Ariel Colonomos
Ariel Colonomos
« Et si les livres de sciences humaines avaient leur esthétique propre ? Et si les idées des savants étaient tout simplement belles ? » Établissant un pont entre art et savoir, performance artistique et performance intellectuelle, Ariel Colonomos trace les contours d'une esthétique de la connaissance qui renouvelle les critères distinctifs du beau. Il balaie ainsi deux idées fausses : l'esthétique relèverait de préoccupations futiles et la beauté compromettrait la qualité du savoir. Chaque auteur et chaque discipline ont une voix, une plume, et la beauté de la forme repose notamment sur la force d'une intrigue, la capacité d'un texte ou d'un discours à surprendre son public. Si la beauté est clarté, elle a aussi une part de mystère. Sur cette ligne de crête, les théories des sciences humaines font autant réfléchir que rêver. Dans la mesure où elle permet aux idées de se diffuser et d'être reconnues, l'esthétique du savoir prend une valeur communicationnelle et une portée universelle. Pour le démontrer, Ariel Colonomos entreprend un voyage ludique, mais toujours savant, à travers différents univers et disciplines - sciences, histoire, phénoménologie, anthropologie, sociologie, philosophie, éthique... -, de l'Antiquité à nos jours. Ariel Colonomos est directeur de recherche au CNRS et membre de la faculté permanente de Sciences Po à Paris. Il est notamment l'auteur, chez Albin Michel, de La Politique des oracles. Raconter le futur aujourd'hui (2014).
Quel est le prix d'une vie ? Bien loin de n'être qu'une métaphore, cette expression renvoie à des questions qui sont au coeur de notre conception du politique. Le prix d'une vie correspond à son équivalent matériel, qu'il soit monétaire ou constitué par d'autres biens, des intérêts économiques ou politiques, des conquêtes militaires. Tout se paie et s'échange, et la conversion se fait dans les deux sens : des vies sont rapportées à des biens matériels et des biens matériels sont obtenus au prix de nombreuses vies. L'État n'est pas le seul à attribuer une valeur aux vies humaines. C'est également le cas du marché, mais aussi, en raison de la solidarité entre ses membres, de toutes les communautés auxquelles les individus appartiennent. Cet ouvrage décrit avec minutie les équivalences matérielles des vies humaines en ayant pour ligne de mire une réflexion sur leur caractère juste ou injuste. Poser la question du juste prix de la vie, c'est encourager la préservation des existences, mais c'est aussi risquer de trouver certains compromis trop coûteux. L'égalité en droit des vies humaines ne signifie pas que les moyens pour les sauver ou les protéger soient et doivent être identiques. La tension est profonde entre les exigences de l'humanisme et les contraintes du matérialisme. Quelles contreparties céder pour sauver ou protéger des vies, et combien faut-il de vies pour gagner une guerre ?
Que sera demain ? Nous voulons que la lumière soit faite sur les révolutions ou les guerres à venir, qu'on nous dise à l'avance lorsque les États qui détiennent nos créances seront mis en faillite. À défaut de percer le secret du futur ou d'en maîtriser la science, nous multiplions les scénarios, les prédictions, les prévisions que nous déléguons à des cohortes de spécialistes, de savants et d'experts relayés par les médiateurs de l'espace public et les pourvoyeurs d'opinion. Or, savoirs et pouvoirs s'organisent autour d'une parole oraculaire. Et si les think tank et les agences de notations financières n'étaient que la version contemporaine des oracles delphiques de l'Antiquité ? Dans ce livre passionnant qui traite des récits du futur et de leurs paradoxes, Ariel Colonomos plonge au coeur des usines du savoir et met à jour les mécaniques sociales qui gouvernent ces nouveaux temples des sciences politiques, des technologies de la sécurité et des fabriques de la finance. Il donne à comprendre pourquoi, en réalité, c'est la frilosité qui triomphe, pourquoi le futur, lié à des intérêts nationaux, est constitué dans une recherche systématique de la stabilité. Les intérêts des penseurs et des décideurs convergent dans le conservatisme : ceux qui sont censés savoir rassurent ceux qui sont censés agir, et l'industrie du futur ralentit la marche du monde.
Qu'est-ce qu'une erreur judiciaire ? Dans le langage commun, ce terme ne s'applique qu'aux innocents condamnés à tort. C'est oublier qu'il en existe un second type : les coupables acquittés, relaxés, ou qui n'ont même jamais été poursuivis. Les intouchables qui narguent la justice du haut de leur forteresse. Le commissaire Lediacre a fait de ces individus sa spécialité. Hélène Vermeulen, jeune capitaine de police très prometteuse, est affectée à titre provisoire auprès de lui. Elle fait ainsi la connaissance d'un homme énigmatique, rêveur, au comportement d'autant plus déroutant que sa hiérarchie semble l'avoir relégué dans un placard. Mais s'il opère en dehors des règles de procédure, c'est parce ses " clients " se moquent des méthodes ordinaires. D'abord très sceptique, Hélène va voir Lediacre tisser sa toile patiemment dans le but de faire mentir La Fontaine : selon que vous serez puissant ou misérable, le châtiment sera le même, implacable !
C'est peu dire, la guerre fait retour. Elle n'est plus une affaire d'États en faillite qui guerroient en périphérie de la démocratie et du droit, mais implique désormais les puissances occidentales. Et lorsque les États-Unis partent en guerre contre l'Irak, lorsque Israël frappe le Liban en 2006 puis Gaza en 2008, les armes donnent une nouvelle jeunesse à la vieille idée de la guerre préventive. Pourtant celle-ci demeure bien mystérieuse. Il est donc urgent d'accorder attention et réflexion à la guerre préventive pour reconsidérer la condamnation a priori et sans appel de l'action américaine fondée sur l'idée qu'elle ne serait que l'émanation de la volonté de puissance. Comprendre la guerre préventive, c'est avant tout faire l'analyse de sa justification. Pour des raisons évidentes, la guerre préventive se veut juste et pourtant elle n'est pas strictement défensive. Les États-Unis sont une grande puissance, un hegemon. Israël est une puissance régionale, pourtant ils ont tous deux besoin de convaincre et élaborent une doctrine de la prévention dont les termes se recoupent. Ce livre montre comment la guerre préventive est indissociable de sa justification en relevant de nombreuses occurrences historiques qui font mieux comprendre les problèmes contemporains posés par la politique de prévention. Il fait voir quel est le trajet de cette idée en suivant les méandres de la tradition de la guerre juste et les âpres querelles juridiques qui opposent les défenseurs des droits de l'homme aux juristes militaires. Dans les faits, il montre comment la tentation de justifier l'action préventive est plus forte aujourd'hui, alors même que les armes sont plus précises, ce qui rend le calcul des chances d'obtenir un succès militaire à moindres frais plus engageant. Cette tendance actuelle à saisir sa chance au jeu de la guerre laisse entrevoir une question aussi simple que forte : la guerre est envisagée comme un pari, dans sa réalisation comme dans sa justification. Mais peut-on vraiment faire le pari de justifier une guerre qui parmi les guerres est la plus hasardeuse qui soit?
C'est peu dire, la guerre fait retour. Elle n'est plus une affaire d'États en faillite qui guerroient en périphérie de la démocratie et du droit, mais implique désormais les puissances occidentales. Et lorsque les États-Unis partent en guerre contre l'Irak, lorsque Israël frappe le Liban en 2006 puis Gaza en 2008, les armes donnent une nouvelle jeunesse à la vieille idée de la guerre préventive. Pourtant celle-ci demeure bien mystérieuse. Il est donc urgent d'accorder attention et réflexion à la guerre préventive pour reconsidérer la condamnation a priori et sans appel de l'action américaine fondée sur l'idée qu'elle ne serait que l'émanation de la volonté de puissance. Comprendre la guerre préventive, c'est avant tout faire l'analyse de sa justification. Pour des raisons évidentes, la guerre préventive se veut juste et pourtant elle n'est pas strictement défensive. Les États-Unis sont une grande puissance, un hegemon. Israël est une puissance régionale, pourtant ils ont tous deux besoin de convaincre et élaborent une doctrine de la prévention dont les termes se recoupent. Ce livre montre comment la guerre préventive est indissociable de sa justification en relevant de nombreuses occurrences historiques qui font mieux comprendre les problèmes contemporains posés par la politique de prévention. Il fait voir quel est le trajet de cette idée en suivant les méandres de la tradition de la guerre juste et les âpres querelles juridiques qui opposent les défenseurs des droits de l'homme aux juristes militaires. Dans les faits, il montre comment la tentation de justifier l'action préventive est plus forte aujourd'hui, alors même que les armes sont plus précises, ce qui rend le calcul des chances d'obtenir un succès militaire à moindres frais plus engageant. Cette tendance actuelle à saisir sa chance au jeu de la guerre laisse entrevoir une question aussi simple que forte : la guerre est envisagée comme un pari, dans sa réalisation comme dans sa justification. Mais peut-on vraiment faire le pari de justifier une guerre qui parmi les guerres est la plus hasardeuse qui soit?