Leclercq
Leclercq
Ce volume offre un vaste panorama des études sur Michel Henry et les acquis de sa « phénoménologie matérielle », dans des domaines aussi divers que l'histoire des idées, la culture, la politique, l'esthétique ou le fait religieux. Les contributions ici rassemblées ont pour origine l'ouverture à l'Université catholique de Louvain (UCL) du Fonds Michel Henry, qui met à la disposition des chercheurs les archives du philosophe, ainsi qu'une importante bibliothèque de littérature primaire et secondaire. « [...] les versets fameux d'Angelus Silesius La rose est sans pourquoi fleurit parce qu'elle fleurit n'a souci d'elle-même ni ne désire être vue procèdent directement des intuitions fulgurantes de Maître Eckhart, la rose n'étant que le nom de la vie [...]. N'est-il pas significatif de constater que tous les caractères négatifs que revêt le corps humain dans son abandon au monde, son délaissement, son absence de justification, son étrangeté, sa contingence, son absurdité, éventuellement sa laideur ou sa vulgarité, disparaissent dès que, vécu de l'intérieur, ce corps se révèle à soi-même comme chair vivante ? » Michel Henry, Incarnation. Une philosophie de la chair
À la question « Comment pourrait-on définir ce livre ? », je suis tenté de répondre : Ce livre consiste en un dispositif permettant, par l'habile pliage de feuilles de papier, leur découpe, leur encollage, leur brochage en cahiers, leur reliure, de proposer à l'oeil de l'amateur la vision ordonnée de caractères conventionnels organisés suivant les règles de la syntaxe, de l'orthographe et de la ponctuation, qui y furent préalablement imprimés. L'utilisateur du dispositif s'assure la continuité de perception de ces signes de manière cohérente par le médium de l'index (maintenu au degré d'hygrométrie idoine par imbibation salivaire) qui, appliqué en haut et à droite des pages, lui permet de les tourner, plus ou moins vite suivant qu'il est gendarme à pied dans le Tarn-et-Drôme ou membre de l'Institut : le rythme doit s'adapter à la qualité d'activité cérébrale du sujet. La stabilité du matériau qui le compose, sa compacité, son volume (justement) permettent nombre autres usages de ce livre, comme caler une armoire ou rehausser un siège. Il a donc sa place dans la bibliothèque du lecteur comme dans la caisse à outils du bricoleur.
Dans quelle mesure la philosophie française du XXe siècle est-elle habitée, voire hantée par la pensée kierkegaardienne ? Dans quelle mesure l'a-t-elle été dès les années 1930, certes en « découvrant l'existence » avec Husserl et Heidegger, mais aussi et simultanément avec Kierkegaard ? Et dans quelle mesure l'est-elle encore, au moment même où c'est en rupture avec le paradigme « historique » de la phénoménologie qu'elle trace de nouveaux chemins de pensée ? C'est à ces questions que ce recueil, réunissant des spécialistes internationaux de l'oeuvre de Kierkegaard et des historiens de la philosophie française contemporaine, tente de répondre sur un mode à la fois historique et thématique, afin de montrer que, loin d'appartenir à un passé révolu, la pensée kierkegaardienne est bel et bien encore devant nous.