Marie-jo Bourdin
Marie-jo Bourdin
L’excision, entre tradition et loi : un essai percutant qui interroge l’efficacité de la répression face à une coutume ancrée.
Comment imaginariser le réel ? C'est ce que tente Marie-Jo Bourdin dans ce livre plein d'enseignement sur le vécu traumatique de l'excision, le ressenti de personnes qui ont eu besoin de parler, dans l'après-coup, de cette pratique dont on sait qu'il est vain de la dialectiser et qu'un discours clinique, quel qu'il soit, dans un contexte interculturel mobilise d'autres fantasmes que celui du soin réparateur. En faire un problème de Santé Publique n'est pas une pirouette mais la seule approche paradigmatique qui vaille. Sortir de la stigmatisation toute personne qui s'estime atteinte dans son intégrité psychique ou génitale, c'est exercer un droit de solidarité et rappeler que le sujet n'existe que parce qu'il peut problématiser l'imaginaire, le symbolique et le réel. Comment éviter la fatigue de soi et accéder à l'estime de soi quand on est entièrement pris, consciemment et inconsciemment, dans la trappe du manque à être, quand on ne peut jouir de la construction d'un soi autobiographique ? Les récits de vie évoqués dans cet ouvrage ont la clarté de la simplicité. Écouter, accompagner, entendre et comprendre l'impensé n'est pas une tâche facile, mais elle est surmontable quand, à l'érudition, s'ajoute le décentrage. Les mots justes s'imposent et le vrai accompagnement peut alors s'engager comme un processus qui stimule l'élan vital et fait l'économie de la compassion débordante ou de la distance du déni. Ce livre fera certainement réfléchir sur les stratégies sanitaires et politiques à mettre en place devant de tels traumatismes même si certains pensent qu'en contextualisant, on peut faire l'impasse sur la femme « sujet » et non « objet » de toutes les peurs.
Lupa, dans un texte intime et bouleversant, raconte ses dernières visites à Murdos. « Tu me donnes tant, Lupa. Je ne sais pas ce que je pourrais t'offrir pour équilibrer la terre afin qu'elle ne bascule pas ; un cadeau qui pèse autant que l'enfant dans les bras de la Vierge Marie ou de sainte Brighid. Je ne sais pas ce que tu auras dans ta pochette surprise. Peut-être un cadavre qu'il te sera donné à faire revivre. Je serai peut-être posthume pour toi. » L'écrivain Hafed Benotman a fait son ultime envolée le 20 février 2015 à l'hôpital Georges Pompidou, à l'âge de 54 ans. Pendant les journées qui ont suivi sa mort, l'écrivain Brigitte Guilhot a adressé une dernière lettre à l'homme qui l'appelait Lupa et qu'elle appelait Murdos. Lupa et Murdos, alors que ce dernier était emprisonné à Fresnes, avaient échangé durant de longs mois une correspondance lumineuse malgré les murs. Cette correspondance fait l'objet d'une publication sous le titre La peau sur les Mots.