Silvain Monod
Silvain Monod
Silvain Monod, après un roman (« Bleu d'Outre-Mer » salué avec chaleur par Jean Giono, Henry Muller, A.-M. Schmidt, André Thérive...) et un recueil de pastiches présenté par Paul Reboux, donne ici un ensemble de brefs récits qui sont autant de petite comédies humoristiques. Il y a du Henri Monnier dans ces scènes de la vie qui, loin d'être toujours quotidienne se permet bien des balades dans le rêve. « Si j'ai cherché à amuser, dit Silvain Monod. cela n'a pas été mon seul objet : j'espère avoir mis, çà et là, un peu de vérité dans les caractères esquissés. » Les cinquante textes qui composent ce livre, il est recommandé de ne pas les lire « à la suite ». On verra alors se dresser dans toute sa singularité le petit monde cocasse de Silvain Monod.
Voici un auteur qui met son talent très particulier à imiter les écrivains qu'il a pratiqués, souvent admirés. Je dis imiter, non parodier ni pasticher. Car le pastiche est, quelquefois, une sorte de commedia dell'arte, où il s'agit encore plus d'attirer l'attention sur l'artiste, que sur la fable qu'il est censé représenter. Le pasticheur, par maints clins d'oeil et roulements de hanches, sollicite sans cesse le lecteur (le spectateur) de s'écrier : « Comme il est malin ! ». Silvain Monod, point. Cet homme sérieux, sinon grave, ne prétend pas tant à vous égayer aux dépens de son modèle, qu'à en copier les traits avec une patience, un réalisme, une finesse, qui puisse faire confondre la copie avec l'original. Il n'a d'autre but, comme les peintres en trompe-l'oeil, que de faire ressemblant. Paul Reboux, qui est orfèvre, le souligne dans sa brillante introduction à l'oeuvre d'un cadet qu'il estime. Au fait, c'est aux maîtres du naturalisme baroque qu'il s'apparente ; il y a de l'Arcimboldi dans sa manière égale et minutieuse qui, au troisième coup d'oeil, révèle un visage, une effigie parlante - là où vous n'aviez vu, d'abord, que des rochers ou une botte de légumes. Il n'est pas donné à quiconque d'atteindre, par les voies modestes du dessin d'après nature, à de tels éclairs de découverte. Cela suppose aussi la complicité du lecteur cultivé, qui ne demande pas de farces ni de gauloiseries, mais de retrouver par des moyens difficiles ou faciles (c'est selon) le secret de quelqu'un de ses auteurs familiers. L'exactitude, c'est le but final de Silvain Monod, comme il le fut d'Henri Monnier par exemple et aussi, sur un autre plan, de Vermeer. Il s'est astreint, pour en approcher - et souvent y atteindre - à un travail d'horloger, de bénédictin enlumineur. L'on devrait - pour définir telles de ces miniatures, où se trouve imitée jusqu'à la poussière du temps - inventer un mot nouveau, un vocable qui leur soit propre : par exemple celui de facsimilé. Maximilien Vox