Jean-Hervé Jézéquel
Jean-Hervé Jézéquel
L'école normale William-Ponty, ouverte au Sénégal en 1903, a été pendant plusieurs décennies le creuset de l'élite politique et intellectuelle de l'Afrique occidentale française (AOF), une fédération créée en 1895 pour gérer administrativement huit colonies françaises d'Afrique de l'Ouest (appelées alors territoires). De ses bancs sont issues des figures prestigieuses et notamment ceux qu'on appelle les « Pères » des indépendances africaines : le Malien Modibo Kéita, le Nigérien Hamani Diori, le Béninois Hubert Maga, le Sénégalais Mamadou Dia, l'Ivoirien Félix Houphouët-Boigny et bien d'autres encore. Mais au-delà de ces cas célèbres, l'école William-Ponty a aussi accueilli des centaines de diplômés anonymes : plus de 2 200 entre 1903 et 1947, une toute petite goutte pour une population de l'AOF estimée à environ 16 millions de personnes à la fin des années 1940. Appelés « Pontins », ils sont instituteurs pour la majorité mais aussi commis d'administration, médecins et vétérinaires. Ce livre propose de jeter un regard nouveau sur un pan mal exploré de la situation coloniale : comment des centaines de jeunes hommes d'Afrique de l'Ouest ont, individuellement aussi bien que collectivement, investi, embrassé, contesté, transformé la manière dont s'est forgée l'appartenance à une élite instruite formée par l'autorité coloniale en AOF.
Été 2005 : les images d'enfants nigériens affamés envahissent les écrans des télévisions occidentales. Mais de quoi s'agit-il ? Des conséquences de la sécheresse et des invasions de criquets de l'année précédente ? D'une simple situation chronique ? Y a-t-il ou non une famine au Niger ? Vingt ans après les grands concerts de charité en faveur du Sahel, acteurs politiques nigériens, bailleurs de fonds, agences de développement et organisations humanitaires vont s'affronter sur la réalité et sur l'ampleur de cette nouvelle crise nigérienne, comme sur ses causes et les réponses à y apporter. En réalisant l'opération d'urgence nutritionnelle la plus importante de son histoire, Médecins Sans Frontières s'est trouvée au coeur de ces controverses. Dans cet ouvrage collectif, chercheurs, consultants et praticiens de l'action humanitaire proposent différentes lectures de la crise de 2005 au Niger et de ses enjeux. Ils appellent à une réflexion renouvelée sur les idées reçues qui conditionnent encore aujourd'hui les relations d'assistance et de secours à l'Afrique. La mort de dizaines de milliers d'enfants chaque année, au même titre que la paupérisation et la marginalisation d'un nombre croissant de Nigériens n'est pas simplement un phénomène naturel. Encore moins une fatalité.