Bernard Cattanéo
Bernard Cattanéo
En avril 1904, la France et l'Angleterre scellaient une alliance qui a marqué l'histoire : l'"Entente cordiale". En 1914 et en 1940, on en vit les heureuses conséquences avec le soutien immédiat de Londres aux Français engagés dans la Première Guerre mondiale puis à la France Libre du général de Gaulle. Pourtant, à l'époque, l'idée d'un rapprochement entre les deux soeurs ennemies était décriée. Pendant des siècles, les Français détestèrent et jalousèrent en même temps leurs voisins d'Outre-Manche, tout en suivant la mode venue d'Angleterre. À l'heure du Brexit, une plongée dans le passé tourmenté des relations ambivalentes et complexes franco-anglaises est utile pour mieux comprendre leur enjeu.
« Mauriac, on ne peut pas ne pas l'aimer », disait en 1933 le romancier Georges Duhamel à propos de l'écrivain bordelais qui venait d'entrer à l'Académie. À 48 ans, le « poète des ruines de la chair et de l'angoisse du péché » voyait sa célébrité reconnue. Elle le mènera jusqu'au Prix Nobel, vingt ans plus tard. Né à Bordeaux en 1885, le « naïf, gai, pétulant, sournois, adorable Mauriac » avait grandi dans la foi et l'attachement à la terre. La plume à la main, dans ses romans, ses articles, ses essais ou sa correspondance, à travers des pages cruelles ou tendres, il fit fructifier cet héritage. La foi dans le Christ vivant, supplicié et rédempteur, fut sa respiration ; l'âpre terre de Guyenne, avec ses vignes et ses pins, son inspiratrice. Lucide au-delà du raisonnable, il comprit que les passions, charnelles ou spirituelles, étaient le souffle même de la vie. On pouvait les subir, mais il fallait les purifier. L'Amour universel qui l'irradiait et dont il chercha indéfiniment la source, dans le souvenir de sa longue enfance girondine, les palpitations de son propre coeur ou les méditations solitaires, ne l'empêcha nullement de jouir au plus haut point des hommages éclatants qu'il recevait. Il lui permit simplement, jusqu'à sa mort en 1970, de donner leur sens à une existence et à une oeuvre qui demeureront parmi les plus exceptionnelles du XXe siècle.
Issu d'une famille française de Lorraine, Claude se sent depuis toujours à la fois profondément Allemand et Français. Et, alors que les nazis sont arrivés au pouvoir, il n'a qu'une seule envie : voir une véritable réconciliation entre ses deux pays de coeur. Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate, Claude doit choisir son camp. Le jeune homme s'engage aux côtés de Laval et gravit peu à peu les échelons dans le régime de Vichy. Mais plus la guerre avance, plus les illusions de Claude sont battues en brèche par le régime nazi, cet occupant cynique et cruel. Et le jour où il découvre que sa femme est engagée dans la Résistance, son coeur déjà déchiré se morcelle un peu plus. De désillusions en choix difficiles, Claude va devoir faire des sacrifices s'il veut un jour pouvoir vivre dans un monde en paix.
Dans l'Allemagne des années 1930, la jeune Eva fuit sa triste province et s'installe à Berlin où elle rêve de devenir chanteuse. Grâce à sa tante, qui voit en elle toute la fougue perdue de sa propre jeunesse, Eva rencontre une pléiade d'artistes plus ou moins fréquentables. Commence alors une vie tourbillonnante où Eva s'étourdit dans des fêtes et tombe amoureuse de Fritz, un génie de la peinture, artiste maudit aussi talentueux que sombre. Mais alors qu'Hitler renforce son emprise sur l'Allemagne, l'insouciance cède peu à peu la place à la peur. Tandis que Fritz choisit de mettre son art au service des nazis, Eva est approchée par la Résistance. Dans ce monde qui sombre dans le chaos, écartelée entre son amour, ses convictions et ses rêves de grandeur, la jeune femme va devoir faire des choix difficiles. Au péril de sa vie.