Aline Mura-brunel
Aline Mura-brunel
Les Vents du large ont soufflé sur les pays ibériques, et tout spécialement sur le Portugal et sa vaste façade océanique. À l'aube de la Renaissance, ces vents ont insufflé le goût de l'aventure, le désir de découvrir de nouvelles routes sur l'Océan, ils ont porté les caravelles aux confins de l'Ancien Monde, en Inde et en Extrême-Orient, et les ont menées jusqu'au Nouveau Monde. Il a fallu nommer les terres nouvelles, apprendre des langages inconnus, conquérants et missionnaires ont suivi de près les découvreurs. La pensée et la littérature non seulement des pays ibériques, mais de notre occident européen se sont nourries de ces expériences inédites. Or bien après cette époque exaltante, après que le désenchantement eut succédé à l'enthousiasme et le repli sur soi à l'appel du large, d'autres vents ont soufflé. Au XIXe siècle, les idées de liberté et d'indépendance, de démocratie et de république, ont secoué en tous sens les anciens régimes monarchiques et le pacte colonial, agitant les esprits des écrivains et des hommes politiques, bouleversant en particulier le Portugal, et le Brésil qui avait été sa colonie la plus vaste. Tels sont les deux axes autour desquels s'ordonnent la trentaine d'études contenues dans le présent recueil. Le livre est un hommage au Professeur Georges Boisvert, qui a formé des générations de lusitanistes. Ses collègues et anciens étudiants ont tenu à lui manifester ainsi leur gratitude et leur amitié, en explorant des thèmes auxquels lui-même a consacré une grande partie de ses propres travaux.
Le projet d'une carte du roman français contemporain comportait de grands risques, mais il offrait aussi la possibilité de questionnements stimulants. Les quelque cinquante contributions ici réunies, émanant de spécialistes de tous statuts et de tous horizons, ont privilégié l'instantanéité du cliché et, par là même, visé à légitimer l'idée cartographique. La métaphore spatiale n'imposait pas de baliser tous les chemins, ni de hiérarchiser les oeuvres. Le but n'était ni un palmarès (en fonction de quels critères ? !) ni un panorama complet des tendances présentes. N'existe-t-il pas déjà des prix, des synthèses et des dictionnaires ? Le volume ainsi conçu offre un état des lieux du roman depuis 1980, lacunaire on le reconnaît, complexe et diversifié on l'espère. Il s'articule autour de problématiques consubstantielles à l'acte d'écrire aujourd'hui, comme la question des genres, la redéfinition de la fiction, les filiations, les représentations du sujet, les nouvelles socialités. Une double préoccupation animait à l'origine la tentative : ouvrir des voies et découper des territoires ; voir comment les analyses peuvent rendre compte des questions d'ordre ontologique et théorique qui agitent notre époque - le souci de soi, la posture île l'écrivain, l'expérience de l'altérté, - le problème de la quête identitaire étant au centre des débats. Autant d'enjeux qui ont trouvé leur écho, tantôt par le biais de l'attention monographique, tantôt par celui de la réflexion de portée plus générale. Cartographier le fictif contemporain, c'est intégrer îles éléments disparates pour donner au paysage et à l'horizon littéraires une meilleure visibilité.