Andre Orlean
Andre Orlean
Et si la monnaie était bien plus qu’un simple outil économique ? La Violence de la monnaie révèle comment elle façonne nos sociétés, entre conflits et cohésion sociale, et pourquoi elle reste au cœur des crises modernes.
S'il ne fait aucun doute que le marché est une forme essentielle de l'organisation de nos sociétés modernes, les opinions ont toujours divergé sur son caractère autorégulateur et sa capacité à orienter l'évolution sociale. La théorie économique a fourni des arguments aux avocats des causes les plus variées mais, en aucun cas, elle ne se confond avec une seule d'entre elles. C'est que la théorie du fonctionnement du marché, en dépit des progrès importants réalisés au cours de ces quarante dernières années, est loin d'avoir répondu aux questions les plus essentielles. En particulier, si l'exploration récente des diverses sortes d'équilibres a permis une meilleure compréhension de certaines situations concrètes, le processus dynamique de la formation des grandeurs économiques reste un domaine comparativement peu exploré. Le présent ouvrage, auquel ont collaboré des théoriciens venant de tous les horizons, s'efforce de donner une image fidèle des débats fondamentaux en cours autour de cette question vive. En une période où la question du marché constitue un enjeu politique et historique, il n'est sans doute pas inutile de rappeler que notre connaissance rationnelle des phénomènes de marché est toujours en devenir.
Ce manifeste commis par 4 des économistes français les plus éminents est essentiel. Il part du fait incontestable que la crise financière et économique n'a en rien remis en cause les dogmes libéraux qui inspirent nos économies depuis plus de 20 ans. Au contraire - et l'incompréhension le dispute à la colère- les politiques qui ont conduit à l'explosion des inégalités sont utilisées comme des remèdes! Pourquoi et comment il est urgent de changer ? D'abord démonter les fausses évidences , par exemple les idées infiniment ressassées et fausses par les élites politiques et la plupart des journalistes selon lesquelles les marchés seraient bons juges de la santé économique d'un pays ; l'envolée des dettes seraient le résultat d'un excès de dépenses ; l'Europe défendrait le modéle social européen ; l'euro serait un bouclier contre la crise ; la dette publique reporterait le prix de nos excès sur nos petits enfants ; réduire les déficits serait le meilleur moyen de retrouver la croissance..... Ensuite proposer au regard de chaque fausse évidences plusieurs mesures vitales pour refonder nos sociétés. Ce manifeste mis sur internet le 20 septembre pour mobiliser les économistes reponsables notamment, a déjà reçu un très large soutien.
La crise financière a révélé au grand jour les limites de la théorie économique : celle-ci n'a su ni prévoir les désordres à venir, ni même mettre en garde contre de possibles instabilités. Cet aveuglement est le signe d'un profond dysfonctionnement qui exige, pour être corrigé, un renouvellement radical des approches et des concepts, au premier rang desquels celui de valeur économique. La tradition économique conçoit la valeur, que ce soit celle des marchandises ou celle des titres financiers, comme une grandeur objective qui s'impose aux acteurs à la manière d'un fait naturel. Or il n'existe pas de " vraies valeurs ". Dans un monde incertain comme le nôtre, plusieurs prix sont possibles car plusieurs avenirs sont possibles. Pour cette raison, l'évaluation n'a rien de neutre. Elle n'est jamais la mesure de ce qui est mais toujours l'expression d'un point de vue au service d'intérêts. Elle est l'acte par lequel la société s'engage en décidant quelles voies seront explorées et quelles autres rejetées. C'est cette vision nouvelle de l'économie que ce livre propose à la réflexion. André Orléan est directeur de recherche au CNRS et directeur d'études à l'EHESS. Il est notamment l'auteur de La Monnaie souveraine (avec Michel Aglietta, Odile Jacob, 1998), du Pouvoir de la finance (Odile Jacob, 1999), et de De l'euphorie à la panique, penser la crise financière (Éditions de la Rue d'Ulm, 2009).