donnés, mais qui rend possibles de nouveaux événements précisément lorsqu'ils semblent les plus impossibles.
Dans cet essai, Byung-Chul Han esquisse sans nostalgie ni pessimisme une généalogie de la disparition des rituels sociaux. Une disparition qui va de pair avec l'érosion de la communauté. Il lui associe diverses pathologies du temps présent et réactive, réanime la force des rituels : ce sont eux qui aident l'homme à s'orienter dans le monde et rendent celui-ci habitable, et ce sont eux qui s'opposent à la communication sans communauté.
Parmi les besoins essentiels de l'homme, il y a celui de se raconter des histoires. Le récit permet de donner du sens à notre existence et est créateur de lien social. La saturation actuelle de mots et d'informations a tendance à corrompre la nature du récit en le transformant en un objet mercantile. C'est ce que dénonce l'auteur dans ce court texte stimulant et incisif.
Et si notre épuisement venait de nous-mêmes ? Byung-Chul Han dissèque avec brio notre époque obsédée par la performance, où l’individu s’auto-exploite sans même s’en rendre compte.
À notre époque, d'où la passivité semble proscrite, Byung-Chul Han n'oppose pas une rêverie nostalgique sur un quelconque "monde d'hier", mais une analyse vigoureuse et précise de notre rapport au temps et à l'activité.
Le tsunami d'informations déclenché par la numérisation menace de nous submerger dans une mer de communication frénétique qui perturbe de nombreuses sphères de la vie sociale, y compris la politique. Les campagnes électorales sont maintenant menées comme des guerres d'information, et la démocratie dégénère en infocratie. Dans son nouveau livre, Byung-Chul Han soutient que l'infocratie est la règle dans le capitalisme d'information contemporain. Alors que le capitalisme industriel a fonctionné avec la contrainte et la répression, ce nouveau régime d'information exploite la liberté au lieu de la réprimer. La surveillance et la punition font place à la motivation et à l'optimisation : nous imaginons que nous sommes libres, mais nos vies entières sont enregistrées afin que notre comportement puisse être contrôlé psychopolitiquement. Sous le régime néolibéral de l'information, les mécanismes du pouvoir fonctionnent non pas parce que les gens sont conscients de la surveillance constante, mais parce qu'ils se pensent libres.
Byung-Chul Han développe une réflexion personnelle et singulière sur la relation qu'il entretient avec la nature - il jardine et s'adonne à la botanique chez lui, près de Berlin - et une pensée critique sur la relation que l'homme entretient avec la terre au XXIe siècle. Ouvrage illustré noir et blanc (planches de botanique).
C'est à la disparition du monde des "choses" ou des "objets" que Byung-Chul Han consacre ce nouveau livre. Les choses stabilisent la vie humaine, lui confèrent une continuité. Pôles de repos du monde, les choses sont aujourd'hui totalement recouvertes par les informations. Mais il n'est pas possible de séjourner auprès des informations... Quel rapport entretenons-nous désormais avec les choses ? Que deviennent-elles lorsque, pénétrées par les informations, elles deviennent elles-mêmes des informations et s'immatérialisent ? Han poursuit sa critique de la rationalité technique et numérique en s'interrogeant sur la signification des objets et leur effet dans notre existence. Sans doute le plus nostalgique, le plus touchant et le plus polémique des livres de Han parus en langue française.
À l'ère de l'hyper-communication, de l'information continue et de la consommation de masse, la figure de l'Autre a disparu. L'Autre (l'ami, la personne désirée ou détestée) se fond désormais dans le flux de notre désir narcissique d'abolir toutes frontières et de s'approprier le monde. Gouvernées par cette « terreur du même », nos vies ont renoncé à la quête de la connaissance, à l'introspection, à l'expérience tout court pour devenir les chambres d'écho des réseaux sociaux où les rencontres sont illusoires. Ce qui peut conduire les individus désorientés et en quête de sens à des gestes extrêmes envers eux-mêmes et envers les autres. Aujourd'hui, ce n'est pas la répression qui nous menace mais notre propre dépression intérieure. Restaurer une société de l'écoute et de reconnaissance de l'Autre est la seule voie de salut pour combattre l'isolement et la souffrance qu'a engendrés un processus d'assimilation aveugle. Publication originale : Matthes & Seitz, 2018. Traduit de l'allemand par Olivier Mannoni.
La transparence, leitmotiv de nos sociétés, est-elle si souhaitable ? Elle n'est pas seulement affaire de liberté de l'information ou de responsabilité des gouvernants devant le peuple, mais elle structure, tel un régime totalitaire, tous les aspects de notre vie allant du collectif à l'individuel, du politique à l'intime.Car nous vivons aujourd'hui dans « la société de transparence ». Une société d'abord positive, où le négatif est démantelé. Une société où les choses sont lissées, intégrées sans résistance dans les flux de la communication et dépouillées de leurs singularités. Comme sur un marché, tout doit être exposé, réduit à son prix et privé de récit. Les corps eux-mêmes sont dénués de sens ; les visages perdent toute scénographie ; le temps est atomisé et dépossédé d'orientation. Nous voilà dans un « enfer de l'identique » où les informations se succèdent pour combler le vide permanent dont nous sommes prisonniers, et où il ne nous reste comme choix que de liker pour approuver. Ne tolérant aucune faille, la société de transparence nous pose donc un choix : être visible ou être suspect. L'homme peut-il encore s'échapper de cette société de contrôle mutuel ?
Ce que nous nommons la croissance aujourd'hui est en fait une excroissance, une prolifération qui détruit l'organisme social. D'une vitalité inexplicable et mortelle, ces excès métastasent et prolifèrent à l'infini. Arrivée à un certain stade, la production devient destructrice. Le capitalisme a depuis longtemps dépassé ce point critique. Ses pouvoirs destructeurs produisent non seulement des catastrophes écologiques ou sociales, mais aussi des catastrophes mentales. Les effets dévastateurs du capitalisme suggèrent l'influence d'une pulsion de mort. Sigmund Freud n'a initialement introduit le concept de pulsion de mort qu'après bien des hésitations. Il avoua immédiatement après qu'il « ne pouvait pas penser autrement » car ce concept avait acquis un grand pouvoir sur lui. Penser le capitalisme aujourd'hui ne peut se faire sans l'acceptation de cette pulsion. Traduction de l'allemand par Olivier Mannoni
Le divertissement règne aujourd'hui en maître. Après avoir prospéré à travers les jeux vidéo et les shows télévisuels, il est devenu un puissant moyen de communication et concerne désormais toutes les sphères de notre vie quotidienne. Comment interpréter ce phénomène ? Et d'où vient que la philosophie occidentale ait développé une véritable aversion pour le divertissement ? Dans ce court essai ambitieux et novateur, Byung-chul Han s'attache à revisiter différentes formes de divertissement, souvent associées dans la tradition occidentale à l'immaturité, l'oppression ou l'aliénation. En compagnie de Kant, Hegel, Nietzsche, Bach, Kafka et quelques autres, il invite le lecteur à une promenade intellectuelle au terme de laquelle passion et divertissement se trouvent réhabilitées. Publication originale, Matthes und Seitz, 2018. Traduit de l'allemand par Olivier Mannoni.
Byung-Chul Han est un philosophe célèbre en Allemagne, et son travail commence à être connu en France. Il pratique une philosophie en prise directe sur le réel immédiat. Il se penche ici, en une réflexion aussi éclairante que rigoureuse, sur notre mode de vie actuel, imprégné peut-être plus encore que nous ne l'imaginons de numérique, de virtuel et d'une "communication dépourvue de regards". Un livre majeur pour "penser" nos vies enivrées des potentialités du numérique sans que l'on mesure les risques qu'elles soulèvent.
Saturés de connexions, sommés d'être libres, comptables de l'amour et entrepreneurs de nous-mêmes, nous sommes épuisés par la société de la performance. Ayant perdu la faculté de désirer, le sujet contemporain, tel un personnage du best-seller 50 nuances de Grey, ne voit plus dans le monde que son propre reflet. C'est l'"enfer de l'identique", cette aporie née d'une jouissance pauvre qui rapporte tout à soi, au moindre coût. Dès lors, comment résister à cette mort programmée du désir ?
Saturés de connexions, sommés d'être libres, comptables de l'amour et entrepreneurs de nous-mêmes, nous sommes épuisés par la société de la performance. Ayant perdu la faculté de désirer, le sujet contemporain, tel un personnage du best-seller 50 nuances de Grey, ne voit plus dans le monde que son propre reflet. C'est l'"enfer de l'identique", cette aporie née d'une jouissance pauvre qui rapporte tout à soi, au moindre coût. Dès lors, comment résister à cette mort programmée du désir ?
Jeff Koons, l'iPhone, l'épilation brésilienne : pourquoi sommes-nous obsédés à ce point par ce qui est lisse ? La beauté aujourd'hui est paradoxale : d'un côté elle s'étend de manière exponentielle - le culte de la beauté est partout ; de l'autre elle perd toute transcendance et se soumet à l'immanence du consumérisme - elle est l'aspect esthétique du capital. Sauver le Beau, c'est aussi sauver l'altérité radicale nous dit Han dont le regard qui combine philosophie, esthétique et politique est une expression de la modernité.
Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.