Simon Butticaz
Simon Butticaz
« Jésus annonçait le royaume, et c'est l'Église qui est venue » : c'est avec cette formule qu'Alfred Loisy résumait le devenir du christianisme après Pâques. Bien loin de dénoncer la déviation de l'Église face au projet de l'homme de Nazareth, Loisy cherchait à en saisir la continuité et la nécessaire institutionnalisation. À sa suite, nombreux sont les historiens et biblistes à s'être engagés dans cette quête des origines chrétiennes. À l'heure où les Églises en Occident se cherchent un second souffle et repensent leur raison d'être, elle s'impose même comme une urgence. C'est à revisiter cette fascinante entreprise d'innovation ecclésiale qui a accompagné le premier siècle d'existence du christianisme que ce livre souhaite ainsi participer : comment les premiers croyants ont-ils pensé l'héritage de leur maître après sa mort ? Quels sens et fonction ont-ils donnés à leur existence communautaire ? Quelles pratiques ont-ils adoptées au quotidien ? Quand et pourquoi ont-ils développé des ministères et des structures d'autorité ?
«Une religion de la peur»: c'est avec ces mots que Jean Delumeau, ancien professeur au Collège de France, qualifiait l'histoire du christianisme en Occident, son entreprise de culpabilisation et son obsession de la faute. L'Église n'a-t-elle pas inventé la doctrine du «péché originel» et les affres du «purgatoire»? Cette sulfureuse réputation appelle clarification. D'où vient-elle? En quoi le Nouveau Testament est-il responsable de cette tyrannie de la culpabilité? Et comment comprendre la fortune du péché dans le sillage du Dieu d'amour annoncé par Jésus de Nazareth? À la suite d'autres, c'est l'histoire d'un mal(-)entendu que ce petit livre se propose de retracer, examinant la représentation de la faute et du péché que livrent aux origines du christianisme l'homme de Nazareth, Paul l'apôtre ou encore les évangélistes Matthieu et Jean.
L'héritage du judaïsme a été revendiqué dans l'histoire par les traditions juives et chrétiennes. Cette lutte d'héritage a généré une longue histoire conflictuelle. La modernité ne fait pas exception. Une page d'histoire, en particulier, en témoigne : l'approche du judaïsme ancien dans l'Allemagne des XIXe et XXe siècles. Cette période a vu s'affronter deux courants antagonistes, revendiquant chacun une étude historique du judaïsme: l'école de l'histoire des religions (la Religionsgeschichtliche Schule), un cercle de théologiens protestants diplômés de l'Université de Gttingen, et la Wissenschaft des Judentums emmenée par Leopold Zunz et Heinrich Graetz. Offrant un récit croisé de cette controverse, le présent volume en présente les principaux acteurs ainsi que certains savoirs produits. En même temps, les enjeux soulevés par la science historique, dans l'étude du judaïsme notamment, sont posés et ses conditions d'exercice interrogées dans une perspective contemporaine.
Violence, argent, sexualité, jugement : derrière son image souvent consensuelle, le Nouveau Testament cache pourtant bien des sujets complexes et problématiques. Comment comprendre aujourd'hui l'intransigeance de Jésus ? Que faire des passages de Paul sur les femmes ou l'homosexualité ? Comment lire la violence de certains propos du Nazaréen ? Simon Butticaz aborde ici toutes les questions qui fâchent, et propose de relire les passages litigieux à la lumière des dernières recherches en Nouveau Testament.
La croix du Golgotha: dans la vie de Jésus, c'est l'événement dont l'historicité est réputée la plus fiable et le sens le plus énigmatique. Qu'un homme meure fait partie de sa condition, dès la naissance. Que le «Fils de Dieu» trépasse constitue un désaveu de la toute-puissance divine. Cette tension accompagne toute l'histoire du christianisme: depuis les origines, les croyants en Jésus ont tenu ensemble la factualité de cette mort en croix, châtiment antique particulièrement cruel, et la nécessité d'en comprendre le sens. C'est ce saisissant travail d'interprétation que le présent volume collectif, fruit d'un cours public, retrace. Esquissant un parcours de l'apôtre Paul au Coran, en passant par l'Évangile de Pierre ou encore les Actes de Pilate, il s'ouvre sur la réception de la crucifixion au diapason des enjeux écologiques contemporains. Avec les contributions de Frédéric Amsler (éd.), Simon Butticaz (éd.), Andreas Dettwiler, Christiane Furrer, Éric Junod, Daniel Marguerat et Sarah Stewart-Kroeker.
Longtemps perçue comme l'impulsion initiale de la modernité occidentale et à l'origine de profonds changements socioculturels, la Réforme protestante est ici arpentée par quelques-uns de ses meilleurs spécialistes francophones dans une perspective interdisciplinaire. Les questions suivantes en guident l'examen: quel rôle revient à Luther et aux 95 thèses qu'il affiche en 1517 dans le déclenchement de ce mouvement réformateur ? Autour de quels foyers théologiques cette « renaissance » religieuse s'est-elle cristallisée ? Quelles lectures de la Bible en ont accompagné le discours et la pratique ? À l'heure où les confessions s'affrontaient partout en Europe, comment protestants et catholiques ont-ils cohabité dans les « bailliages communs » du Pays de Vaud ? Et quelle histoire de la réception retracer de cette mémoire de la Réforme, au XIXe siècle notamment ? À la lumière de ces questions, cet ouvrage redessine un récit de la Réforme qui prend en compte aussi bien les continuités qui traversent cinq siècles d'histoire que la diversité des formes spirituelles et culturelles adoptées par le protestantisme.
La nuit porte poèmes comme l'horizon sa messagère. Sous la voûte en tumulte, obstinément une femme de sable et d'écume traverse les ténèbres les yeux ouverts, d'une rive l'autre, entre Orient et Occident, comme en pays de renaissance. Écoutez-la murmurer à contre vent. Tel on ignore le sang qui tourne, naufragé en son île, fervent obscur. Puis l'aube s'élance, comme un oiseau dédoublé. Car « il faut une trêve à l'aile violente du deuil ». D'un lieu provisoire (Paris) à cet autre (Hammamet), la voie d'Amina Saïd est mouvance intérieure. Singulière et plurielle. Lumineuse en ses cercles à l'heure du dénouement. Il n'est de boussole que vertiges, « rituels du silence », dérives en éclats, fusions, déchirements. Mais le poème résiste au feu de la question. Il est du grain des métamorphoses dont on fait prodige de moissons. Et de recueil en recueil, l'oeuvre d'Amina Saïd accomplit ce miracle. Lotfi Al Badi