Hervé FISCHER
Hervé FISCHER
La fin de l'Histoire de l'art ne signifie nullement la mort de l'art. Au contraire Car en échappant à l'illusion historicienne et au mythe prométhéen du progrès en art, nous redécouvrons ses liens avec le mythe faustien : l'art est une expérience-limite de lucidité, pour éclairer l'image du monde. La fin des avant-gardes s'est accomplie à notre insu pendant les années soixante-dix. Le thème réel et commun à toutes les avant-gardes, après la découverte de l'idée d'Histoire au XIXe siècle, apparaît aujourd'hui par-delà toutes les images réalistes, abstraites, aléatoires, conceptuelles ou corporelles : c'est le désir pulsionnel d'être des créateurs d'Histoire de l'art, crispation sexuelle du mythe prométhéen, symbole activé de la « création » capitaliste ou révolutionnaire. Mais aussi : morbidité des avant-gardes fascinées par la logique inéluctable de leur fin, emprunts exotiques ou sursauts réactionnaires, tel le kitsch, promu style officiel de notre époque par André Malraux, néorétro, rien n'a manqué à l'épopée prométhéenne, pas même le bec rongeur de l'aigle/nouveauté, ni l'automutilation de l'artiste. Redécouvrir la fonction anthropologique de l'art - en s'aidant de la sociologie interrogative et de la mythanalyse -, c'est lier mythe, art et liberté, et renouer avec l'origine de l'art : un art post-historique.
Ce livre fait suite aux Couleurs de l'Occident : De la Préhistoire au XXIe siècle, paru en 2019, qui portait sur une analyse sociologique des systèmes et des codes de couleurs des sociétés occidentales en relation avec l'évolution de leurs structures et de leurs idéologies. Tandis que ce premier volume évoquait le contrôle social du langage des couleurs par les pouvoirs religieux, politiques, économiques, le second aborde le pôle opposé, l'irrationalité irréductible des couleurs qui relève des mythes et des imaginaires sociaux, ceux que les pouvoirs tentent de réduire à des codes institués, mais qui leur échappent et sont célébrées dans les mystères initiatiques, les médecines douces, la poésie et les arts, nos révoltes, nos subjectivités, jusqu'à devenir des marqueurs de nos différences individuelles. On s'est toujours évertué à expliquer les couleurs. Les chromatologues scientifiques s'acharnèrent à les échantillonner, numéroter, mesurer selon d'innombrables paramètres, et à les géométriser en cercles, triangles, cônes, sphères et autres solides, voire en système planétaire. Les artistes les explorèrent selon leurs effets inconscients, leur musique, leur seule puissance visuelle, leur magie. Les médecines douces les traitèrent comme des énergies corporelles. Les modes vestimentaires, le design, les cosmétiques en exploitèrent les symboliques irrationnelles. Elles sont apparemment devenues la liberté de notre regard, de l'artiste, de l'anarchiste, et même des psychotropes. Mais elles ont toujours été et demeurent aujourd'hui les couleurs de nos mythes et en suivent donc les codes, qui varient avec eux selon les sociétés et les époques.
Ce livre fait suite aux Couleurs de l'Occident : De la Préhistoire au XXIe siècle, paru en 2019, qui portait sur une analyse sociologique des systèmes et des codes de couleurs des sociétés occidentales en relation avec l'évolution de leurs structures et de leurs idéologies. Tandis que ce premier volume évoquait le contrôle social du langage des couleurs par les pouvoirs religieux, politiques, économiques, le second aborde le pôle opposé, l'irrationalité irréductible des couleurs qui relève des mythes et des imaginaires sociaux, ceux que les pouvoirs tentent de réduire à des codes institués, mais qui leur échappent et sont célébrées dans les mystères initiatiques, les médecines douces, la poésie et les arts, nos révoltes, nos subjectivités, jusqu'à devenir des marqueurs de nos différences individuelles. On s'est toujours évertué à expliquer les couleurs. Les chromatologues scientifiques s'acharnèrent à les échantillonner, numéroter, mesurer selon d'innombrables paramètres, et à les géométriser en cercles, triangles, cônes, sphères et autres solides, voire en système planétaire. Les artistes les explorèrent selon leurs effets inconscients, leur musique, leur seule puissance visuelle, leur magie. Les médecines douces les traitèrent comme des énergies corporelles. Les modes vestimentaires, le design, les cosmétiques en exploitèrent les symboliques irrationnelles. Elles sont apparemment devenues la liberté de notre regard, de l'artiste, de l'anarchiste, et même des psychotropes. Mais elles ont toujours été et demeurent aujourd'hui les couleurs de nos mythes et en suivent donc les codes, qui varient avec eux selon les sociétés et les époques.
Paradoxalement, nos technologies numériques, bien que fondées sur un code binaire, 1-0, élémentaire en comparaison des alphabets de 26 lettres, créent plus de conscience humaine et une exigence d'éthique planétaire agissante. Certes, la bataille entre l'hybris, la violence inhumaine, et le respect éthique de l'autre, ne cessera jamais. Mais il faut savoir choisir son camp, alors que l'humanisme traditionnel a perdu toute crédibilité depuis les catastrophes du XXe siècle. L'hyperhumanisme est certes une utopie, mais qui donne un sens positif à notre aventure humaine, et que notre époque requiert urgemment face aux périls et aux scandales de la réalité qui ressurgissent sans cesse. Hervé Fischer, de double nationalité française et canadienne, artiste et philosophe multimédia, a déjà publié plusieurs livres sur l'émergence du numérique, la mythanalyse des imaginaires sociaux et l'art. En 2017, le Centre Pompidou lui a consacré une rétrospective Hervé Fischer et l'art sociologique.
Faut-il être optimiste à propos du numérique et du monde connecté ? Est-ce une chance ou un péril pour lhumanité ? Deux intellectuels atypiques saffrontent sur cette problématique qui est en train de bouleverser le monde des idées. Dun côté, Michel Maffesoli, le « dionysiaque », considère le numérique comme la paradoxale continuité des sociétés pré-modernes. Et de lautre côté, Hervé Fischer, « le prométhéen », pousse le « maître » dans ses retranchements : pour lui le numérique propose un nouvel avenir à lhumanité. À lun la continuité, à lautre la rupture. En amis attentifs à la réflexion de lautre, ils parviennent à dresser une nouvelle carte de la pensée sociologique adaptée aux temps qui sannoncent.
À lheure de la mondialisation néolibérale, lart sapparente de plus en plus à un produit financier que créent et manipulent les grands capitalistes de ce monde, ces princes de la finance devenus collectionneurs de supplément dâme à coups de millions. Leur emprise sur la diffusion et le marché de lart est aujourdhui comparable au pouvoir monopolistique de Hollywood sur le cinéma. Lart circule comme une monnaie parallèle, spéculative mais désarrimée des variations fiévreuses des grandes places boursières. Le phénomène est si caractéristique de notre époque, si mondial, quil ny a plus de nouveau mouvement artistique quon puisse nommer, sinon, par défaut, ce market art, comme on parlait jadis de limpressionnisme ou de lart abstrait. Lart est-il définitivement enseveli sous largent ? Lart contemporain prépare-t-il la nouvelle bulle de la finance ? Voilà les questions auxquelles veut répondre Hervé Fischer.