Rosie Pinhas-Delpuech
Rosie Pinhas-Delpuech
Rosie Pinhas-Delpuech se lance à la rencontre de sa mère qui, depuis la Turquie d'Atatürk, tient à distance les traumatismes de guerre familiaux et reste attachée à la langue allemande de sa jeunesse. C'est cette distance entre mère et fille - géographique, linguistique, intellectuelle... - que tente d'entamer cette entreprise têtue. Dans la tête d'une petite fille-transistor hyper- sensible à la rumeur du monde, ce livre est la traversée d'une enfance captée comme une valse d'ondes et d'influences, la bande originale d'un voyage dans le temps, la tentative de renouer une conversation interrompue.
Il s'appelle Yossef Hayim Brenner. Il est né en 1881 à Novy Mlini, à la frontière entre la Russie et la Biélorussie. Il est avec Bialik et Agnon l'un des trois grands écrivains fondateurs de l'hébreu contemporain, et sans doute le plus audacieux. Sa vie est brève, il meurt assassiné, lors d'émeutes arabes à Jaffa en 1921, à l'âge de quarante ans. Il laisse derrière lui quelques volumes qui témoignent, en creux, dans l'espace de vingt ans, de la renaissance tumultueuse de l'hébreu moderne, entre la Russie, Londres, les États-Unis d'Amérique et la Palestine ottomane que les pionniers appelaient Eretz Israël. Dans une enquête intime, fiévreuse, littéraire, Rosie Pinhas-Delpuech traque les balbutiements de cette langue réinventée et dessine tout un rapport au monde, amoureux et inquiet.
« Mais c'est là que comme Orphée, il ne faut pas se retourner, la traduction atteint sa limite et passe le relais à l'écriture. En suivant un écrivain de cette manière, en conjuguant littérature et psychanalyser, en comprenant qu'il ne s'agit pas de combler le trou de la perte, mais de rester devant l'impossible origine, l'impossible identité, l'impossible unité compacte de l'être, on se rend compte que la langue se construit sur du manque, sur ce qu'on ne peut pas dire. » Rosie Pinhas-Delpuech nous conte au long de cet entretien mené par Maxime Maillard, son enfance chatoyante dans une polyphonie de langues et son travail de traductrice. Particulièrement attentive aux sonorités, elle perçoit tant la charge obscure des mots de l'hébreu biblique que la musique de la rue de Tel-Aviv d'Etgar Keret. Forte d'une pratique artisanale où les mots sont matière, l'écrivaine et la traductrice de l'hébreu met à plat les trames et les fils de son métier sans oublier ses conditions pratiques. Après une enfance passée à Istanbul, au sortir de la Seconde Guerre mondiale, entourée par une mère germanophone, une grand-mère judéo-espagnole et un père francophone, Rosie Pinhas-Delpuech émigre en France puis en Israël avant de s'installer à Paris en 1984. Elle est aujourd'hui une figure incontournable des lettres hébraïques en francophonie. Maxime Maillard est journaliste et écrivain suisse. Son dernier livre, Tamam, récit d'un voyage entre Istanbul et Konya, est paru en 2022. Auteure, traductrice, pont entre plusieurs langues et cultures, Rosie Pinhas-Delpuech a beaucoup d'histoires à raconter. D'une enfance passée à Istanbul entre une mère germanophone, une grand-mère judéo-espagnole et un père francophone, elle émigre en France puis en Israël avant de s'installer à Paris et de s'engouffrer dans le métier de traductrice de l'hébreu. Suite à sa traduction de Yaakov Shabtai dont les sonorités évoquent la Turquie de son enfance, elle deviendra écrivaine.