Humboldt/Bonpland
Humboldt/Bonpland
Tome six des treize volumes du voyage de Humboldt et Bonpland. Nous passâmes la nuit, à gué, le Rio Uritucu, qui est rempli d'une race de crocodiles très remarquables par leur férocité. On nous conseilla d'empêcher nos chiens d'aller boire à la rivière car il arrive assez souvent que les crocodiles d'Uritucu sortent de l'eau et poursuivent les chiens jusque sur la plage. Cette intrépidité est d'autant plus frappante qu'à 6 lieues de là les crocodiles du Rio Tisnao sont assez timides et peu dangereux. Les moeurs des animaux varient, dans la même espèce, selon des circonstances locales difficiles à approfondir. On nous montra une cabane ou plutôt une espèce de hangar, dans lequel notre hôte de Calabozo, don Miguel Cousin, avait été témoin de la scène la plus extraordinaire. Couché avec un de ses amis sur un banc couvert de cuir, don Miguel est éveillé de grand matin par de violentes secousses et par un bruit épouvantable. Des mottes de terre sont lancées au milieu de la cabane. Bientôt un jeune crocodile de deux à trois pieds de long sort au-dessous du lit, se jette sur un chien qui couchait sur le seuil de la porte, le manque dans l'impétuosité de son élan et se sauve vers la plage pour y gagner la rivière.
Tome 10 des treize volumes du Voyage au Régions Équinoxiales du Nouveau Continent de A. de Humboldt et A. Bonpland "Le but de ce mémoire est de coordonner les observations géognostiques que j'ai pu recueillir pendant le cours de mes voyages dans les montagnes de la Nouvelle-Andalousie et du Venezuela, sur les rives de l'Orénoque et dans les Llanos de Barcelone, de Calabozo et de l'Apure, par conséquent depuis la côte de la Mer des Antilles jusqu'à la vallée de l'Amazone, entre les parallèles de 2° et de 10° 1/2 de latitude boréale. En décrivant les objets à mesure qu'ils se présentent au voyageur, chaque fait reste isolé ; on n'expose que ce que l'on a vu en suivant les sinuosités des routes ; on apprend à connaître la suite des formations selon tel ou tel alignement, mais on ne peut saisir leur enchaînement mutuel. L'ordre des idées auquel doit s'astreindre la relation historique d'un voyage, a l'avantage de faire distinguer plus facilement ce qui est le résultat d'une observation directe ou celui d'une combinaison fondée sur l'analogie ; mais pour embrasser d'un coup d'oeil le tableau géognostique d'une vaste partie du globe, pour contribuer aux progrès de la géognosie qui est une science d'enchaînements, il faut renoncer à l'accumulation stérile de faits isolés et étudier les rapports qui existent entre les inégalités du sol, la direction des Cordillères et la nature minéralogique des terrains."
Tome huit des treize volumes du voyage de Humboldt et Bonpland. Lorsque nous arrivâmes à l'Esmeralda, la plupart des Indiens revenaient d'une excursion qu'ils avaient faite à l'est, au-delà du Rio Padamo, pour recueillir des Juvias ou fruits du Bertholletia et la liane qui donne le Curare. Ce retour était célébré par une fête qu'on appelle dans la mission la fiesta de las Juvias, et qui ressemble à nos fêtes des moissons et des vendanges. Les femmes avaient préparé beaucoup de liqueurs fermentées ; pendant deux jours, on ne rencontrait que des Indiens ivres. Chez des peuples qui attachent beaucoup d'importance aux fruits des palmiers et de quelques autres arbres utiles à la nourriture de l'homme, l'époque de la récolte de ces fruits est marquée par des réjouissances publiques : on divise le temps d'après des fêtes qui se succèdent d'une manière invariable. Nous fûmes assez heureux de trouver un vieil Indien moins ivre que les autres et qui était occupé à préparer le poison Curare avec les plantes fraîchement recueillies. C'était le chimiste de l'endroit.
Tome 5 des treize volumes du voyage de Humboldt et Bonpland À l'époque où nous séjournâmes Monsieur Bonpland et moi dans les provinces de la Nouvelle-Andalousie, de Nueva-Barcelona et de Caracas, c'était une opinion généralement répandue que les parties les plus orientales de ces côtes étaient les plus exposées aux effets destructeurs des tremblements de terre. Les habitants de Cumana redoutaient la vallée de Caracas à cause de son climat humide et variable, de son ciel brumeux et mélancolique. Les habitants de cette vallée tempérée parlaient de Cumana comme d'une ville où l'on respire sans cesse un air embrasé et dont le sol est périodiquement agité par de violentes secousses..
Notre première excursion à la péninsule d'Araya fut bientôt suivie d'une autre plus longue et plus instructive dans l'intérieur des montagnes, aux missions des Indiens Chaymas. Des objets d'un intérêt varié y appelaient notre attention. Nous entrions dans un pays hérissé de forêts : nous allions visiter un couvent ombragé de palmiers et de fougères en arbres, situé dans une vallée étroite, où l'on jouit, au centre de la zone torride, d'un climat frais et délicieux. Les montagnes d'alentour renferment des cavernes habitées par des milliers d'oiseaux nocturnes et, ce qui frappe plus l'imagination que toutes les merveilles du monde physique, on trouve au-delà de ces montagnes, un peuple naguère encore nomade sortant à peine de l'état de nature sauvage sans être barbare, stupide plutôt par ignorance que par un long abrutissement. Tome 3 sur 13.
Nous restâmes encore un mois à Cumana. La navigation que nous devions entreprendre sur l'Orénoque et le Rio Negro exigeait des préparatifs de tout genre. Il fallait choisir les instruments les plus faciles à transporter dans des canots étroits ; il fallait se munir de fonds pour un voyage de dix mois dans l'intérieur des terres à travers un pays qui est sans communication avec les côtes. Comme la détermination astronomique des lieux était le but le plus important de cette entreprise, j'avais un grand intérêt à ne pas manquer l'observation d'une éclipse de Soleil qui devait être visible à la fin du mois d'octobre. Tome 4 sur 13
Nous étions arrivés au mouillage, vis-à-vis de l'embouchure du Rio Manzanares, le 16 juillet, à la pointe du jour, mais nous ne pûmes débarquer que très tard dans la matinée parce que nous fûmes obligés d'attendre la visite des officiers du port. Nos regards étaient fixés sur des groupes de cocotiers qui bordaient la rivière et dont les troncs excédant soixante pieds de hauteur dominaient le paysage. La plaine était couverte de touffes de Casses, de Capparis et de ces Mimoses arborescentes qui, semblables au pin de l'Italie, étendent leurs branches en forme de parasol. Les feuilles pennées des palmiers se détachaient sur l'azur d'un ciel dont la pureté n'était troublée par aucune trace de vapeurs. Le Soleil montait rapidement vers le zénith. Une lumière éblouissante était répandue dans l'air sur les collines blanchâtres parsemées de Cactiers cylindriques, et sur cette mer toujours calme dont les rives sont peuplées d'Alcatras, d'Aigrettes et de Flamants. Tome 2 sur 13
Tome 1 sur 13 Lorsqu'un gouvernement ordonne une de ces expéditions maritimes qui contribuent à la connaissance exacte du globe et à l'avancement des sciences physiques, rien ne s'oppose à l'exécution de ses desseins. L'époque du départ et la direction du voyage peuvent être fixées, dès que l'équipement des vaisseaux est terminé et que l'on a choisi les astronomes et les naturalistes destinés à parcourir des mers inconnues. Les îles et les côtes, dont ces voyageurs se préparent à examiner les productions, ne sont point soumises à l'influence de la politique européenne. S'il arrive que des guerres prolongées entravent la liberté de l'Océan, des passeports sont accordés mutuellement par les puissances belligérantes ; les haines particulières se taisent quand il s'agit du progrès des lumières qui est la cause commune de tous les peuples.