Assima Feriel
Assima Feriel
Témoignage sans complaisance sur la vie quotidienne dans une Algérie dévastée au plus profond d'elle-même, le livre de Fériel Assima n'est pas un pamphlet politique, c'est une fresque de l'horreur. Les personnages s'y débattent dans une violence sourde, un univers dynamité où le rapport ambigu avec l'Occident - notamment la France - tient le coeur du récit. Il s'agit bien, ici, de littérature : ce qui rend le livre bouleversant, c'est la force avec laquelle il évoque ce que le journalisme est impuissant à rendre, l'atmosphère crépusculaire de l'Algérie d'aujourd'hui, la dévastation des âmes et l'acuité inouïe de la violence quotidienne.
Dans une Algérie qui tente, vaille que vaille, de vivre malgré la terreur et l'effroi, la misère, l'injustice, les viols et les assassinats, Rhoulem, l'éphèbe né sans sexe déterminé, se retrouve « danseuse de cabaret », à Alger, et esclave du « commandant », un potentat médiocre et prétentieux. Si le désir des hommes cherche son exécutoire dans le mépris des femmes, la ferveur dévoyée et le crime, Rhoulem, lui, trouvera refuge dans la tendresse d'une vieille couturière, et la sollicitude de la narratrice. Homme sans sexe et sans lieu, il est la proie de toutes les frustrations, de tous les désirs inavouables. Homme et femme en un seul corps, il incarne une autre forme d'équilibre que l'intolérance veut détruire. Le bal de la chair dont il est le centre dégénérera dans le ridicule et l'épouvante. Il mourra assassiné. Peut-être n'est-il pas possible de sortir de la fatalité qui dicte leurs gestes aux femmes et aux hommes de ce livre.