Romain Huret
Romain Huret
En 2005, l'ouragan Katrina transforme La Nouvelle-Orléans en ville sinistrée. Pourtant rompus à ce type de désastre, les habitants désemparés s'attendent à une réponse humanitaire de la part de l'administration de George W. Bush. Mais celle-ci diffère son intervention, préférant assurer une sécurité militaire totale avant d'accepter le déploiement des aides. La polémique enfle, dénonçant la désorganisation étatique, le racisme, le mépris des pauvres et la morgue des élites. Inertie programmée ou raté bureaucratique ? Au-delà du scandale civique, Romain Huret démontre que Katrina est le résultat de la politique sociale de l'État contractuel, mis en place depuis les années 1980 par les conservateurs au pouvoir. En déployant la longue chaîne des choix politiques à l'origine de la catastrophe, en particulier la privatisation des services publics, il rappelle les coûts sociaux de politiques privilégiant la sécurité militaire au détriment de la sécurité sociale.
Des " vieilles filles " aux " vieux garçons ", les expressions ne manquent pas pour désigner les célibataires. Claude Lévi-Strauss avait souligné que, dans les sociétés traditionnelles, l'exclusion de l'échange matrimonial condamnait à des vies d'isolement. Trop occupé à éloigner son regard, le grand anthropologue ne voyait en revanche dans l'importance du célibat dans les sociétés occidentales qu'un problème de " garde-robe ". Quant aux rares réflexions qui lui sont consacrées, elles se limitent généralement à envisager sa hausse comme une manifestation des solitudes contemporaines ou, à l'inverse, comme une voie d'émancipation à l'écart des sentiers battus du mariage.En observant les vies de célibataires aux États-Unis au XXe siècle, Romain Huret montre qu'ils se sont vu attribuer une place au service des autres, de leurs parents, de la société, du capitalisme, les normes de genre assignant plus spécifiquement les femmes aux tâches de soins et les hommes aux travaux les plus physiques et précaires. Les déséquilibres psychiques qu'on leur prête entraînent un encadrement étroit de leur sexualité, notamment pour les femmes. Pour les hommes des classes populaires, les comportements à risques, la délinquance et la criminalité que la relégation sociale favorise motivent des restrictions à leur mobilité. Alors que la marginalisation des hommes annonce les données plus contemporaines sur les " morts de désespoir ", le combat des femmes pour l'égalité des droits reste inachevé.Nourri par des archives de l'intime, cet ouvrage interroge plus largement la place des célibataires dans le monde et les transformations contemporaines du couple, de la famille et de la parentalité auxquelles, sans le savoir ni toujours le vouloir, ils ont profondément contribué.
Le 1er avril 1935, dans une salle bondée d'un austère bâtiment administratif de la ville de Pittsburgh, débute un étonnant procès qui fait la couverture des journaux pendant plusieurs mois. Âgé de quatre-vingts ans, Andrew W. Mellon, richissime banquier et ministre des Finances pendant toutes les années 1920, est accusé par l'administration du président Roosevelt d'avoir fraudé le fisc en détournant à son profit les lois qu'il avait lui-même contribué à instaurer. Si une résolution du contentieux aurait été possible dans la discrétion des bureaux de Washington, au lendemain de la crise de 1929 et en plein New Deal, il a été décidé d'aller au bout de la procédure et d'exposer les malversations fiscales de l'un des hommes les plus puissants du monde.Au fil du procès, le capitalisme états-unien se déploie, révélant les conditions d'enrichissement de quelques-uns au détriment du plus grand nombre. À l'opposé des discours d'autocélébration des grands financiers et capitaines d'industrie, ceux-ci doivent leur fortune beaucoup plus à des lois qu'à leur génie ou leur flair des affaires. Ces débats, contradictoires et passionnés, fascinent la population car ils ébranlent le contrat social républicain.À la manière d'un thriller juridico-financier, Romain Huret retrace cette histoire oubliée qui a conduit des millions d'Américains à interroger le rôle de l'État, la responsabilité sociale des élites et la perpétuation des inégalités. Sa résonance avec la situation contemporaine donne à comprendre la manière dont le capitalisme met à l'épreuve les principes mêmes de la démocratie.