Abdessamad Dialmy
Abdessamad Dialmy
Au Maroc, on constate une explosion sexuelle de pratiques incomplètes et palliatives : virginités artificielles mensongères, violence sexuelle et homophobe, inceste, zoophilie, prostitution libéralisée de manière informelle. Les pratiques sexuelles sécularisées sont en conflit avec des normes sexuelles islamiques idéalisées mais irréalistes. Ce conflit indique une transition sexuelle, écartelée entre une évolution positive des genres et une contre-réforme islamiste passéiste des moeurs. D'où la nécessité d'avoir enfin une politique sexuelle publique qui institue l'éducation sexuelle compréhensive comme une base de la morale citoyenne.
Le féminisme islamique n'a pas de sexe car il est également un produit masculin. Il a même été initialement fondé par des hommes. La masculinité n'est donc pas en soi un obstacle idéo-épistémologique à une lecture égalitariste/féministe islamique du Coran. C'est là un féminisme transitionnel politiquement correct auquel il faut sensibiliser la majorité des musulmans, ces hommes et ces femmes qui restent encore attachés au principe de l'inégalité. Pour cause, l'iniquité d'un ordre international inconséquent, un facteur structurel qui empêche cette majorité mixte de considérer l'égalité de genre comme une valeur universelle. Reprise de la notion soufie d'unité pour revendiquer une égalité de genre ontologique, naissance épiphanique des corps masculin et féminin grâce à une ascension mystique égale, offrande égale de ces corps à Dieu dans l'acte jihadiste de mourir, voile et « bus rose » anti-harcèlement sexuel sont autant d'expressions du féminisme islamique, ce faux féminisme pluriel et bricoleur au service d'un réformisme qui tente de réduire l'ampleur de l'islamité persistante de la domination masculine.
Et si la masculinité au Maroc n’était plus une évidence, mais une question ouverte ? Vers une nouvelle masculinité au Maroc explore les résistances et les évolutions de l’identité masculine face aux défis de l’égalité et de la modernité.
Deux trajectoires parallèles et interdépendantes, celle des femmes et des féminismes, celle des illustrations historiques de l'Islam. Le livre part du degré zéro du féminisme, de ce stade où la femme arabe n'a de valeur que dans deux cas précis : soit en tant que reproductrice d'êtres humains, soit en tant qu'objet d'échange. Le livre finit en commençant par un appel à la participation de la femme à l'élaboration de la connaissance savante. Entre ces deux termes, un féminisme colonial, juste et machiavélique à la fois, qui conduit à une confrontation générale entre un féminisme libérateur de la femme, et un islamisme oppresseur de la femme. Mais dans quelle mesure ces deux clichés résistent-ils à l'analyse ? Dans quelle mesure féminisme et islamisme sont-ils étanches l'un à l'autre ? L'Islam peut-il délivrer un message sexuellement anti-discriminatoire ? Voie possible dans le droit islamique organisationnel de la cité grâce à l'ijtihad, le principe de l'égalité des sexes est par contre constitutif du soufisme. Celui-ci est en effet définissable comme une théorie islamique de l'égalité des sexes. Se libérer de l'anatomie comme destin, telle est en fin de compte cette voie soufie qui concilie entre la femme musulmane et la modernité, entre le féminisme et l'Islam, et surtout entre l'homme et la femme musulmans, entre l'homme et la femme, un rapport de paix, c'est-à-dire d'Islam.