Sarah Bydlowski
Sarah Bydlowski
Comment se déploie la curiosité intellectuelle ? Quels sont ses ressorts individuels, familiaux et collectifs ? Les tests d'intelligence mesurent un quotient intellectuel à un temps donné. S'ils ne sont interprétés qu'en fonction des chiffres obtenus, ils risquent de manquer un objectif majeur : rendre compte de la qualité de l'organisation psychique d'un sujet. Pour les parents, les performances de leur progéniture peuvent être le gage d'un avenir rayonnant. Pour certains, cela s'inscrit dans le prolongement de leur propre parcours. Pour d'autres, elles contiennent la promesse d'une seconde chance. Parfois, les attentes sont telles qu'elles peuvent constituer un obstacle à tout épanouissement. Dans tous les cas, les échecs représentent une blessure aussi bien pour l'enfant que pour ses proches. Le déploiement de la curiosité intellectuelle contribue à l'élaboration des éprouvés de manque qui jalonnent la vie de tout individu. Ce parcours n'est pas toujours un long fleuve tranquille. Ce livre tente d'en comprendre les ressorts individuels, familiaux.
Le centre Alfred Binet est, depuis l'après-guerre, un centre pilote dans la clinique de l'enfant : alliant psychanalyse et psychiatrie et privilégiant le travail d'équipes pluridisciplinaires. Comment défendre et prolonger ces engagements thérapeutiques ? Au sortir de la guerre de 1939-1945, avec son cortège de morts et de traumatismes - y compris les 40 000 malades morts de faim dans les hôpitaux psychiatriques - un puissant mouvement a mobilisé les psychiatres contre une psychiatrie ségrégative et sa justification délétère fondée sur une conception étroite des maladies mentales. Ouvrir les institutions psychiatriques sur l'extérieur pour lutter contre la ségrégation et l'aliénation des malades, tels ont été les objectifs du mouvement de « psychothérapie institutionnelle » qui ont donné naissance au « secteur psychiatrique ». En 1958, une première expérience pilote a été confiée à l'Association pour la Santé Mentale, dans le 13e arrondissement, sous la direction de psychiatres psychanalystes : Serge Lebovici, Philippe Paumelle et René Diatkine. L'introduction de la psychanalyse dans la pratique psychiatrique a donné la priorité aux traitements individuels ambulatoires, psychothérapiques ou rééducatifs, au travail d'équipes pluridisciplinaires. Face aux prétentions classificatrices de nouveaux modèles biologiques ou médicaux, au déni de la dimension personnelle et intime du trouble psychique, il importe aujourd'hui - et pour demain - de défendre et de prolonger l'expérience, les savoirs et les engagements thérapeutiques qui nous ont été transmis.