Arlette Camion
Arlette Camion
Sans doute inspirée par l'étrangeté de son nom, l'auteure a passé une grande partie de sa vie en voyage. Les textes qu'elle propose ici sont des fragments de ce qu'elle en a rapporté : moins des connaissances ou des certitudes que des souvenirs. Souvenirs de lieux dont elle tente de saisir encore la saveur, de quelques rencontres singulières ou drôles, de traces de l'histoire, de grandes traversées ou de chambres d'hôtel, de déserts et de villes. La variété du monde s'est donnée dans ces endroits différents, parfois étranges ou cocasses, parfois emprunts de nostalgie ou de souffrance, et ces espaces qui se sont déposés dans sa mémoire ont fini par y dessiner une sorte de géographie sensible.
Elles ne furent ni héroïnes, ni puissantes mais elles savaient toutes ce qu'elles voulaient : ne pas se conformer à ce qu'on attendait d'elle ! Arlette Camion brosse le portrait de dix femmes très différentes mais unies dans une résistance discrète et tenace. À travers plus d'un millénaire, de 500 à 1600, d'Amalasonthe, fille de Théodoric le Grand, à Sofonisba Anguissola, première femme peintre célèbre, les stratégies diffèrent, mais le projet est le même. Si elles n'ont pas pu imposer définitivement le règne de la douceur et de la paix, elles ont réussi à ne pas obéir à l'ordre établi, celui de la violence et de la bêtise. Adoptant le parti de l'humour, voici une traversée moqueuse de onze siècles d'histoire européenne, aussi éclairante que divertissante.
De la même façon qu'il existe une physique amusante, l'autrice voudrait pratiquer ici une sociologie amusante, sans prétention scientifique. Faisant le constat que la vie quotidienne a davantage changé depuis sa naissance que durant tout le siècle précédent, elle évoque des objets comme la balance romaine, le filet à crevettes, la couchette de seconde classe, les ventouses ou la gamelle de l'ouvrier, qui nous émeuvent comme les témoins oubliés du monde d'hier. Plutôt que de déplorer la disparition d'une réalité qui fut celle de son enfance, elle s'étonne, s'interroge et prend le parti de l'humour. L'ouvrage distraira agréablement les lecteurs. S'il soulève quelques questions, il n'a pour but que de provoquer un sourire tendre et désabusé. L'auteure souhaite qu'il procure un plaisir identique à celui que l'on prend à feuilleter les merveilleux anciens catalogues de Manufrance.